Déchirer son plan B

Priscillia Quirion... (Imacom, Jessica Garneau)

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Priscillia Quirion

Imacom, Jessica Garneau

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(SHERBROOKE) Dimanche soir, Priscillia Quirion répétait avec ses musiciens. Music as usual. Elle s'est aperçue que son duel à La voix, enregistré en décembre, venait d'être servi chaud dans les salons du Québec lorsque son téléphone cellulaire a été pris de convulsions.

« Un des gars m'a dit que mon téléphone faisait une crise d'épilepsie. Quarante-huit courriels sont entrés en une heure, en plus de la centaine de notifications Facebook. Il a fallu que je le ferme pour qu'on continue à travailler! »

Et elle avait perdu. On imagine les spasmes - probablement fatals - de l'appareil si elle avait triomphé...

À l'origine de ces vibrations, tous les destinateurs louangeaient sa performance sur Le chant de la douleur de Gerry Boulet, mais la plupart se désolaient que la lionne de Magog ait été sacrifiée sur scène comme une petite brebis, au profit de la brutale Catherine Avoine, dont la voix rauque allait directement triturer les tripes de sa coach Isabelle Boulay, qui en grimaçait de souffrance. Sur la page Facebook de la messe de TVA, les opinions quant à ce combat de chanteuses ensauvagées étaient d'ailleurs polarisées.

« En le regardant, je me suis sentie à la fois fière et frustrée. J'ai tout donné, mais ce n'était pas assez. Isabelle éprouvait quelque chose de viscéral pour le timbre particulier de Catherine. J'adore ce genre de voix qui grince, moi aussi, mais je considère qu'elle était avantagée par cette chanson d'un des plus grands rockeurs du Québec. C'est comme si on lui offrait la victoire sur un plateau d'argent », estime cette enfant chérie de Magog, qui loue maintenant un appartement à Sherbrooke.

Que sa marraine n'ait pas jugé bon de consulter son mentor avant de trancher s'est avéré sa plus grande déception. « Ça avait cliqué tout de suite avec Vincent Vallières. Même s'il habite à Magog, nous ne nous connaissions pas avant, mais avions des amis communs. En répétitions, nous partagions aussi le même fil de pensées. J'aurais aimé qu'il puisse avoir son mot à dire. »

Pas jet-set ni vedette

Priscillia Quirion ne se range pas pour autant dans le clan des victimes. Même si son vol a été court à bord de la fusée dirigée par Charles Lafortune, il a été plus long qu'elle l'avait imaginé au moment de l'embarquement.

Classée troisième aux Découvertes de la chanson de Magog à 12 ans et gagnante de Ma Première Place des arts en 2011, cette autodidacte a fréquenté les concours, mais ceux amplifiés par la télé ne l'avaient jamais attirée. « Je ne fais pas de la chanson pour le jet-set, pour être une vedette », affirme l'expressive rouquine, qui, malgré elle, ne passe plus incognito au Caffuccino où elle tient un plateau.

Une fois, elle s'était même pointée aux auditions de Star Académie, mais avait tourné les talons, découragée par la longueur de la file d'attente.

Elle est plus patiente depuis que la maladie l'a forcée à le devenir. En 2012, elle a été foudroyée par une soudaine chute de plaquettes sanguines. Deux à trois fois par semaine, elle a dû aller faire son temps au CHUS, au même étage que les patients en chimiothérapie.

« À 21 ans, c'était un beau wake-up call. J'ai appris à demander de l'aide, à prendre le temps de faire les choses - je vivais à 5000 milles à l'heure - et à me recentrer sur moi. Puisque la chanson me manquait terriblement, j'ai aussi réalisé que c'était ma priorité. Aujourd'hui, je n'ai plus de plan B », annonce la femme de 23 ans, dont le tempérament semble aussi brûlant que sa tignasse.

Aussitôt guérie, elle a vite réactivé ses projets musicaux et a recommencé à chanter de tout, du Elvis comme du Lady Gaga, « de bonnes vieilles tounes qui swinguent ».

« Mon scénario de rêve est d'arriver à vivre de la chanson à la manière d'Alexandre Poulin, qui a fait son chemin, lentement, sans jamais lâcher. Je veux seulement être avec ma petite gang, chanter, faire la tournée, ces choses-là... »

Music as usual, donc. Mais elle devra penser à fermer son téléphone.

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