Romain Francès : la divine ferronnerie

Avec Romain Francès, un ferronnier établi à Coaticook,... (IMACOM, Jocelyn Riendeau)

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Avec Romain Francès, un ferronnier établi à Coaticook, non seulement replonte-t-on dans l'imaginaire collectif relié aux forges ancestrales, mais on redécouvre toute la philosophie des confréries d'artisans, reliée à la terre, à la nature et à la spiritualité.

IMACOM, Jocelyn Riendeau

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<p>Steve Bergeron</p>
Steve Bergeron
La Tribune

Difficile d'être plus connecté sur les traditions que Romain Francès : le ferronnier d'origine bretonne a reçu sa formation directement des Compagnons du Devoir. Ceux-ci sont les héritiers des bâtisseurs de cathédrales du Moyen Âge, une époque où de nombreuses confréries d'artisans ont pris leur essor en Europe. Qui plus est, notre homme réalise ses oeuvres à partir de la géométrie sacrée et du Nombre d'or, que l'on connaît aussi sous le nom de la Divine proportion.

«C'est cette proportion que l'on retrouve un peu partout dans la nature, tant minérale qu'animale et végétale, et qui fait qu'un squelette humain a les mêmes proportions qu'un squelette de souris. C'est une façon de ramener son ouvrage à la terre. Quand je crée, je pars donc d'un tracé géométrique précis, sur lequel j'appose une composition de dessin d'art. Oui, c'est plus compliqué, mais j'ai encore une bonne marge de manoeuvre pour créer. J'y trouve quand même mon plaisir.»

Cette manière de travailler vient tout droit de l'enseignement reçu, mais aussi de sa philosophie de vie, où l'on travaille la matière au même titre que son âme.

«C'est un épanouissement humain pour le métier, mais surtout par le métier», résume-t-il.

Louis XV dans un cube

:Originaire du golfe du Morbihan, arrivé il y a dix ans au Québec où il a pris épouse et pays, Romain Francès a apporté une longue tradition française de ferronnerie (le métier de la forge relié à l'architecture et au bâtiment). Il est d'ailleurs reconnu comme un des rares (sinon le seul) forgeron au Québec spécialisé dans la ferronnerie de style. Lorsque ses clients veulent un ouvrage inspiré des époques de Louis XV, Louis XVI ou Art nouveau, ils ont trouvé leur homme.

«En même temps, si mon client habite une maison très moderne, un cube décoré seulement en noir et blanc, ce n'est pas le temps de lui faire du Louis XV!» dit-il en riant, soulignant qu'il peut aussi créer des oeuvres très modernes, tant utilitaires que sculpturales. «C'est pourquoi je me déplace le plus possible pour voir où l'ouvrage sera installé.»

Romain Francès réalise surtout des rampes d'escalier (intérieures et extérieures), du mobilier, des luminaires, des enseignes, des impostes, des portillons... Il vient tout juste de terminer un portail qui lui aura demandé trois mois de travail. Mais il réalise aussi de petits ouvrages utilitaires et décoratifs, comme des chandeliers, des plateaux, jusqu'aux clefs anciennes et à la serrurerie d'art, dont même les ressorts sont forgés. Son métier exige donc autant de force et d'endurance physique que de précision et de minutie.

Quant à ses méthodes de fabrication, pas question pour Romain Francès de passer au propane, même si la chaleur est plus facile à contrôler. «Le charbon reste plus écologique, car moins coûteux à produire. Je travaille avec des enclumes françaises, mais j'ai fabriqué moi-même la plupart de mes outils. C'est un des avantages de ce métier.»

La beauté d'une goupille

Il tient aussi à conserver la plupart des techniques anciennes d'assemblage, développées à une époque où la soudure n'existait pas. «La soudure est un procédé industriel très pratique et peu apparent. Nos ancêtres l'auraient utilisée aussi si elle avait existé à leur époque. Mais moi, je trouve ça beau, une tête de rivet, une clavette, une goupille, et je m'efforce d'en faire des ornements. Je m'en sers pour élever l'esthétique. Je n'utilise la soudure que lorsqu'il y a des contraintes de budget. L'idée, c'est vraiment d'appliquer les techniques anciennes d'assemblage.»

Propriétaire de son propre atelier de forge à Coaticook depuis 2007, Romain Francès n'a eu aucun mal à trouver des débouchés au Québec, étant donné sa haute spécialité. «En France, c'est un métier qui a tendance à s'amenuiser, alors qu'ici, c'est en train de grossir.»

Et même si nos climats sont plus rudes, les techniques de protection du fer forgé contre les intempéries restent les mêmes. «Il y a des régions de France qui reçoivent pas mal de pluie quand même!» rappelle-t-il.

Article réalisé à l'approche du 25e Salon des métiers d'art de l'Estrie, qui se tiendra au Centre de foires de Sherbrooke du 26 au 30 novembre. Dossier complet dans le cahier des arts de La Tribune du week-end.

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