À l'encre du photocopieur

L'artiste estrien Paul Duval crée à partir d'encre... (Imacom, Jessica Garneau)

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L'artiste estrien Paul Duval crée à partir d'encre recyclée des cartouches de photocopieurs.

Imacom, Jessica Garneau

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<p>Karine Tremblay</p>
Karine Tremblay
La Tribune

(Sherbrooke) Paul Duval avait chez lui près de mille oeuvres. Toutes achevées, jamais exposées. Le graphiste de formation ne ressentait pas le besoin d'afficher son talent en galerie. Il créait pour créer. Par besoin, par instinct : « Certains vont courir pour faire descendre la pression. Moi, je m'installais dans mon atelier. »

Mais voilà. Est arrivé un moment où l'artiste estrien a eu envie de sortir de son atelier.

« Ma mère était en fin de vie. Elle me disait que je devrais montrer mes oeuvres. J'ai pensé que c'était peut-être le temps. »

Il a frappé à la porte de la Maison des arts et de la culture de Brompton. L'appel de dossiers se terminait, mais les candidatures n'avaient pas encore été épluchées. La directrice, Maude Charland-Lallier, lui a donc suggéré de tenter sa chance. En vitesse.

« Quand j'ai vu son porte-folio et quand, plus tard, j'ai visité son atelier, j'ai été soufflée par la qualité de ses oeuvres, raconte-t-elle. Son art témoigne d'une grande maturité, il a sa propre technique, sa signature artistique. »

Entre autres parce qu'il a développé une façon de faire unique, qui s'appuie sur ses connaissances en sérigraphie, mais aussi parce que le médium avec lequel il travaille est on ne peut plus original : la poudre xérographique, ça ne court pas les toiles.

« En fait, je recycle le contenu des cartouches de photocopieurs. Il reste toujours un bon fond d'encre dans celles-ci. J'utilise les quatre couleurs process (noir, magenta, jaune et bleu) pour créer ma palette. En mélangeant les poudres, les possibilités sont infinies. Je travaille ensuite sur une matrice, en négatif, un peu comme un graveur, avant de réaliser mes oeuvres par transfert thermique, sur du papier recouvert d'apprêt. En fin, je retravaille un peu au crayon de plomb, de bois ou de cire. »

Cette originale approche permet à l'artiste de 52 ans de multiplier les effets. Pigments projetés, impressions de découpe, de collage ou de transparence, superposition des couleurs, lignes franches, dessins semi-figuratifs autant que formes abstraites cohabitent sur les 22 oeuvres exposées.

« Elles font partie de six séries différentes que j'ai faites au cours des dernières années. Pour chacune d'elles, j'ai expérimenté diverses choses. Mon bagage de sérigraphe m'a donné une bonne connaissance technique. J'aime explorer les possibilités, pousser plus loin, me réinventer. Mes oeuvres sont vraiment différentes parce que, lorsque je finis une série, je vais ailleurs, j'essaie complètement autre chose, sans me fixer de limites. »

Son inspiration, elle, s'abreuve à plusieurs sources. Si on reconnaît ici un héron, là un poisson et là-bas une tortue, ce n'est pas fortuit.

« J'ai grandi à Windsor, près de la rivière. Mon enfance est faite de moments passés en nature, près de l'eau. Ça ressort dans mes oeuvres. »

Né dans le papier

Il n'y a pas que la rivière qui a laissé son empreinte. L'usine aussi. Fils de papetier, Paul Duval a lui-même travaillé pour Domtar lorsqu'il était étudiant. « Le papier fait partie de mon quotidien depuis que je suis enfant. Ça aussi, ça se voit dans mes oeuvres. Le papier est mon support. Toujours. Il peut se froisser, être lisse ou texturé. J'aime la latitude qu'il me permet. »

Il aime, aussi, le dialogue qu'il amorce en affichant ses oeuvres publiquement pour une première fois.

« Cette expo, c'est pour moi un tournant. Maintenant qu'elles existent en dehors de ma table à dessin, mes oeuvres ne m'appartiennent plus. Une oeuvre, c'est une trace qu'on laisse. Un héritage, une mémoire. Et j'espère que les miennes vont trouver un écho auprès du public. »

Wattopékah, cette rivière qui m'habite

Exposition de l'artiste Paul Duval

Maison des arts et de la culture de Brompton

Jusqu'au 22 mars

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