La mondialisation vue par... les lapins

Lucie Duval... (Imacom, Jessica Garneau)

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Lucie Duval

Imacom, Jessica Garneau

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<p>Steve Bergeron</p>
Steve Bergeron
La Tribune

(Sherbrooke) La plupart des gens connaissent la suite Fibonacci à cause du succès littéraire Le code Da Vinci. Mais cette formule mathématique exponentielle a vu le jour 800 ans avant que Dan Brown s'en serve dans son roman policier. Son créateur, le mathématicien italien Leonardo Fibonacci, l'a publiée en 1202, pour résoudre un problème : combien de couples de lapins obtient-on en un an à partir d'un seul couple de lapins confiné dans un lieu isolé?

La suite Fibonacci ne pouvait que convenir à la plus récente exposition de Lucie Duval. Parce que des lapins, il n'y a pratiquement que ça dans l'installation qui crèche en ce moment à la Galerie d'art de l'Université de Sherbrooke. L'artiste sherbrookoise y a tout de suite vu un lien avec sa nuée de petits rongeurs fabriqués à partir de gants de travailleurs.

« J'utilise les gants de travailleurs depuis mon exposition Mainmises en 2006. J'avais conçu une fausse robe de haute couture avec 576 de ces gants. Pour moi, ils représentaient une contradiction : ce sont des gants de travailleurs... mais aussi des gants de chômeurs. Ils sont fabriqués en Chine, et on sait très bien que l'industrie textile d'ici est une des premières qui a périclité à cause de la concurrence chinoise. »

« Jusqu'au jour où un ami m'a appris qu'il allait devenir papa. J'ai donc décidé de fabriquer un petit lapin pour son garçon avec un de ces gants. En regardant le premier, je me suis dit que je pouvais faire mieux que ça. J'en ai donc fait un autre, puis un autre, avant d'en arriver à une dizaine. Après, j'ai remarqué qu'aucun lapin ne ressemblait à un autre et que chacun était empreint de l'humeur de la journée où je l'avais fait. Comme un journal intime. »

Lucie Duval a fini par abandonner son idée de cadeau. « De toute façon, j'étais vraiment cruelle avec mes lapins : je leur coupais des doigts, je les suturais... Il y avait davantage matière à réflexion sur notre société. »

Gants beiges, gants gris

L'artiste a donc commencé par publier un livre, Histoires à tirer par les oreilles, comportant des textes et des photos de 150 lapins. Un livre où Lucie Duval portait sa réflexion sur la mondialisation à un autre niveau.

« J'avoue que c'était un peu désolant. Les doigts coupés me rappelaient le sort des travailleurs mutilés du textile. J'ai donc décidé de les monter sur un carrousel. C'était plus ludique, ça devenait une sorte de monument imaginaire. Sauf qu'il me manquait des lapins. Je retourne à la quincaillerie... et je m'aperçois que les gants blancs ont été remplacés par des gants beiges et des gants gris! »

Avec ces nouveaux lapins aux couleurs de peau différentes, Lucie Duval a donc pu joindre à son oeuvre le versant positif de la mondialisation, en y greffant les notions de métissage, de partage, d'immigration, d'éducation et de culture.

Il faut dire aussi que, parallèlement, Lucie Duval a lancé un réseau d'adoption « internationale » de ses lapins. Les visiteurs de la Suite Fibonacci pourront donc repartir avec le lapin de leur choix (moyennant 200 $), avec même un certificat. « C'est ma façon de créer un réseau social autre que Facebook. Un réseau plus humain. »

Et aussi un prétexte pour fabriquer de nouveaux lapins et remplacer ceux adoptés. C'est la suite de Fibonacci qui le veut!

La suite Fibonacci

Galerie d'art de l'Université de Sherbrooke

Jusqu'au 21 décembre

Entrée gratuite

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