• La Tribune > 
  • Arts 
  • > Arleen Thibault : faire voeu de tout bois 

Arleen Thibault : faire voeu de tout bois

Arleen Thibault... (Photo fournie)

Agrandir

Arleen Thibault

Photo fournie

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
<p>Karine Tremblay</p>
Karine Tremblay
La Tribune

(SHERBROOKE) Arleen Thibault a grandi sur un boulevard, à Québec. Ses parents n'écoutaient pas de musique traditionnelle, même que sa mère «trouvait ça un peu kétaine». Bref, il n'y avait pas de ceintures fléchées ou de violoneux dans le décor de son enfance. Rien qui laissait présager qu'elle ferait son chemin dans l'univers du conte.

«C'est arrivé bizarrement, dans ma vie. J'étais jeune et j'écoutais de la chanson trad à la radio. Ma mère, qui souhaitait nourrir nos intérêts, m'a donc inscrite à une troupe de danse traditionnelle.»

À force de patauger dans les pas de gigue et de set carré, Arleen s'est intéressée à la tradition orale. Naturellement. Au secondaire, elle versait dans le théâtre et affectionnait les personnages de bûcherons qui content autour du poêle à bois. Au cégep et ensuite à l'université, elle a vu le renouveau du conte prendre son élan. De soirées en festivals, elle a pris parole, trouvé sa voix.

«Pendant mon baccalauréat en théâtre à l'Université Laval, avec une amie française venue étudier un an au Québec, j'ai monté un show de contes qu'on a entre autres présenté au Festival des arts traditionnels du Québec.»

L'amie française est repartie. Le goût du conte, lui, est resté. Arleen a commencé à se composer un répertoire de coups de coeur. C'était il y a 13 ans. Son sac a pris du coffre. Mais est arrivé un moment où il n'était plus assez grand.

«Je commençais à avoir l'impression d'être vêtue de linge trop petit. J'avais envie d'avoir un spectacle tressé, bâti. Je souhaitais me fabriquer un univers», dit celle qui détient une maîtrise en dramaturgie et mise en scène.

Elle a donc cherché sa pépite d'or, le fil avec lequel tisser sa trame.

«J'ai trouvé le thème des voeux, que j'ai décidé d'exploiter au pluriel, en campant mon histoire dans un bloc d'appartements. Je trouvais que ça me faisait un beau nid de personnages.»

Elle a osé demander à Fabien Cloutier s'il était disponible pour la coacher dans l'écriture. Il l'était.

Avec lui, elle a jeté les bases de son récit, dans lequel les locataires d'un même immeuble se font offrir un voeu. Un seul. Pour toute la gang. Ils doivent s'entendre sur ce qu'ils vont formuler. Le défi est de taille, oui.

«Cette idée m'a amenée là où je n'avais pas prévu aller. Le voeu au nous apporte un côté social, une réflexion autre. Surtout dans le contexte actuel... Présentement, on est beaucoup dans les voeux déçus. Il faut les enterrer, formuler des voeux neufs. Et chasser la peur. Parce que lorsqu'elle prend le dessus, le réflexe qu'on a, je pense, c'est de se replier et d'oublier qu'on a le pouvoir de se demander comment on rêve notre monde, de se formuler un voeu collectif. Qu'il soit exaucé ou pas.»

Les voeux d'Arleen ont, eux, été entendus. Pour la mise en scène de son spectacle, elle a osé encore en allant cogner à la porte de Michel Faubert. En se disant qu'au pire, il dirait non. Le pire ne s'est pas produit.

«Avec Michel, on a eu des répétitions à travers tout le Québec. On ne s'est pas rencontrés une fois à la même place! On faisait coïncider nos agendas pour pouvoir répéter. Je l'écoute depuis le cégep, j'ai toujours admiré son rythme, sa musicalité. Je savais ce qu'il pouvait apporter. Je nous revois dans un café, les deux avec les yeux en l'air, en train d'écouter, simplement. C'était comme une collaboration auditive : on déplaçait les silences aux bonnes places. Pour que les spectateurs aient le temps de se faire des images dans leur tête.»

Pyrotechnie intérieure

Les virgules ne comptent pas pour des prunes. L'imaginaire a besoin des pauses autant que des mots pour dessiner les contours de l'histoire, assure la conteuse de 33 ans.

«C'est un art à très peu de moyens, le conte, mais un art qui génère quand même beaucoup de pyrotechnie intérieure. C'est comme une massothérapie cérébrale. Et d'une certaine façon, c'est de l'automassage parce que je donne les mots, les indices, mais ce sont les gens qui les traduisent en images. Je me vois comme une émerveilleuse. Une bête à espoir. Ça me dépasse moi-même à quel point ça apporte quelque chose au public.»

Le public d'ici, mais le public d'ailleurs aussi. Récipiendaire du prix Porteur de tradition 2011 remis par le Conseil de la culture, Arleen Thibault a conté en France, en Acadie, au Liban. Entre autres. Au mois de mars, elle représentera le Québec à la Fête de la Francophonie, au Brésil.

«J'aime voyager. Beaucoup. Je me sens chez nous pas mal partout.»

Dans la province, elle a beaucoup tourné sur les scènes de l'Est. Dans le Bas-Saint-Laurent, sur la Côte Nord, à Gaspé comme à Québec, son nom est connu. Ici, un peu moins. Quand l'occasion s'est présentée d'ajouter un troisième lancement de son tout chaud spectacle à Magog, la conteuse a ouvert son agenda avec enthousiasme.

On ne peut pas passer à côté. Elle qui a brodé toute une histoire autour d'un voeu collectif, qu'est-ce qu'elle lui souhaiterait, au nous, si un génie sortait de la bouteille?

«Hum. L'idée de mettre des mots sur nos rêves, ça fait partie de ce que je nous souhaite. On a la responsabilité de rendre notre monde meilleur, de prendre nos rêves en mains. Contre la morosité, on peut être inspirants.»

VOUS VOULEZ Y ALLER?

Le voeu

Arleen Thibault

Vieux Clocher de Magog

13 février, 20 h 30

Entrée : 25 $

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer