La poésie pour contrer l'oubli

Professeur de communication et de création littéraire à... (Imacom, Jocelyn Riendeau)

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Professeur de communication et de création littéraire à l'Université de Sherbrooke, André Marquis fait paraître son sixième recueil de poésie et son treizième livre en carrière.

Imacom, Jocelyn Riendeau

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<p>Steve Bergeron</p>
Steve Bergeron
La Tribune

(Sherbrooke) Dix-huit ans qu'André Marquis n'avait pas publié de poésie. Étonnant? Oui, si l'on considère qu'il s'agit de ses premières amours. L'auteur n'avait que 24 ans lorsqu'il a envoyé son premier manuscrit à ce qui devait devenir les éditions XYZ. Suivirent une maîtrise et un doctorat en la matière, puis quatre autres recueils, dont le dernier, Cahiers d'actualité, est paru en 1997. Depuis, il y a eu un ouvrage didactique (Le style en friche), un essai (L'atelier d'écriture en questions, prix de la Ville de Sherbrooke en 2008), deux romans jeunesse et un pour adultes... Mais rien pour chatouiller Érato.

«Sauf que pendant tout ce temps, je n'ai jamais arrêté d'écrire de la poésie. C'est un véritable besoin», souligne ce professeur de communication et de création littéraire de l'Université de Sherbrooke, très occupé par les multiples responsabilités de son poste, dont celle de directeur du département des lettres et communications depuis cinq ans.

Tout ce qu'il fallait à André Marquis, c'est un élément déclencheur pour retrouver l'envie de publier. Celui-ci s'est manifesté cruellement : l'Alzheimer de son père. Une épreuve qu'il a trouvée (et qu'il trouve encore, son père étant toujours vivant) beaucoup plus difficile qu'il le pensait. Le besoin d'écrire est alors devenu impératif.

«Je suis d'un naturel assez drôle, mais je suis aussi quelqu'un qui cache beaucoup ses émotions. C'est quand j'écris que ça sort. Ma poésie est ce qui révèle le plus ma vision du monde et mes émotions. Et je trouve l'Alzheimer de mon père tellement dur! Aujourd'hui, il n'y a plus rien de la personne que nous avons connue. Mon père était juge. C'était un homme cultivé, qui s'intéressait à la littérature, au cinéma... Aujourd'hui, on s'émerveille quand il lève son bras lui-même. Imaginez maintenant pour ma mère, qui a fait sa vie avec lui... C'est comme si elle était veuve sans l'être.»

Le titre du recueil qui vient de paraître (son sixième), La surface agitée des eaux, traduit bien ce sentiment épouvantable de se tenir devant un être aimé qui n'existe plus qu'en apparence.

L'amnésie de l'humanité

André Marquis a donc retrouvé l'élan pour écrire et a repris la plume, y consacrant ses soirs et fins de semaine, rapaillant les carnets de voyage où il avait semé des poèmes, peaufinant ses mots tel un orfèvre, structurant l'ensemble pour donner une impression d'un trajet, dans le temps et l'espace, même s'il n'y a pas de fil narratif à proprement parler. Seuls le premier et le dernier chapitre sont consacrés au lent effacement de la mémoire du père, un intervalle de trois ans les séparant.

Entre les deux, l'auteur exprime son anxiété sur un autre type d'amnésie : celle de l'humanité, qui semble vouloir répéter, encore une fois, les erreurs du passé.

«Les gouvernements actuels m'inquiètent beaucoup», souligne celui qui voit de près les compressions imposées aux universités. «Il est certain que nous atteignons les limites du monde actuel et qu'il faut trouver de nouvelles façons de vivre en société. Mais est-ce possible d'y arriver sans retomber dans l'ignorance? On peut revenir au Moyen Âge tellement vite!»

Au milieu de ses constats difficiles, André Marquis a tout de même écrit quelques poèmes pour se raccrocher, avec en tête l'espoir et l'amour. Le recueil est d'ailleurs dédié à la femme de sa vie, qui l'accompagne depuis le bal de finissants de cinquième secondaire.

«C'est un livre moins sombre que l'on pourrait penser. Il y a des zones plus lumineuses. La vie continue, même si on ne sait pas vers quoi. On a l'impression de perdre des choses, mais on peut agir sur son petit monde. Publier de la poésie est justement un bel acte pour contrer la morosité.»

Tout comme prendre une année sabbatique, comme il le fera dès l'automne, pour... écrire.

ANDRÉ MARQUIS

La surface agitée des eaux

POÉSIE

Triptyque

97 pages

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