Être pour soi-même

Lynda Dion... (IMACOM, Jessica Garneau)

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Lynda Dion

IMACOM, Jessica Garneau

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<p>Karine Tremblay</p>
Karine Tremblay
La Tribune

(SHERBROOKE) La plante occupe un large coin du salon de Lynda Dion. Magnifique. Débordante. Verte comme la jungle tropicale. C'est elle, la plante-titre. Le Monstera deliciosa du roman. La métaphore qui se déploie au fil des pages et qui dit les débordements de la narratrice, une femme dans la cinquantaine qui quitte une relation devenue trop petite pour elle.

La Sherbrookoise ne fait pas de cachette : cette troisième publication est un roman-vérité. Près d'elle-même et de son vécu. Mais jamais elle n'aurait pu écrire cette histoire au je, comme ses deux précédents écrits.

« La troisième personne est un je déguisé. Ce qui m'intéresse dans l'écriture, c'est l'intime. Et je pense, cette fois, être allée encore plus loin dans cette voie. »

La romancière a pris sa rupture amoureuse à bras-la-plume. La fin du couple a marqué le début d'une remise en question.

« Ce n'est toutefois pas un livre sur une peine d'amour. Plutôt sur une erreur de parcours. Sur un mauvais choix qu'on fait par besoin d'être en couple. C'est l'histoire d'une femme qui n'arrivait pas à être pour elle-même. »

Et qui savait pourtant dès le départ que ça ne fonctionnerait pas avec lui. Cet homme avec qui elle a partagé quelques courtes saisons avant de voir que le frimas avait pris toute la place entre eux.

Il n'est pas nommé. Jamais. Il existe bel et bien.

« Mes proches le reconnaîtront, évidemment, mais sinon, personne ne pourra savoir qui il est. Je ne dis pas son nom, mais il y a quelques révélations... Je me suis demandé jusqu'où on peut aller. J'ai le vertige en y pensant. Ce qui m'a donné la permission d'aller loin dans la confidence, c'est que je n'ai pas essayé de blâmer l'autre. La loupe au travers de laquelle je regarde les choses est toujours tournée vers mon ressenti, mon parcours. Le doigt est toujours pointé vers la narratrice. Il n'y a pas d'accusations, pas d'esprit vengeur. »

Un abus dénoncé

Mais il y a une prise de parole. Des choses sont nommées. Des choses douloureuses. Entre autres ce passage bref, mais pesant, qui dénonce un abus sexuel. Inacceptable, l'abus. Pourtant, certains amis à qui elle en a parlé avant de publier lui ont dit qu'elle ne pouvait pas écrire ça. Elle a refusé le bâillon, repoussé le silence.

« C'était avant la vague de dénonciations qui a suivi l'affaire Ghomeshi. J'ai réalisé après coup que j'avais dénoncé, moi aussi, par la voie du roman. Je ne pouvais pas occulter ce chapitre. C'est une forme d'audace, c'est lié à ma position d'écrivaine. Ou bien j'assume ou bien je n'écris pas. »

Elle assume et signe. Même si ce n'est pas facile.

« C'est pour ça que j'ai tardé à publier, d'ailleurs », dit celle qui remplit des carnets depuis toujours.

Avec Monstera deliciosa, l'écrivaine a le sentiment d'avoir touché à une autre couleur de son encrier. « Ce livre-là, il s'est imposé, presque. Et il marque une mutation de l'écriture, oui, je pense. »

Comme un geyser

Celle qui enseigne aussi à l'école Montcalm avait mis un point à Ahouffouë, le troisième tome de sa trilogie, un « roman assez torride ». L'été n'était pas fini. Lynda Dion avait du temps devant. Elle a ressorti ce début de manuscrit qu'elle avait laissé dormir. C'est un geyser qu'elle a ouvert.

« C'est comme si le roman s'était donné. Je l'ai écrit en trois semaines. Je ne faisais qu'écrire. Ça a été d'une fulgurance! »

Elle avait pris des notes, au coeur de l'hiver froid où elle partageait la maison avec celui qui n'était plus sa douce moitié. Maintenant qu'un peu de temps avait passé, elle se sentait la force de raconter.

« J'ai cisaillé le texte. J'en ai fait six versions, chaque fois en épurant davantage. Ça donne une écriture au bord du silence. Chaque mot est pesé. »

Elle qui avait auparavant écrit dans un souffle, sans points ni virgules, ne pouvait pas, cette fois, évacuer la ponctuation. Elle rythme le récit autant que la mise en page aérée qui laisse le texte respirer. Comme un poème. Ce n'est pas un hasard.

« L'hiver dernier, j'étais en congé de maladie. Une grosse dépression, une traversée des enfers. J'étais incapable de lire ou d'écrire, à l'exception de courts poèmes. J'ai tissé un recueil, L'équation du vivant. »

D'autres écrits patientent dans ses tiroirs. Notamment un récit, Grosse, qui s'attarde sur le tabou du corps.

« Je pense que je suis en train de quitter le thème du couple. Probablement parce que j'apprivoise ma propre solitude. Mais les tabous restent l'épicentre de mon écriture. J'écris pour nommer l'innommable, à partir de la femme que je suis. »

L'écrivaine, elle, respire mieux depuis que les jours noirs sont derrière. Février a beau être froid, l'hiver n'est plus planqué dans son appartement. Ni dans son coeur. L'hirondelle ne fait peut-être pas le printemps. Mais le Monstera deliciosa, oui, un peu.

***

Lynda Dion

Monstera deliciosa

ROMAN

Éditions Hamac

En librairie mardi

***

VOUS VOULEZ Y ALLER?

Lancement

Hall d'entrée de l'école secondaire Montcalm

Mardi, dès 17 h 30

5 à 7 « bières et fondue au fromage »

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