Lire la peinture et regarder l'écriture

Créant en tandem depuis 45 ans sous le... (Imacom, Jocelyn Riendeau)

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Créant en tandem depuis 45 ans sous le nom de Cozic, Monic Brassard et Yvon Cozic ont imaginé une nouvelle façon d'écrire qui fait redécouvrir l'écriture par le dessin. Leur expositionLe Projet Code Couronne permet d'entrer dans leur univers ludique.

Imacom, Jocelyn Riendeau

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<p>Steve Bergeron</p>
Steve Bergeron
La Tribune

(SHERBROOKE) On a tendance à l'oublier, mais l'alphabet latin est constitué de 26 petits dessins. Évidemment, la plupart d'entre nous ne les voient plus. Sauf peut-être les artistes en arts visuels, qui ne portent pas le même genre de regard sur le monde. Et quand on a pleinement conscience que les lettres sont des dessins, on se dit qu'elles auraient pu être complètement différentes.

Par exemple, pourquoi pas des couronnes qui changent de couleurs selon le son qu'elles représentent? Tel est le Projet Code Couronne, imaginé par Cozic en 2006, et qui occupe en ce moment les murs de la Galerie d'art du Centre culturel de l'Université de Sherbrooke.

Cozic, ce n'est pas un, mais bien deux artistes. En plus de former un couple dans la vie, Monic Brassard et Yvon Cozic créent ensemble depuis 45 ans. Leur synergie est telle qu'ils considèrent Cozic comme un artiste à part entière, différent d'eux-mêmes. Ils n'ont d'ailleurs pas de démarche créative individuelle en parallèle.

«Lorsqu'on regarde les hiéroglyphes, les runes, l'écriture japonaise et chinoise, on a pleinement conscience qu'il s'agit de dessins, dit Monic Brassard. Nous avons donc imaginé une nouvelle façon d'écrire qui permettrait de redécouvrir l'écriture par le dessin. Il faut dire que nous aimons aller chercher des éléments loin des arts visuels et leur faire dire autre chose.»

«L'idée des couronnes nous est venue lorsque, dans une salle d'attente, nous sommes tombés sur un livre de cotes minières à la bourse, représentées par des graphiques circulaires (des pointes de tartes). En les perçant au centre, nous avions nos couronnes. Nous avons ensuite associé une couleur à chaque type de lettre : le rouge pour une voyelle, le violet pour une consonne labiale, le noir pour une dentale... Il ne restait plus qu'à écrire des mots.»

Lesquels? Le couple avait une boîte de grands titres de journaux, découpés à cause de leur résonance, tels Le mot qui rend fou ou L'auto pollue davantage que les vaches. Grâce à une feuille volante, le visiteur peut associer un titre à chaque dessin.

«Chacun peut ainsi se créer une image ou une histoire», conclut Monic Brassard, réjouie par de l'aspect ludique et participatif de l'exposition. «Nous permettons ainsi de lire des peintures. Une oeuvre a priori abstraite devient presque figurative. Mais on peut quand même l'apprécier seulement en tant qu'oeuvre abstraite si on le souhaite.»

Le couple a aussi poussé l'expérience plus loin, en demandant à un ami musicien, Claude Frascadore, d'associer chaque lettre colorée à un son, permettant ainsi de transformer un texte (par exemple, des haïkus) en partition musicale.

Sortir des chapelles

«La participation du public nous a toujours intéressés, mentionne Yvon Cozic. Dès nos premières créations, dans les années 1960 et 1970 [ils se sont rencontrés à l'École des beaux-arts de Montréal], nous avons réalisé des oeuvres à toucher, à caresser. Nous appelions ça le touch appeal.»

«Avant, les musées et les galeries étaient de véritables chapelles. C'était la tyrannie du regard. Nous, nous avions envie que nos oeuvres stimulent d'autres sens, d'autant plus que l'artiste, lorsqu'il crée, touche la matière et sent la peinture... Nous voulions amener les gens le plus près possible du moment de la création. Nos premières sculptures étaient amovibles. Certaines émettaient même des parfums.»

Quant à leur association émotive, elle est devenue toute naturelle avec les années. «Nous n'en avons plus vraiment conscience, dit-il. Nous pensons à deux têtes et nous créons à quatre mains. On ne peut plus dire si c'est Yvon ou Monic qui a réalisé telle oeuvre. Notre art est devenu le prolongement de notre rencontre et, comme notre couple, il continue d'évoluer. Nous essayons d'avoir le même regard (surtout au moment de décider qu'une oeuvre est terminée), mais il faut aussi continuer de nous surprendre nous-mêmes, et accepter les surprises que l'autre nous fait.»

Vous voulez y aller?

Le Projet Code Couronne

COZIC

Jusqu'au 22 février

Galerie d'art du CCUS

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