Le luxe de se la couler douce

Marcel Gauthier... (Imacom, Frédéric Côté)

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Marcel Gauthier

Imacom, Frédéric Côté

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(Sherbrooke) Il aurait pu, lui aussi, courir les plateaux de cinéma et de télé pendant l'été, chasser les rôles payants de joueur de hockey et de pilote d'avion qui auraient fait de lui un comédien coté comme Côté. Il a préféré, pendant ses congés, marcher les verts de golf. Et être adulé pour sa carte de pointage.

Si Marcel Gauthier demeure, pour plusieurs, la troisième roue de Broue, même après 36 ans de coude léger, c'est donc beaucoup par choix. Il a choisi de se la couler douce et de se consacrer à sa deuxième passion, hors de la sempiternelle tournée des grands-ducs qu'il mène avec ses deux partenaires de brosse, Michel Côté et Marc Messier.

« J'ai dû passer plus de jours sur les terrains de golf que Michel et Marc ont eu de jours de tournage pendant toutes ces années! » image, en riant, cet homme affable, en paix avec son statut d'éternel méconnu, qui a roulé son sac de bâtons une centaine de fois pendant ses belles années.

Sa position de troisième larron ne l'incommode pas. Pas une seule goutte. Que ceux qui pourraient croire qu'il n'a pas réussi se le tiennent pour dit : ce sportif sexagénaire, à la diction impeccable, n'a jamais été du type à vouloir se gargariser de gloire.

Cet emploi à temps partiel, qui lui permet de gagner sa vie depuis ses 29 ans, suffit au comédien, trois fois grand-papa. La cinquantaine de représentations, qui bon an mal an gonfle la banque de statistiques impressionnantes de la production, lui laisse le temps de peaufiner son swing et regarder pousser la lavande sur sa terre de 115 acres à Austin, où il habite depuis trois ans.

« Il y a de quoi s'occuper, avec cette grande cour! Moi, je vis de projets! Broue a toujours été notre priorité, à tous les trois. Ensuite, chacun organise sa vie en fonction de la tournée », raconte autour d'un café filtre celui qui s'hydratera de bière à Sherbrooke pour une 200e fois mercredi.

« Dans une vie d'acteur, le plus important n'est pas le nombre de rôles obtenus. L'important, c'est de jouer. Nous sommes rendus à 3300 représentations de Broue. C'est du bagage! Moi, j'aime jouer, simplement, monter sur scène, aller faire rire les gens. C'est tellement difficile de bien gagner sa vie, dans ce métier, que je ne peux qu'être reconnaissant. Broue m'a donné le luxe de la liberté », dit l'Almatois d'origine, qui ne s'est jamais séparé de Michel Côté depuis la petite école.

Pichet sans fond

C'est justement pour s'assurer d'avoir toujours du pain sur la planche et de ne pas être forcé de courir les auditions pour des publicités que Marcel Gauthier a fondé sa troupe, avec ses copains, à la sortie de l'École nationale de théâtre. Il a eu du flair. De boulot, il n'a jamais manqué. Broue a été la quatrième création de la bande... et la dernière.

Mis à part des apparitions dans Terre humaine et Cruising Bar notamment, Marcel Gauthier est surtout l'homme de quelques personnages éméchés. N'empêche, il est toujours grisé de retrouver l'Anglais, Bonin et le rockeur.

« Même si les textes sont ancrés en nous, tout n'est pas coulé dans le bronze. On continue à resserrer le texte, à changer des mots, à découvrir nos personnages. Ça reste créatif. Ça n'a pas de fond, cette pièce-là! » estime le comédien qui avoue, parfois, être tiré du sommeil par un cauchemar où il oublie une réplique ou rate une entrée.

Le trac le pince toujours au ventre. « Quatre-vingts pour cent des spectateurs voient la pièce pour la première fois. On ne peut pas arriver dans notre taverne comme dans notre salon et prendre ça à la légère. »

Pour toutes ces raisons, il n'est plus envisagé de débrancher la pompe à fût (de la .5, maintenant). Après avoir annoncé qu'il déposait les pichets pour de bon en décembre 2014, ouvrant la valve d'un vaste deuil collectif, le trio a réalisé qu'il n'était pas mûr pour la sobriété. Ou la retraite. « Quand le spectacle va si bien, pourquoi arrêter? Mettre une date de fin nous a un peu fait peur. Ça a aussi pris une ampleur qui nous a fait peur. On a donc décidé de continuer jusqu'à ce qu'on soit tannés ou que le public n'en veuille plus. Sinon, ce sera jusqu'à ce que mort s'ensuive! »

Ils continueront donc jusqu'à plus soif. Et Marcel Gauthier en profitera de tout son saoul. Entre deux 18 trous.

Broue

Salle Maurice-O'Bready, Sherbrooke

Mercredi, 20 h

Billets : 55 $

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