Éric Godin, artiste résilient

La couleur est revenue dans les plus récentes... (Imacom, Jessica Garneau)

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La couleur est revenue dans les plus récentes oeuvres d'Éric Godin. À gauche, Vincent (2014), et à droite, Autoportrait (2014).

Imacom, Jessica Garneau

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<p>Steve Bergeron</p>
Steve Bergeron
La Tribune

(Sherbrooke) Il y a Éric Godin, le dessinateur éditorial, celui qui s'est surtout fait connaître à l'hebdomadaire Voir de 1987 à 1999 avec son petit bonhomme à quatre cheveux sur la tête (baptisé Pinhead par Benoît Dutrizac), puis à TVA avec le Dessin à Godin diffusé pendant Salut bonjour, et enfin à L'actualité. Il y a Éric Godin, l'artiste, celui qui peint depuis maintenant 31 ans et dont les oeuvres se retrouvent aujourd'hui dans des collections privées un peu partout dans le monde.

Et il y a Éric Godin, le père de Vincent, qui s'est enlevé la vie en 2009 à l'âge de 16 ans. Un tsunami qui a brisé, rompu, écrasé le créateur, l'éloignant momentanément des toiles et du papier. Mais la vie étant ce qu'elle est, l'artiste a repris son crayon. Pas pour dessiner : pour écrire son premier livre, Lettre à Vincent. Déménagé ensuite à la campagne par grand besoin d'air pur, l'artiste s'est mis à sculpter (une autre première dans sa pratique), notamment à partir de branches glanées durant ses promenades en nature.

Finalement, le goût des pinceaux est revenu. Godin a recommencé à peindre... découvrant du même coup qu'il ne peindrait jamais plus comme avant.

« Cet événement m'a changé fondamentalement. Une partie de moi vit toujours avec la mort de Vincent. Il y aura toujours une base de colère enfouie quelque part [une colère qui n'a jamais été dirigée contre son fils, précise-t-il], mais aujourd'hui, j'arrive à en parler avec sérénité et calme. Maintenant, quand je crée, je me fie entièrement à mon instinct, alors qu'il y avait souvent un calcul, une architecture dans mon travail auparavant. »

Être ainsi là où les gens ne vous attendent pas (par exemple en créant les aventures des Beurgz, de gentils livres de monstres pour enfants). Trouver de nouveaux sentiers à explorer. Des zones d'ombres qui, finalement, vous éclairent et vous éblouissent. Constamment retourner aux sources et à l'essentiel, qui ramènent à soi et aux autres, ceux du présent et ceux du passé. Tels sont les nouveaux leitmotivs de celui qui a habité Sherbrooke pendant dix ans, dont deux comme directeur artistique de La Tribune.

« Parce que ça rend les gens heureux »

L'exposition qui lui sera consacrée à partir de mardi à la Galerie d'art du Centre culturel de l'Université de Sherbrooke est justement une rétrospective de sa création artistique réalisée après le foudroiement. Des oeuvres peintes entre 2011 et 2014, dont plusieurs qui avaient déjà trouvé preneurs et que les propriétaires ont généreusement accepté de prêter. C'est qu'à sa première exposition solo post-deuil, en décembre 2013 à Montréal, l'artiste a vendu presque toute sa production, même si ces oeuvres cathartiques plongeaient dans le tréfonds d'une âme dolente et désespérée (la sienne, mais aussi celle de son fils), avec des titres tels Mes nuits sans lune, Terreur nocturne, Partir... À l'aide de formes épurées, Godin révélait l'intensité de son travail d'introspection sur le sens de l'existence, de la mort, de la perte, de la douleur et de la résilience.

Mais il parle en souriant aujourd'hui de ce garçon qui aura tout de même laissé sa marque en 16 ans de vie. « Il avait tellement d'empathie pour les autres. Il voulait aider tout le monde. Même lorsqu'il a commencé à s'enfoncer, il s'inquiétait pour ses amis. Mais c'est lui qu'il aurait dû aider un peu plus. »

« Vincent devait avoir 7 ans. Un jour, ici même à Sherbrooke, il est parti avec ma mallette qu'il avait remplie de poèmes et de dessins. Il cognait aux portes du voisinage pour les donner. Une dame lui a demandé pourquoi il faisait ça : «Parce que ça rend les gens heureux.» Cette dame a gardé ce dessin pendant des années, accroché au mur avec la réponse de Vincent écrite sur un post-it. Elle m'a redonné le dessin après le décès de Vincent. »

Le père savait que son fils n'allait pas bien. Ce dernier avait fait une tentative auparavant. Lors de son passage à Tout le monde en parle, Éric Godin avait raconté comment il avait frappé à toutes les portes pour obtenir de l'aide, en vain.

« Juste avant, j'avais donné une entrevue à Patrick Lagacé. C'est l'entrevue avec laquelle j'ai fermé la boucle du passé. À Tout le monde en parle, j'ai ouvert la porte de l'avenir. »

En effet, les tableaux plus récents d'Éric Godin laissent transparaître une émergence, notamment par le retour de la couleur. « Même si le noir et blanc n'est jamais bien loin », précise-t-il.

« Enfin, t'es revenu! »

Jouxtant l'exposition principale, une quinzaine de dessins éditoriaux réalisés entre 2007 et 2011, dont certains pour les 35 ans de L'actualité, ont la particularité d'avoir été dessinés directement sur des pages de journaux.

« Si je me suis retiré du dessin éditorial, c'est notamment parce qu'il n'y a plus vraiment de tribunes, mais aussi parce que j'ai constaté que rien n'a changé. Certains dessins réalisés il y a 20 ans sont encore d'actualité aujourd'hui. Mais j'avoue que Charlie Hebdo m'a secoué. Plusieurs de ses dessinateurs sont responsables de ce que je fais aujourd'hui. J'ai laissé retomber la poussière du 7 janvier, puis j'ai mis en ligne quelques dessins, notamment pour dénoncer la récupération de l'événement. J'avoue que ça m'a redonné la piqûre. J'ai eu des commentaires comme : «Enfin, t'es revenu!» Mais j'ai maintenant envie d'être ma seule ligne éditoriale. »

Peintures, sculptures et dessins éditoriaux

Éric Godin

Galerie d'art du Centre culturel de l'Université de Sherbrooke

Du 3 mars au 4 avril

Du jeudi au samedi, de 13 h à 16 h

Les soirs et les matinées de spectacles

Entrée gratuite

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