La sombre vérité de Noem

Sur son dernier disque, Leonard Cohen murmure : « There's a crack in... (Photo fournie)

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(SHERBROOKE) Sur la chanson Anthem, Leonard Cohen murmure : « There's a crack in everything/That's how the light gets in. »

Il y a une faille dans tout. C'est par là que la lumière se faufile.

Vincent Vachon trouve ça beau. Et trouve ça vrai.

L'auteur-compositeur-interprète sherbrookois cite ces lignes pour décrire Le grand mensonge, le deuxième album de son groupe Noem. On ne se mentira pas : la rondelle, en magasin depuis hier, est sombre. Les lamelles du store sont fermées serré sur les onze pièces qui portent des titres comme Ma belle enfer et Tout s'écroule. Mais son architecte entend l'espoir ramper dans les fentes de sa construction.

L'ancien gagnant des Découvertes de la chanson de Magog et demi-finaliste à Sherbrooklyn ne se décrit pourtant pas comme un artiste torturé. Il a la création joyeuse, même si elle se manifeste toujours la nuit. Mais le noir ambiant lui rentre parfois dedans. Parfois comme dans souvent.

« Ce n'est pas nouveau. J'ai toujours été comme ça. En prématernelle, alors que tous les autres dessinaient des soleils et des maisons avec des piscines, je dessinais un champ de bataille. J'ai un côté obscur, qui ne paraît pas en façade. En même temps, je suis d'une génération qui se cherche. Tout est facile, mais tout est difficile, on sait tout, mais on ne sait rien. J'ai besoin de me retirer de ce tumulte quotidien, et la musique m'aide à ça. Les chansons réfèrent beaucoup à cette forme d'échappatoire. Écrire, c'est comme aller en camping sauvage au parc Frontenac », établit le souriant créateur, qui lance cet album sous la protection de la petite maison des Disques Inconnu.

Enseigner le français au Centre Saint-Michel, à des immigrants du Bhoutan comme du Soudan ayant fui des situations beaucoup plus complexes qu'une crisette de génération Y, l'a aussi inspiré. Il a pris conscience de toute la détresse du monde. Mais aussi de la beauté qui prend la forme de la résilience. « Je sortais d'une période difficile, et les gens à l'école m'ont aidé à me relever », explique celui qui s'est inspiré, pour le titre, d'un récit du journaliste français Philippe Grangereau sur la Corée du Nord, « un pays qui repose sur un grand mensonge ».

Danser dans le noir

Si Les petites apocalypses, une autoproduction parue en 2012, ne portaient que les mots du parolier invité Bernard Beaulieu, le collaborateur ne signe que trois chansons sur ce nouvel effort, dont Mena'Sen, un air sur le thème de la fuite inspiré par le rocher sherbrookois. Les autres chansons enregistrées dans le studio du réalisateur Luc Boivin (aussi copropriétaire des Disques Inconnu), à Saint-Jean-sur-Richelieu, sont toutes issues des insomnies du chanteur et meneur du sextuor.

Marée noire a par exemple été écrite quelques minuits après la tragédie de Lac-Mégantic. « J'ai eu l'image d'un monstre géant, étendant ses bras noirs de pétrole sur nos rivières, nos enfants. Et on pense encore à installer des pipelines. C'est préoccupant. »

La transition du folk rock à un rock électro atmosphérique s'est faite de façon naturelle, au cours de laboratoires musicaux avec ses musiciens. Le fait de lâcher la main de Dominique Massicotte (l'autre pilier musical du projet étant parti réaliser l'album d'Orange O'Clock notamment) a aussi tiré Vincent Vachon vers de nouvelles hauteurs planantes. « J'ai beaucoup créé en pensant à ce que j'aimerais jouer sur scène. Ça s'est défini avec plus de synthétiseurs. Je voulais que les gens puissent danser malgré la noirceur générale. »

Grâce à une bourse de 20 000 $ reçue l'hiver dernier de la Conférence régionale des élus et du Conseil des arts et lettres du Québec, Noem a pu monter un spectacle à la hauteur de ses grandes ambitions orchestrales, avec des ambiances lumineuses et du mapping (des projections vidéo sur des décors). Il le présentera en primeur demain soir, au Théâtre Granada.

Le prix d'entrée est fixé à 0,01 $. Pourquoi?

« C'est avec les cennes noires qu'on pouvait faire des voeux. En éliminant le sou, c'est comme si le gouvernement avait éliminé la possibilité que l'on fasse des souhaits. Par ce clin d'oeil, on veut raviver le droit de rêver. »

Et aider la lumière à se faufiler.

VOUS VOULEZ ÉCOUTER

Le grand mensonge

Noem

Les Disques Inconnu

En vente

VOUS VOULEZ Y ALLER

Lancement d'album

Demain, 20 h

Théâtre Granada, Sherbrooke

Entrée : 0,01 $

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