Dix jours pour écrire un roman

Danielle Dussault... (Imacom, Maxime Picard)

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Danielle Dussault

Imacom, Maxime Picard

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<p>Steve Bergeron</p>
Steve Bergeron
La Tribune

(Sherbrooke) Danielle Dussault a écrit son dixième livre en dix jours. Un véritable sprint... au sens figuré comme au sens propre. Pendant cette intensive décade, l'auteure thetfordoise s'est imposé une rigoureuse discipline sportive : cinq kilomètres de jogging le matin et quarante-cinq minutes de nage en après-midi dans le lac Rond. Après chaque séance, l'écrivaine troquait baskets ou maillot pour le crayon, laissant libre cours aux images qui avaient traversé son esprit durant l'effort.

« Je me suis inspirée de mon frère marathonien. L'écriture, contrairement à ce qu'on pourrait croire, est un mouvement de persévérance. Sa voie n'est pas si facilement carrossable. Elle est faite d'investissement, d'engagement, de découragement, de questionnement... Les succès et les prix n'en sont que la pointe de l'iceberg », dit l'écrivaine, qui parle en connaissance de cause puisqu'elle a mis la main deux fois sur le prix Alfred-DesRochers, en 1994 et en 2003.

« Cette persévérance dans l'effort physique, je voulais donc la vivre dans l'écriture », résume celle qui estimait que, si elle bougeait physiquement, les personnages courraient à sa suite.

Il ne faut pas s'étonner de cette démarche chez Danielle Dussault, pour qui l'écriture est d'abord et avant tout une connexion aux oscillations de l'âme. D'ailleurs, la formule des carnets littéraires, qu'elle pratique et qu'elle enseigne, abonde en ce sens, par exemple en imposant de s'imprégner d'un lieu, parfois avec une thématique en tête, mais en demeurant toujours en libre observateur et en état de disponibilité, sans volonté de raconter une histoire à tout prix. Robert Lalonde, Sylvia Plath, Christian Bobin, Sibylle Lacan font partie de ces auteurs qui explorent ou ont exploré cette voie et qu'elle admire.

Tout ce qui n'est pas dit

C'est d'ailleurs en séjournant avec sa fille dans une vieille auberge de Peak's Island, en face de la ville de Portland dans le Maine, que l'idée lui est venue d'y situer une histoire. « C'était un vieux et immense bâtiment, construit pendant la guerre de Sécession. À ce moment-là, je ne savais pas du tout dans quelle direction irait mon récit... »

Son point d'arrivée est l'histoire d'un jeune soldat de la guerre du Viêtnam, William Anderson, qui se voit confier la gestion de l'hôtel familial par son père, lui aussi un ancien soldat, qui a éduqué son fils de façon brutale. Hanté par les visions apocalyptiques des champs de bataille, le jeune gérant tombe sur un tableau représentant sa mère, peint peu avant la mort de celle-ci. Cette toile met William sur la voie d'un passé jusqu'alors méconnu, qui lui fera découvrir le vrai visage de sa mère, alors que l'auteure du tableau, une certaine Éva, semble croiser inexorablement sa route...

Comme la plupart de ses romans, Anderson's Inn est majoritairement écrit en style indirect, avec de très, très rares dialogues. « Cela fait partie de ma griffe d'écrivain, précise Danielle Dussault. Disons que c'est une faiblesse dont j'essaie de faire une force. Je trouve les dialogues difficiles à écrire, car ils sont souvent de l'ordre de la banalité. Mais je me rends compte que cette banalité est nécessaire, pour permettre au lecteur de respirer. Je veux donc travailler cet aspect dans mes livres futurs. »

« Ce roman est un tournant dans mon écriture. J'ai vraiment déployé mes forces vives pour aller chercher l'intériorité des personnages. Le récit prend son ampleur dans tout ce qui n'est pas dit », souligne-t-elle, en référence à cette quête de vérité sur la mère disparue.

Ce nouveau cap franchi se double d'une autre décision pour l'auteure, celle d'avoir laissé sa situation d'enseignante au Cégep de Thetford l'an dernier, après 25 ans de pratique, pour se consacrer entièrement à sa passion d'écrire. « Ce fut une grosse décision. J'avoue que le contact des élèves me manque beaucoup », avoue celle qui compense en donnant des ateliers d'écriture.

Bibliographie

1987 Le vent du monde

1994 L'alcool froid

1996 Les yeux grecs

Ça n'a jamais été toi

2000 Camille ou la fibre de l'amiante

2002 L'imaginaire de l'eau

2007 Salamandres

2011 Fragments de l'instant

2012 La partition de Suzanne

2014 Anderson's Inn

DANIELLE DUSSAULT

Anderson's Inn

ROMAN

Lévesque éditeur

128 pages

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