Apprendre grâce aux ronds de poêle

Olivier Martineau... (Archives Le Soleil)

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Olivier Martineau

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<p>Steve Bergeron</p>
Steve Bergeron
La Tribune

(SHERBROOKE) Lorsque Olivier Martineau s'est présenté aux auditions d'En route pour mon premier gala, en 2010, il ne connaissait personne. Foutrement personne. Lui qui n'était pas passé par l'École nationale de l'humour se sentait un peu comme un vrai underdog, selon ses propres mots.

C'est vrai qu'a priori, sa trousse d'expériences semblait petite : un goût certain pour la scène, beaucoup de théâtre et d'improvisation au secondaire et au cégep, un bac en histoire de l'art, deux ans à enseigner l'art dramatique aux adolescents... Pas de quoi fouetter un chat. Sauf, peut-être, cette audacieuse aventure en 2007 : n'avoir que 1000 dollars en poche et louer le Lion d'Or pour y présenter un spectacle solo, sans aucune expérience préalable.

« J'ai pris tout l'argent que j'avais. Après, j'ai vendu 300 billets, de porte en porte. Un peu comme Ding et Dong, le film, lorsqu'ils vendent des jokes à domicile. Il m'a fallu six mois, j'ai cassé les pieds de tout le monde avec ça, mais ça m'a donné le goût. »

D'où sa participation au fameux concours ayant fait découvrir plusieurs nouvelles têtes depuis 2008. « La même année que moi, il y avait François Bellefeuille, Mathieu Cyr, Simon Leblanc... Tous des gars qui oeuvrent en humour aujourd'hui. Moi, je ne pensais même pas être rappelé, tant l'audition s'était mal passée. Je suis sûrement un des derniers à avoir reçu le coup de fil. »

Mais Olivier Martineau a finalement gagné. Deux ans plus tard, c'est le Nez d'or du Grand Rire de Québec qui l'attendait. Plus récemment, on lui a confié la première partie de Jerry Seinfeld et de Jamel Debbouze, lors de leur passage dans la capitale. Et le voici aujourd'hui avec son tout premier spectacle solo.

Comme quoi l'École nationale de l'humour est encore loin d'être incontournable...

« Dans la vie, il y a deux façons d'apprendre : soit quelqu'un te dit de ne pas toucher aux ronds de poêle, soit tu y touches. Disons que j'y ai touché un peu trop souvent. »

« De toute façon, le coeur de ma mère s'est arrêté le jour où je lui ai dit que j'allais faire un bac en histoire de l'art. Si je lui avais parlé de l'École de l'humour, c'est sûr que je n'aurais pas passé un beau Noël. J'aime mieux considérer que je suis à l'école tous les jours, encore aujourd'hui. »

Photos de vacances

Il ne le dira évidemment pas, mais Olivier Martineau peut compter sur une bonne dose d'instinct et de talent. Les quelques extraits de ses prestations un peu partout sur la toile montrent un gars extrêmement à l'aise, qui improvise beaucoup, qui aborde toutes sortes de sujets et qui rebondit souvent sur les réactions de ses spectateurs.

« Je travaille effectivement de manière très organique. C'est comme lorsque tu montres tes photos de vacances : tu ne les raconteras pas de la même manière à ta mère qu'à tes chums. Ça peut avoir l'air facile, mais je suis plus méthodique que l'on croit. J'ai des procédés assez lourds, mais efficaces, qui me permettent de passer d'un truc à l'autre assez rapidement, comme dans une vraie conversation. J'ai justement ajouté trois ou quatre nouvelles improvisations depuis le début du mois (d'ailleurs, dis aux gens qui ont vu le show en rodage l'été dernier que ce n'est plus du tout le même). »

« Le spectacle tient quand même davantage du dialogue que du monologue, même s'il s'agit essentiellement de stand up comic », précise le Lavallois d'origine.

Olivier Martineau considère qu'il livre en ce moment « ce qu'il peut faire de mieux ». « Je traite de sujets qui m'auraient effrayé il y a quelques années, par peur de déplaire ou de ne pas faire consensus. J'avance beaucoup plus d'opinions personnelles. Quelqu'un a récemment dit de moi que l'insolence avait maintenant un nom. Je ne suis pas en désaccord, mais je parlerais plutôt d'irrévérence. C'est un spectacle inclusif, plus niaiseux que baveux. On rit de tout le monde, à commencer par moi. »

« Si le spectacle avait eu un titre, ç'aurait été J'haïs tout le monde égal. Je tire à boulets rouges sur tout, mais je suis le premier à se faire ramasser. Dans le fond, je gratte le vernis d'une société que je ne comprends pas tant que ça. Je retourne le miroir vers les humains : regardez-vous, car ça ne va pas bien! Si ça grince un peu, ça ne coince jamais. »

Autant l'humoriste ratisse ses sujets dans l'actualité et le monde contemporain, autant il s'inspire des « anciens ».

« Ça, c'est mon bac en histoire de l'art. Je me documente énormément. J'aime Pierre Labelle, Roméo Pérusse, Claude Blanchard et je connais tout d'Olivier Guimond. Je remonte jusqu'aux années 1920 et 1930. On pense qu'on invente, puis on découvre un sketch semblable, qui a presque 100 ans. »

Les 30 et 31 janvier, 20 h 30

Vieux Clocher de Magog

Entrée : 30 $

Pendant ses années de cégep, Olivier Martineau a fait un stage en Belgique. Enchanté par l'expérience et par les amis qu'il s'est fait là-bas, il leur a juré qu'il retournerait un jour au plat pays, sans que cela lui coûte un centime.

« À l'époque, je n'avais pas un sou. J'avais 17 ou 18 ans. C'était impossible de tenir une telle promesse. Finalement, dix ans plus tard, je me suis retrouvé en spectacle là-bas. Et mes amis, pour me faire une surprise, étaient dans la salle. J'ai respecté ma promesse... dix ans plus tard. »

Quand Olivier Martineau a participé à En route vers mon premier gala, un des juges de la compétition était Joseph Saint-Gelais, que de nombreux humoristes s'arrachent comme metteur en scène. Louis-José Houde, Laurent Paquin, Jean-François Mercier, Marie-Lise Pilote, Patrick Groulx et Martin Petit ne sont qu'une poignée de ceux et celles qui ont eu recours à ses services.

« Nous étions restés en contact après le concours et quand j'ai amorcé le projet du premier spectacle, c'était clair que c'était lui que je voulais. Et il a dit oui. Ce fut une belle rencontre professionnelle et humaine. Il me fait avancer, peut-être pas plus vite (on ne peut pas tirer sur une fleur pour qu'elle pousse plus vite), mais dans la bonne direction. C'est quelqu'un d'érudit, qui transmet beaucoup. Ses paroles valent de l'or si tu sais écouter. Il ne donne pas de réponses, mais il pose les bonnes questions. Quand il te demande si tu es certain de quelque chose et que tu as le moindre doute, tu es incapable de lui dire oui. »

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