Cordes sensibles

Sébastien Pesot... (Imacom, René Marquis)

Agrandir

Sébastien Pesot

Imacom, René Marquis

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

(SHERBROKE) Sébastien Pesot le reconnaît : il n'y a plus grand-chose de punk dans sa vie. Il nourrit deux petites bouches, enseigne à des universitaires et, depuis une semaine, habite la salle principale d'un musée des beaux-arts.Si on veut trouver des restes d'anarchie ou de résistance, il faut chercher ailleurs. Dans son oeuvre.

L'ancien batteur dans des groupes déconseillés à vos tantes dévoile, dans sa ville d'attache, le dernier volet d'un tryptique photographique germé dans son passé rude pour les tympans.

Après avoir mis en gros plans les cymbales et les trompettes, dans les séries Crash et Pavillon, le Rimouskois de naissance détourne les cordes de guitares, de basses et de violons de leur fonction première, dansL'anatomie du bling.

« En 25 ans de musique, je n'ai jamais joué d'un instrument à cordes. Cette série est un hommage à tous mes vieux amis guitaristes. Le punk a été une école super importante pour moi. Cette idéologie a façonné l'artiste que je suis aujourd'hui », revendique le musicien défroqué, formé à l'école Mitchell, qui n'a encore que du « gros rock sale » dans la discothèque de son téléphone.

En vous parlant, assis sur une chaise, le trentenaire ne peut d'ailleurs s'empêcher de bouger la jambe frénétiquement, comme s'il martelait une pédale de grosse caisse imaginaire. Un tic de batteur qui ne le quitte pas, même si le membre du groupe Docteur Placebo a dû quitter la musique « pour des raisons pragmatiques » il y a quelques années. Les tournées de spectacles, dont il revenait « avec un hangover terrible », ne convenait plus à sa vie familiale.

« C'est sûr que ça me manque. Je ne joue peut-être plus de musique, mais je joue de l'art. Je crée avec la même attitude rock. Je ne joue pas safe », balance le Sherbrookois, qui pourrait facilement se faire passer pour une icône de la scène underground allemande, avec sa boule à zéro et ses yeux d'un bleu perçant.

NATURE MORTE

Arrachées de leurs manches, les cordes usagées ont été photographiées directement sur un numériseur. Regroupées en colliers, les tiges métalliques rappellent ces bijoux outranciers qui servent de « badges » dans la communauté hip-hop. D'où le bling du titre.

« C'est un clin d'oeil, une forme de satire, mentionne Sébastien Pesot, qui se définit comme un plasticien post-punk. J'ai abordé les cordes comme des traits de crayon, que j'ai déplacées comme si je dessinais avec elles. J'ai fait beaucoup d'illustrations, plus jeune, avant de découvrir d'autres médiums. C'est une approche un peu différente d'une nature morte, au fond. Au lieu de placer l'objet dans une situation, je l'en extrais. »

Une installation vidéo, qui se déploie sur quatre écrans contigus, s'ajoute au concert muet de la quinzaine d'impressions photographiques. On y voit (et y entend) l'artiste qui manipule le même cordage sur quatre plaques de matière différente : du papier, du bois, du granit et du métal. « Comme dans un groupe de musique, où chacun a sa partie de la composition. Ces cordes, qui servent habituellement à produire des notes bien précises, émettent ici des sons chaotiques, ne font plus de la musique mais des sons concrets », explique celui qui a présenté son travail à Paris et Berlin et qui orchestre présentement une exposition collective à New York.

ET LILI...

Le deuxième corpus de l'exposition, créé dans l'angoisse de ne pas parvenir à remplir la grande salle du MBAS, n'appuie pas sur les mêmes cordes sensibles. Centré sur le corps féminin, il s'inscrit toutefois dans une même approche esthétique.

Dans L'anatomie à Lili, le corps musclé d'une acrobate qui se contorsionne nue autour d'une barre est scindé en deux écrans. Décontextualisée, surexposée par l'éclairage et pivotée à l'horizontale, la silhouette perd toute la connotation sexuelle généralement associée à la nudité féminine et devient une matière souple aux contours complexes.

« C'est une réflexion sur un homme qui filme une femme nue. Nous sommes dans la recherche d'autres types de formes. Cette amie est expressive, voire exhibitionniste, et entretient avec son corps un rapport complètement décomplexé. Et elle vient du punk, elle aussi. »

Et lui, il y revient toujours. Jusque dans le silence d'un musée.

Vous voulez y aller?

L'anatomie du bling

Exposition de

Sébastien Pesot

Musée des beaux-arts de Sherbrooke Jusqu'au 19 avril

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer