40 ans d'esprit de (vieux) clocher

Avec tout ce qui s'est passé au Vieux Clocher de Magog en 40 ans, on pourrait... (IMACOM, Jessica Garneau)

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IMACOM, Jessica Garneau

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<p>Steve Bergeron</p>
Steve Bergeron
La Tribune

(Sherbrooke) Avec tout ce qui s'est passé au Vieux Clocher de Magog en 40 ans, on pourrait écrire un roman. Sans l'accueil qu'ils ont reçu rue Merry ni la possibilité de peaufiner leur travail sur plusieurs semaines, bon nombre d'artistes québécois, aujourd'hui au firmament des étoiles, n'auraient pas connu le même début de carrière.

Devant l'impossibilité de tout raconter, La Tribune a demandé au fondateur Jean-Claude Gosselin et à celui qui a fait de cette salle une scène incontournable du Québec, Bernard Caza, de retrouver quelques moments forts et de se pencher sur l'héritage laissé, afin d'encore mieux goûter la chance d'avoir eu et d'avoir encore un tel diffuseur régional.

JEAN-CLAUDE GOSSELIN : PRIS AU JEU

Tout a commencé lorsque la troupe de théâtre Les Baladins de Magog s'est cherché un lieu de répétition et de représentation. À la fin, la ville s'est plutôt retrouvée avec un véritable petit centre culturel.

«Les gens ont oublié qu'il y avait aussi des expositions de peintures et de photos», relate Jean-Claude Gosselin, le fondateur du Vieux Clocher, alors qu'il était président, directeur artistique et metteur en scène des Baladins. «À l'époque, la compagnie présentait de cinq à six spectacles par année, mais elle n'avait pas de local de répétition. J'ai convaincu un homme d'affaires, Théo Langlois, d'acheter la vieille église anglicane.»

Construit en 1883, l'édifice était alors en piteux état. «C'était très délabré. Les murs étaient brisés, les vitraux, cassés. Nous avons retroussé nos manches. Ce sont tous des bénévoles qui ont fait ça, en seulement trois mois. Finalement, nous nous sommes fait prendre au jeu : le Vieux Clocher est devenu une salle de spectacles. Ça tombait bien, car Magog n'avait pas alors de diffuseur de ce genre.»

On y présentait aussi du cinéma. «La salle comptait 300 places... mais il y avait souvent plus de monde, parfois jusqu'à 400.»

En 1981, à la suite de graves difficultés du principal mécène, les Baladins n'ont plus été capables de soutenir financièrement le Vieux Clocher. «J'étais épuisé, se souvient Jean-Claude Gosselin. Pendant toutes ces années, j'enseignais aussi à temps plein.»

«Aujourd'hui, je suis fier d'avoir doté Magog d'une salle de spectacles reconnue partout et je suis heureux que notre successeur ait poursuivi dans la même direction, en conservant la vocation culturelle. Parce qu'à l'époque, certains acheteurs potentiels parlaient d'en faire un bar de danses à 10 $...»

Bernard Caza... (Archives La Tribune) - image 2.0

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Bernard Caza

Archives La Tribune

BERNARD CAZA : UN LABORATOIRE ADORÉ

En 33 ans aux commandes du Vieux Clocher de Magog, Bernard Caza en a, des choses à raconter. Des chauves-souris entrant par une porte restée ouverte et terrorisant Marie-Lise Pilote. Un jeune Daniel Bélanger les yeux dans l'eau, s'apercevant, à un de ses premiers spectacles, que le public chantait déjà ses chansons. Le plafond du sous-sol (qui est aussi le plancher devant la scène) bouger sous le poids des spectateurs dansant devant la Bottine souriante.«Mais je me suis demandé : qu'est-ce que le Vieux Clocher a apporté en 40 ans dans les arts de la scène? Des présentations de spectacles à long terme, des rodages sur une longue période et une importante contribution à la vague d'humour du début des années 1980.»

C'est sans compter, évidemment, les artistes qui y ont été découverts, parfois avant Montréal. «Certaines salles montréalaises se fiaient à ma programmation estivale pour choisir leurs spectacles d'automne», ajoute-t-il.

«Avant le Vieux Clocher, cela pouvait être très long avant d'adopter un artiste. Si tu le ratais, il ne repassait que deux ou trois ans plus tard, avec un nouveau spectacle. Ici, tu avais cinq ou six semaines pour aller le voir. Surtout que l'été, la plupart des salles étaient fermées, il n'y avait que le théâtre.»

Les nouveaux humoristes ont vite adopté le «laboratoire» du Vieux Clocher. «Ils faisaient cinq spectacles par semaine. Je me souviens même que Pierre Verville en donnait deux le samedi soir, à 19h et 22h (je gardais mes dimanches et lundis pour les spectacles de chanson). Dès qu'un numéro ne marchait pas, ils pouvaient le corriger le lendemain soir. C'était juste assez loin de Montréal pour que les critiques ne viennent pas, ou alors très rarement. Et comme la région se remplissait de touristes en été, ils étaient vus par des gens de Québec, Montréal, Chicoutimi, Trois-Rivières... Le bouche-à-oreille était à l'échelle québécoise.»

Les étés ont vu passer Daniel Lemire (1982), Pierre Verville (1984), Rock et Belles Oreilles (1985), le Groupe Sanguin (1986), Jean-Marc Parent et Michel Courtemanche (1989), Stéphane Rousseau (1992)... Bernard Caza les a tous connus sous leur jour de jeunes débutants remplis de doutes et d'insécurité.

«Pour eux, le Vieux Clocher a été ce que le Patriote a été pour Charlebois, Léveillée, Forestier...»

Évidemment, avec les années, la formule a changé et le Vieux Clocher n'est plus le seul diffuseur à offrir du rodage. «Il y a actuellement 45 shows d'humour qui tournent au Québec. Certains artistes sont désormais trop gros pour roder chez nous, et d'autres, trop petits. Aujourd'hui, ils ne font pas plus de deux semaines, parce que les estivants n'avaient que deux différents spectacles à se mettre sous la dent pendant l'été.»

Mais malgré la compétition féroce, Bernard Caza estime que son Vieux Clocher est là pour rester. «Car les gens auront toujours besoin de rire et d'écouter des chansons.»

Dossier complet à lire dans le cahier des arts de La Tribune du week-end.

VOUS VOULEZ Y ALLER?

Gala du 40e en chansons

Samedi, 20h30

Avec Jim Corcoran, Florence K, Daniel Boucher, Kevin Parent et Patrice Michaud

Entrée : 48 $

***

50 ans, 50 chansons

Robert Charlebois

Dimanche, 20 h

Entrée : 56 $

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