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Rôle en or pour Dolan, acteur en or pour Binamé

Xavier Dolan et Charles Binamé... (Archives La Presse)

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Xavier Dolan et Charles Binamé

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<p>Steve Bergeron</p>
Steve Bergeron
La Tribune

(SHERBROOKE) Adaptation d'une pièce de théâtre de Nicolas Billon créée en 2004, La chanson de l'éléphant (Elephant Song dans sa version originale anglaise) est un puissant huis clos et suspense psychologique, dans lequel s'affrontent un psychiatre et un patient, à travers un redoutable duel où le chat et la souris ne sont pas vraiment qui l'on pourrait croire...

Mais autant le rôle de Michael, cet insupportable schizo qui étire l'interrogatoire pour camoufler un piège machiavélique, est un monstre de nuances et de subtilités pour l'acteur qui l'incarne, autant Xavier Dolan, qui tient le rôle principal dans cette réalisation de Charles Binamé, s'est préparé sur une période ridiculement courte.

« En fait, j'ai terminé le tournage de Mommy deux jours avant de commencer le tournage d'Elephant Song. J'y suis allé avec mon instinct, mais j'ai aussi décidé de ne pas céder à la tentation de le jouer comme un fou. Parce que Michael a l'air sain mentalement, même s'il ne l'est pas. La procédure que nous avions trouvée était de répéter les scènes du lendemain après chaque journée de tournage. »

Xavier Dolan n'avait pas vu la production théâtrale, mais il avait lu le texte de la pièce. « J'ai été séduit par la texture et la personnalité de Michael. Par ses vices, son côté sournois et pervers, ses contradictions, et surtout l'acteur en lui : il joue à être quelqu'un d'autre. C'était vraiment un rôle en or », résume celui qui a fait part de son intérêt au producteur Richard Goudreau dès qu'il a su que ce dernier tramait une adaptation pour le cinéma.

Lorsqu'il est strictement acteur, Dolan réussit très bien à laisser au vestiaire ses habits de réalisateur. « Je ne m'encombre évidemment pas de toutes les préoccupations de réalisation, mais ça ne me quitte jamais complètement. La réalisation me nourrit par des éléments de jeu que j'ai remarqués lorsque je dirigeais un plateau et que j'essaie ensuite de mettre en pratique. Parfois, c'est raté, parfois, c'est réussi. »

« J'ai par ailleurs adoré travailler avec Charles Binamé. C'est un homme érudit et ouvert d'esprit. Un véritable gentleman. On s'expliquait toujours lorsqu'il y avait une divergence de points de vue. Jamais je n'ai eu à jouer quelque chose auquel je n'adhérais pas. »

À 1000 pour cent

Lorsque Charles Binamé a reçu le scénario du film, l'adaptation était déjà très avancée. Nicolas Billon avait commencé à ouvrir les portes du huis clos, donnant plus de chair aux personnages secondaires, situant quelques actions en dehors du bureau du médecin.

« Pas qu'un total huis clos soit inapproprié au cinéma. Il y en a de très réussis, comme Amour de Michael Haneke. Nous avons plutôt créé une histoire alentour du psychiatre et de l'infirmière pour enrichir la tension. Nous avons aussi ajouté un certain désordre, pour que le spectateur remette les pièces du casse-tête ensemble. »

« J'ai été séduit par l'humanité profonde et singulière de cette histoire, poursuit-il. Elle me sortait de ma zone de confort. Je trouvais aussi l'écriture magnifique. »

Charles Binamé savait que Xavier Dolan était intéressé par le rôle. Il a accepté de le rencontrer et a finalement été convaincu de lui donner le rôle de Michael comme il le souhaitait. « Il s'est donné à 1000 pour cent. C'est vraiment un virtuose. »

Le réalisateur a d'ailleurs fait ressortir le travail de ses acteurs en utilisant plusieurs gros plans et en se servant de lentilles anamorphiques. Celles-ci permettent de garder le point de focalisation très net, alors que le reste de l'image est flou. « Cela permet de décoller les personnages du fond, de les rendre plus présents à l'écran. »

L'histoire a aussi été reculée aux années 1960, afin que la disparition d'un autre docteur de l'hôpital psychiatrique, que Michael est le dernier à avoir vu, demeure plausible. « Il ne fallait pas qu'il y ait de cellulaires ni d'internet, sinon cela n'aurait pas été crédible. Mais je voulais aussi un univers psychiatrique plus obscur, presque carcéral, comme à cette époque. »

Cela a permis à Charles Binamé de s'amuser avec quelques voitures de collection... et de les recouvrir de neige (l'essentiel de l'action se passe la veille de Noël). « Les propriétaires étaient prévenus que je les salirais un peu et que j'ôterais les enjoliveurs, pour que cela soit plus réaliste. »

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