Quand les paroles restent

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Kevin Parent et Nelson Minville

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<p>Steve Bergeron</p>
Steve Bergeron
La Tribune

Beaucoup d'appelés, mais peu d'élus, dit le proverbe. Une phrase qui s'applique très bien au métier de parolier. S'ils sont nombreux à se mesurer au défi d'écrire des «mots qui sonnent», comme le disait Plamondon, très peu auront la chance de les entendre sur disque ou à la radio. Et encore moins d'en vivre, si l'on se fie au peu de sous que cela peut rapporter. Mais comme la plupart le font par passion, ce n'est pas la question financière qui les arrête. Cette semaine, La Tribune s'attarde donc sur ce métier de l'ombre, fait de contraintes, de déceptions, mais aussi de surprises et de petits accomplissements.

NELSON MINVILLE : De compromis et de longue haleine

Nelson Minville est un des rares paroliers québécois à vivre essentiellement de son travail. Remarquez que l'adverbe «richement» n'est pas dans les parages.

«Quand je dis vivre, je veux dire gagner l'équivalent du salaire moyen. Pas plus qu'un professeur qui enseigne à temps plein. Mais sans syndicat ni avantages sociaux. Et ça ne fait pas si longtemps que ça», précise celui qui est aussi compositeur et professeur d'écriture de chansons au collège Lionel-Groulx, à temps très partiel.

Plusieurs se souviennent de ses trois albums et de son grand succès de 1991, Les bras de Satan. Mais au tournant des années 2000, Nelson Minville a mis sa carrière en veilleuse. À cause du trac, d'un appel de la scène moins lancinant, de la prise de conscience qu'il aimait écrire dans trop de styles différents... A commencé alors une période où, tout en devenant formateur en chansons et directeur artistique de différents événements, il s'est mis à écrire pour d'autres. Jusqu'à en arriver à un catalogue d'environ 200 titres endisqués aujourd'hui.

«C'est la clef : pour vivre de ça, il faut avoir beaucoup écrit», dit celui qui essaie de produire une nouvelle chanson par semaine. «Et encore, ça dépend pour qui. Et si le disque s'est vendu. Et si la chanson a tourné à la radio. Un texte de chanson sur un album qui se vend à 5000 exemplaires te rapportera 200 $ (et je suis généreux). Alors qu'avec un très gros succès radio qui aura tourné environ trois mois, disons une nomination comme chanson de l'année à l'ADISQ, avec passages à la télé, tu peux espérer 10 000 $... qu'il faut diviser en quatre : un quart pour le parolier, un autre pour le compositeur et le reste pour les éditeurs de chacun d'eux.»

Ne vous demandez donc plus pourquoi les artistes veulent être entendus à la radio... Le texte d'une chanson sur un album ne rapporte que 4 ¢ par exemplaire vendu. Si le titre est acheté via iTunes, la part est encore moindre.

Nelson Minville a récemment signé plusieurs tubes radiophoniques, que l'on pense à Fruits défendus de Brigitte Boisjoli, Pour exister d'Olivier Dion et Comme on attend le printemps de Jérôme Couture. Il s'inquiète toutefois de l'émergence de sites de musique en ligne comme Spotify, où la part des auteurs est réduite à presque rien (quatre dixièmes de cent par écoute).

«Les interprètes auront toujours besoin d'auteurs-compositeurs. Il faudra trouver des façons d'accommoder les créateurs, sinon, ils n'auront plus de sources de revenus. Il ne restera que les artistes qui donnent des spectacles.»

En chanson comme au hockey...

Chaque fois qu'il donne son cours d'écriture, Nelson Minville constate avec étonnement à quel point ses étudiants croient que l'exercice sera facile.

«Au Québec, tout le monde pense qu'il peut dire à P.K. Subban comment jouer, et tout le monde pense qu'il peut écrire une chanson parce qu'il en a beaucoup écouté. Mais ce n'est pas parce que tu conduis une voiture que tu sais comment en construire une...»

Ses étudiants découvrent alors toutes les contraintes de faire coïncider les temps forts du texte avec les temps forts de la mélodie, d'écrire une oeuvre pas seulement poétique mais rythmique et originale, et qui respectera l'image de l'artiste...

Écrire une chanson est un grand exercice d'humilité, insiste-t-il. «Même si tu as écrit la plus belle phrase de ta vie, que toutes tes années d'expérience te disent qu'elle doit absolument aller là, l'artiste va l'enlever s'il ne l'aime pas. L'auteur est toujours au service de l'interprète. Le compromis est presque toujours inévitable.»

Nelson Minville écrit dans toutes sortes de contextes. Sa réputation fait qu'il reçoit plusieurs commandes. «Parfois, j'ai carte blanche. On me demande une chanson sur un thème précis. Parfois, on m'envoie des bouts d'idées ou une moitié de texte, parce que l'artiste est bloqué et ne sait plus comment terminer.»

Sinon, c'est lui qui propose ses textes à certains artistes. «Je n'ai pas toujours besoin de les rencontrer. Lorsqu'ils sont très connus, j'en sais déjà beaucoup sur eux grâce aux médias.»

«Pour moi, la réussite, c'est lorsque les gens ont l'impression que le chanteur a écrit la chanson lui-même. Quand je reconnais l'auteur derrière une chanson, ça m'énerve!»

IL A ÉCRIT POUR...

- Les BB

- Brigitte Boisjoli

- Jean-François Breau et Marie-Ève Janvier

- Jean-Marc Couture

- Jérôme Couture

- Olivier Dion

- Luce Dufault

- Marc Dupré

- Marc Hervieux

- Laurence Jalbert

- Wilfred Le Bouthilier

- Renée Martel

- Patrick Norman

- Kevin Parent

- Mario Pelchat

- Martine Saint-Clair

- Roch Voisine

Beaucoup d'appelés, mais peu d'élus, dit le... (IMACOM, Jessica Garneau) - image 2.0

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IMACOM, Jessica Garneau

MÉLANIE NOËL, Cultiver des vertus

Humilité et patience. Ce sont les vertus que la journaliste de La Tribune Mélanie Noël cultive depuis qu'elle s'est lancée dans l'écriture de chansons. Humilité, parce qu'elle prend conscience que ses textes peuvent être coupés, découpés, inversés, recollés par leurs interprètes. Patience, parce que le chemin est long avant de se rendre jusqu'aux artistes, puis jusqu'au disque.

Mais patience récompensée ces jours-ci, puisque sa chanson Les couleurs de ton départ se retrouve sur le troisième album de Fred Pellerin, qui paraît mardi.

«C'est la première fois que j'attends aussi longtemps pour l'aboutissement de quelque chose. J'y ai pensé chaque jour depuis trois ans», dit celle qui avait proposé ce texte au conteur pour l'album précédent.

«Fred l'a écoutée, l'a pleurée, puis m'a appelée pour me dire qu'il la voulait, mais il m'a prévenue que c'était la 17e chanson. Son album devait en compter 13. Elle risquait d'être repoussée à l'album suivant. C'est ce qui s'est produit. Mais encore là, je savais que des changements de dernière minute pouvaient se produire. Je me suis empêchée d'y croire tant que je n'ai pas vu le titre imprimé sur la pochette.»

Et aujourd'hui, elle se pince. «Je suis vraiment choyée, surtout que Fred l'a gardée presque telle quelle. Il a simplement inversé deux paragraphes. Je l'ai écrite en pensant à l'amour éternel pour un conjoint ou une conjointe, mais lui l'a vraiment reçue comme celle d'un père à son fils, et il l'a interprétée comme ça.»

Avec d'autres interprètes, comme Edgar Bori et David Goudreault, le texte a suivi une trajectoire différente. «J'ai compris que la seule façon pour que ta chanson ne soit pas modifiée, c'est de la chanter toi-même.»

«J'adore mon métier de journaliste et mon but n'est pas de vivre de l'écriture de chansons. Mais c'est plus qu'un loisir. J'ai envie que mes mots voyagent. C'est une passion.»

ELLE A ÉCRIT POUR...

- Edgar Bori

- David Goudreault

- Fred Pellerin

- Mathieu Langevin

Dossier complet à lire dans le cahier des arts de La Tribune du week-end.

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