Sauveteurs en haute mémoire

À point nommé pour les Fêtes, le quintette... (Photo fournie)

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À point nommé pour les Fêtes, le quintette vocal Musique à bouches lance son deuxième album. Avec Jusqu'aux oreilles, Jérôme Fortin,Sylvain Trudel, Isaël McIntyre, David Bélanger et Olivier Brousseau consolident l'arrivée de la podorythmie dans leurs airs et cimentent leur formation après le départ de deux membres fondateurs (René Desmarais et Daniel Charest).

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(SHERBROOKE) Il arrive que des amoureux de longue date en viennent à penser la même chose en même temps. Il arrive que des amis fidèles en viennent à dire la même chose en même temps. Qu'arrive-t-il à des hommes qui chantent en choeur depuis des années? Ils en viennent à respirer en même temps.

Après une décennie, les cinq compères de Musique à bouches n'ont plus besoin de se regarder pour savoir quand ouvrir les lèvres. Ils le font naturellement. Sans compter 1-2-3-4. Ils se devinent, avec pour seul indice, ce subtil bruissement que fait l'air quand il est appelé aux poumons.

Cette fusion s'entend dans chacun des silences du nouvel album du viril quintette sherbrookois, Jusqu'aux oreilles. Un album chaleureux, assis à califourchon entre le trad et le chant choral, qui arrive à point nommé pour le marathon des réveillons. Les spécialistes de l'a cappella, âgés de 35 à 45 ans, ont d'ailleurs ramé à double vitesse pour réussir à devancer la sortie de ce deuxième opus, d'abord planifié pour le printemps.

« On dira ce qu'on voudra, c'est encore pendant le temps des Fêtes que les gens écoutent le plus de musique traditionnelle et que les radios ont la plus grande ouverture pour en faire jouer », avoue Jérôme Fortin, bon joueur.

Autour de cette généreuse bouée, sur laquelle s'accrochent 15 chansons, la formation poursuit son travail de sauvetage de chants traditionnels dans la mer de l'oubli. L'album inclut d'ailleurs les six titres déjà rescapés sur le minialbum Première partie, sorti en été 2013, qui ont reçu une autre bouffée d'air frais en studio grâce au réalisateur Pierre Duchesne. Les autres complaintes marines et chansons grivoises ont reçu le bouche-à-bouche au cours des derniers mois, avec un peu de podorythmie en guise de défibrillateur.

Ces chants qui ne veulent pas mourir

Le printemps dernier, grâce à une bourse de 13 000 $, Musique à bouches a réalisé une tournée des résidences pour aînés et des CHSLD de la région afin d'aller à la source, au large, repêcher avec ses flotteurs vocaux des airs destinés à la noyade. L'exercice a été touchant plus que concluant.

« Nous n'y avons pas découvert de perles. Les personnes âgées nous ont surtout partagé des versions nouvelles d'airs qu'on connaissait déjà. Il y a environ 200 chansons dans le bassin traditionnel québécois, et la même dizaine de textes reviennent. Mais l'expérience a été extraordinaire », explique Sylvain Trudel, la voix de basse de ces autodidactes qui travaillent à l'oreille.

« Quand une femme de 88 ans nous dit que telle chanson lui rappelle sa mère et son enfance, les yeux dans l'eau, ça vient confirmer la pertinence de ne pas faire mourir ces chansons-là, de les dépoussiérer pour les remettre à l'avant-plan », ajoute Jérôme Fortin, qui compare aussi son travail à celui d'un archéologue.

Les nouveaux airs de mer et de bière sont encore une fois venus des deux lifeguards chevronnés, les « vieux » estriens Jean-Paul Guimond et Gérard Dussault, qui ont des carnets complets de chants du terroir imprimés sur le cortex et le coeur, ainsi que du répertoire de l'Alliance des chorales du Québec.

Deux séjours dans la région de Lyon, en France, pour un festival, ont aussi permis d'heureux repêchages, comme La complainte de Mandrin, trouvée dans le fond d'une taverne.

En bonus, à la fin de l'album, le groupe a ajouté trois titres plus festifs (Le cotillon, Le champ de pois, Pour boire il faut vendre). « Ce sont les chansons qu'on nous demande le plus souvent en spectacle. Elles sont taillées exprès pour faire lever les partys. »

Et eux, pendant le temps des Fêtes? Ils se reposeront. Les sauvetages en haute mémoire, ça épuise son homme...

Les cinq bouches musicales en profiteront pour reprendre leur souffle, en même temps. Comme seuls les vieux compères y arrivent.

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