Dumas : jamais aussi libre

Dumas... (La Presse, Martin Chamberland)

Agrandir

Dumas

La Presse, Martin Chamberland

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

Sur le même thème

<p>Steve Bergeron</p>
Steve Bergeron
La Tribune

(Montréal) Tous les chanteurs le disent : le principal défi dans ce métier, c'est de durer. Mais cette difficulté, on l'envisage généralement sous l'angle du succès... Plus rarement en parle-t-on en regard de l'intérêt de l'artiste lui-même pour son travail.

C'est pourtant ce que Dumas a vécu à la fin de la tournée de L'heure et l'endroit. La question à 1000 $ de Plastic Bertrand - «Je m'arrête ou je continue? Stop ou encore?» -, il se l'est posée sérieusement.

«J'étais un peu tanné du rock. J'avais arrêté d'écrire. J'aimais autant la musique, je me trouvais privilégié que l'élan de Granby ait duré quinze ans, mais je ne savais même plus si un autre disque serait pertinent. J'ai quand même fait des tests avec d'autres réalisateurs, qui ne m'ont pas convaincu. Jusqu'à ce que je rencontre Jonathan et Étienne. Ce sont eux qui m'ont dit : "Steve, il faut que tu reviennes à la base, quand tu étais ado et que tu allais jouer dans des places trash."»

Jonathan et Étienne, ce sont Jonathan Dauphinais et Étienne Dupuis-Cloutier. Non, ils n'ont pas rencontré Dumas par le réseau serré des musiciens montréalais. «On s'est connus en jouant au hockey! À la fin de la tournée d'Ariane Moffatt, Jonathan est venu jouer sur la mienne. Il était déjà un ami d'Étienne... qui écoutait Le cours des jours quand il étudiait au cégep.»

Tous les trois ont donc lancé la très souterraine tournée Vol d'essai, qui s'était arrêtée à la Petite Boîte Noire de Sherbrooke (Étienne est originaire d'ici) à la dernière Saint-Valentin. «On s'est même retrouvés à jouer dans un appart' à Drummondville [ville de Jonathan], comme dans le clip 1979 des Smashing Pumpkins. Nous avons réarrangé les vieilles tounes en fonction du trio et c'est ce qui a donné une direction à l'album. J'ai dit aux gars que c'était avec eux que je voulais faire le disque et je me suis remis à écrire intensément.»

Il ne se doutait pas alors que ses deux nouveaux coéquipiers le foutraient carrément à la porte du studio. «Je leur avais apporté une vingtaine de maquettes. Ils m'ont dit : "Va faire du yoga ou du jogging, tu reviendras demain soir." J'ai trouvé ça hyper difficile. J'étais habitué à être toujours là! Ils m'ont vraiment réalisé : quand ils n'étaient pas satisfaits, je recommençais! Aucun passe-droit!»

Vignettes soul

L'autre nouveau pivot s'appelle Alexandre Soublière. Pour la première fois, après des années de cavalier seul, Dumas a eu envie d'une collaboration pour les textes. C'est probablement ce nouveau partenariat qui a permis une écriture aussi personnelle sur ce onzième album solo, le couple et l'amour étant souvent au coeur des paroles.

«Une chanson comme Si je chantais pour toi, je pourrais la chanter à ma blonde, et, à la limite, à moi-même. Autour de moi, j'ai beaucoup de monde de 35, 40 ans, qui ont fait la moitié du chemin et qui se demandent s'ils continuent dans la même voie, s'ils doivent toujours croire à leurs rêves. C'est ce qu'on entend dans Ne me dis pas : il faut continuer, ne pas oublier qui on est ni s'accrocher au passé, et aller vers l'avant (d'où la thématique du changement).»

«Je crois que la chimie entre Alexandre et moi a vraiment bien fonctionné, car j'ai l'impression que toutes les chansons sont de moi, même celles écrites entièrement par Alexandre», ajoute-t-il.

Mais c'est à Dumas lui-même que l'on doit la nouvelle griffe soul, presque Motown, qui teinte fortement les nouvelles plages et créent un fort contraste avec le reste de la discographie dumasienne.

«J'ai beaucoup écouté Al Green et Ann Pebbles. J'avais déjà les cuivres en tête. Quand j'écris une chanson, je travaille avec une langue inventée, mais j'avais déjà inclus ce que j'appelle des vignettes soul, comme I feel it, movin' on, say... Les gars tenaient à ce que les garde, pour préserver ce feeling des premiers jets.»

«Ils m'ont aussi permis d'assumer mon côté plus pop, avec des chansons comme Sa chambre et Ne me dis pas. Ils ont tenu à ce que je garde un ton très intime dans la voix, comme si je parlais à quelqu'un à l'oreille. Un retour à la vibration du Cours des jours. Et quand les mix sont revenus de Londres, la voix était super assumée, bien mise en avant.»

Un résultat d'autant plus satisfaisant que Dumas n'a jamais rencontré son mixeur Stephen Sedgwick, collaborateur rapproché de Damon Albarn, l'homme derrière Blur et Gorillaz.

«En lisant les pochettes de ces disques, je me suis aperçu que Stephen était toujours l'ingénieur de son. Jusqu'à ce que j'entende ce qu'il a fait avec un album de Bobby Womack, axé sur les basses fréquences et le soul. J'ai décidé de redevenir un ado, de tenter ma chance et d'essayer d'entrer en contact avec lui. Et il a dit oui. Il a d'abord mixé Vaudou et il a accepté de faire le reste de l'album. Ça me fait une bonne histoire à raconter!»

Moins bien verrouillé

À aucun moment, Dumas ne s'est demandé si son public le suivrait dans son nouveau son. «Surtout que c'est ce changement qui m'a redonné le goût de la création! J'avais confiance au regard externe d'Étienne et Jonathan et j'étais fasciné par chacune de leurs propositions. À 35 ans, je ne me suis jamais senti aussi libre, parce que je me suis ouvert à travailler avec d'autres gens.»

Le chanteur ne va pas jusqu'à renier son opus précédent. «J'ai probablement moins bien verrouillé les choses avec L'heure et l'endroit. J'étais plus ou moins satisfait de mon écriture. Mais il me fallait le faire, car c'est cet album qui m'a conduit à celui que je lance aujourd'hui et à me relancer sans filet. Je l'assume.»

Le Victoriavillois d'origine n'a pas eu non plus à faire le deuil de ses anciens collaborateurs, dont son fidèle guitariste Jocelyn Tellier. «Il a été le premier à me dire, après la dernière tournée, que ce serait cool que je joue avec d'autre monde. Notre collaboration va sûrement reprendre un de ces jours, avec le même plaisir.»

Dumas piaffe déjà d'impatience d'apporter ses nouvelles chansons sur scène, avec son nouveau trio. La tournée s'amorcera peu après les Fêtes. Sherbrooke sera d'ailleurs une des premières haltes, le 14 février.

«Ce sera ma deuxième Saint-Valentin de suite à Sherbrooke! Même si le rock n'est plus en avant-scène (il n'y a qu'une guitare), il n'est jamais bien loin et ça reste très dansant. C'est la formule trio qui permet ça. Ça ouvre beaucoup de possibilités. On a des trucs pour sonner large.»

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer