L'autre danse du ventre

Les interprètes Amélie Lemay-Choquette et Annie Deslongchamps partageront la scène avec deux... (Imacom, Maxime Picard)

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Les interprètes Amélie Lemay-Choquette et Annie Deslongchamps partageront la scène avec deux non-danseuses (Cassandra Bouchard et Zoé Hockoussen, absentes sur la photo), comme c'est souvent le cas dans les productions d'Axile, compagnie dirigée par Liliane Saint-Arnaud (à l'avant).

Imacom, Maxime Picard

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(SHERBROOKE) Liliane Saint-Arnaud le sait. Elle aurait pu franchir le point de bascule. Tomber du côté où les assiettes paraissent toujours trop pleines et le ventre, jamais assez plat. Pendant ses études en danse, alors que de beaux rôles étaient réservés aux corps qui menaçaient de casser au moindre coup de vent, elle aurait pu engager le combat contre l'aiguille du pèse-personne, jusqu'à s'en creuser les joues, s'en décharner le squelette.

« C'est un problème que j'ai frôlé de près. Disons que j'avais le profil parfait. Il y a quelques repas qui ont été sautés, mais je ne suis pas allée plus loin. »

Sur les planchers noirs, où la minceur est une obsession contagieuse, elle en a vu, entre deux chassés, des pairs glisser dans la spirale des troubles alimentaires. Des années plus tard, la directrice générale et artistique de la compagnie de danse Axile en voit encore. Notamment dans les classes universitaires d'éducation physique, où elle est chargée de cours.

Avec sa nouvelle production L'envers de moi, présentée en première cette semaine, Liliane Saint-Arnaud se penche sur ces maux qui se passent entre la tête et le ventre, sur ce phénomène social qui ne cesse de s'engraisser sur le dos des autres. Celle qui a déjà consacré des oeuvres au vieillissement, à la surdité, à la déficience intellectuelle et à la violence conjugale voulait cette fois s'attaquer à ce monstre qui traque ses victimes jusque sous les pupitres des écoles primaires.

« Avec la violence faite aux femmes, c'est le sujet le plus dur dont j'ai traité jusqu'à présent. Quand tu souffres d'un tel trouble, tu n'es jamais bien dans ta peau. Et tu vas en souffrir toute ta vie. On a tendance à ne penser qu'à l'anorexie et à la boulimie, mais il y a toutes sortes d'autres formes de troubles alimentaires. C'est donc un sujet lourd, mais que je n'ai pas choisi d'aborder d'une manière sombre. Les gens qui en parlent sont tellement remplis d'espoir... »

Deux ans dans leur peau

Ces gens, ce sont notamment les intervenants d'Arrimage Estrie, un organisme sans but lucratif venant en aide aux personnes atteintes de santé mentale. Dès le départ, Liliane Saint-Arnaud les a intégrés à son processus artistique. Chaque représentation sera d'ailleurs suivie d'une animation dirigée par un aidant.

Divisée en tableaux, la création de danse contemporaine permet de vivre deux ans, en 44 minutes, dans la peau d'une personne qui ne se voit que dans un miroir déformant.

« Le titre réfère au jeu de miroir qui se développe chez une personne atteinte. D'un côté, il y a la fille performante, en contrôle et déterminée. De l'autre, il y a son contraire. Je suis allée dans ces oppositions, avec des mouvements très circulaires, très fluides, parce que le corps est naturellement fait de rondeurs », explique la chorégraphe à la mission sociale, qui a réalisé tout le travail de création, sans subvention gouvernementale, dans ses locaux du Centre des arts de la scène Jean-Besré.

« Le but n'est pas de dénoncer le phénomène, mais de sensibiliser les gens et donner une voix aux personnes souffrantes. On veut dire que ça existe, et parfois, beaucoup plus près de nous que l'on pense. »

Parfois, juste au-dessus de l'assiette d'à côté...

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