Écrire sans jamais s'éteindre

Sylvie Massicotte... (Imacom, Jessica Garneau)

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Sylvie Massicotte

Imacom, Jessica Garneau

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<p>Karine Tremblay</p>
Karine Tremblay
La Tribune

(SHERBROOKE) Ce moment précis où l'on s'apprête à éteindre la lumière. Cet instant où, avant de fermer l'oeil et l'interrupteur, on suspend la course de la journée. Cet instant-là, Sylvie Massicotte en a fait le noeud et le titre de son plus récent recueil de nouvelles, Avant d'éteindre.

«Le geste d'éteindre est quotidien et des choses importantes se jouent souvent dans les transitions. C'est comme si ce geste du soir cristallisait certains moments de la journée», explique l'écrivaine native de Richmond et aujourd'hui établie en Montérégie.

Les personnages qu'elle a mis en récit dans son sixième recueil sont donc souvent croqués dans un moment charnière, lors d'un point de bascule. Ils sont fils, pères, travailleurs, voyageurs, transsexuels. Ils sont les différents visages de la solitude masculine que l'écrivaine avait envie d'explorer avec la plume.

«J'ai aussi des personnages féminins, mais j'avais envie, cette fois, d'aller davantage vers la figure masculine.»

Parce qu'elle avait besoin de se réinventer, d'avancer ailleurs.

«Ça fait plus de 20 ans que j'écris et que je donne des ateliers d'écriture. Depuis le temps, lorsque j'amorce une histoire, j'ai déjà une idée de la finale que ça pourrait annoncer. Et je me suis fait un devoir de ne pas aller là. Parce que si l'auteur s'ennuie, le lecteur aussi.»

Donc pas question de s'engager sur la voie rapide, le chemin facile. Pour se sortir de l'habitude et de l'attendu, l'auteure a aussi délaissé le milieu urbain. Si l'on sent le parfum des pommes à travers les pages, si l'on imagine les branches qui ploient sous le poids des fruits, si l'arbre et son symbole se faufilent souvent dans les courtes nouvelles, c'est que le tiers du recueil a été écrit à la Cidrerie du Minot, en Montérégie.

Un combat

«J'y ai effectué une résidence d'auteure. Ça a laissé une empreinte dans l'écriture, c'est certain. J'ai beaucoup d'admiration pour les gens de la cidrerie. Ils ont commencé à gérer leur verger à peu près à la période où je me suis mise à publier. Ils avaient à faire découvrir un produit méconnu. On vit quelque chose d'un peu semblable en littérature : c'est presque un combat de la faire aimer aux gens.»

Comme c'en est un de la faire rayonner, de l'amener là où elle n'est pas. C'est particulièrement vrai pour la nouvelle littéraire, trop souvent considérée, encore aujourd'hui, comme un petit genre. Le texte court peine à faire sa place. Peut-être parce qu'il est court, justement.

«Je fais partie du comité de rédaction des éditions XYZ. On déploie beaucoup d'efforts pour faire connaître la nouvelle, qui n'est pas appréciée à sa juste valeur alors que, plus que jamais, il y a une place pour ce genre-là. Parce que tout va vite, beaucoup d'adultes disent qu'ils manquent de temps pour lire. La nouvelle permet justement de plonger rapidement dans un univers, de rentrer intimement dans quelque chose de court. C'est le genre par excellence pour faire de petits arrêts dans la journée.»

Encore faut-il savoir mettre la nouvelle en vitrine. Sylvie Massicotte cite en exemple un inspirant projet, à Lille, où des bornes de transfert permettent aux utilisateurs des transports en commun de télécharger différents textes courts. Parmi lesquels se trouvent d'ailleurs trois des siens.

Auteure tous genres

Celle qui a déjà reçu le Grand Prix littéraire de la Société Radio-Canada, catégorie nouvelles, touche aussi à d'autres genres littéraires. Parce que l'écriture lui est essentielle. Depuis toujours, lui semble-t-il.

«Dès que j'ai su aligner des lettres, j'ai inventé des histoires.»

Elle aimerait bien écrire à nouveau pour le jeune public, elle qui a publié plusieurs romans jeunesse à la Courte échelle. Elle pourrait bien, aussi, rebondir en poésie. Et elle continue à tricoter des chansons. Luce Dufault, Dan Bigras, Diane Dufresne, Claire Pelletier et Isabelle Boulay ont déjà interprété ses mots. Breen Leboeuf aussi. Avec ce dernier, elle poursuit d'ailleurs un projet de création qui pourrait bien aboutir sur un tour de chant, lequel serait porté par la comédienne Frédérike Bédard. C'est à suivre.

«J'ai toujours plusieurs projets en marche. J'enseigne, j'écris. Je me renouvelle beaucoup par le voyage. J'ai quelques manuscrits sur la table. Je ne sais pas lequel va prendre le dessus.»

On gagerait sur celui qui s'impose à son esprit davantage que les autres lorsqu'arrive le soir. Celui qui fait entendre son écho juste avant la nuit. Juste avant d'éteindre.

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