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Fred Pellerin : indicatif futur incertain

Fred Pellerin... (IMACOM, Jessica Garneau)

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Fred Pellerin

IMACOM, Jessica Garneau

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(MAGOG) Il cache bien son jeu, le Fred Pellerin, avec sa paire d'yeux curieux et son sourire de vlimeux. Mais il est un «douteux». Il a beau avoir vendu 260 000 roulettes de musique, il est confiné dans une zone angoissée, à quelques jours du lancement de sa troisième collection de chansons.

«Je doute tout le temps, pour tout, même pour passer ma tondeuse. J'ai appris à vivre avec. Je ne suis pas sur le bord d'être hospitalisé. Je ne doute pas du contenu, parce que mon disque est honnête. Ce n'est jamais manigancé pour être garoché. Mais je doute. Je me dis que ça m'empêche d'arrêter. Ceux qui arrêtent de douter arrêtent de chercher.»

Comme ceux qui arrêtent de s'inquiéter arrêtent d'espérer.

Plus tard qu'on pense, que l'artisan a mis un an et demi «à bizouner à temps slaque et tout croche» dans l'atelier de son fidèle Jeannot Bournival à Saint-Élie-de-Caxton, est un album gorgé de craintes. Même si des gouttes de beauté fuient de partout, les murs de cette nouvelle boîte à musique ne sont pas recouverts de tapisserie rose.

«Je suis très inquiet ces temps-ci. La vie est inquiétante, non? Je suis inquiet de la fragilité de nos structures, des coups de masse dans nos projets collectifs, de l'ostie de piasse... C'est un album à l'indicatif futur incertain. On peut attendre et laisser aller les choses comme elles vont. Ou on peut faire de quoi, avant qu'il soit trop tard», racontait-il la semaine dernière, dans la loge du Vieux Clocher de Magog, entre deux supplémentaires à guichet fermé de son spectacle De peigne et de misère.

Ô temps, suspends ton vol

Le temps demeure un leitmotiv fort dans l'oeuvre du «conteur canadien», tel que le présente le Petit Robert depuis 2013. Peut-être parce qu'il a moins de poigne sur la trotteuse depuis que sa carrière file en mode avion. «Peut-être à cause de la quarantaine qui s'en vient dans deux ans. Il y a une urgence. J'ai une hantise de manquer le coup, surtout par rapport à mes enfants. Le temps est tellement glissant. En plus, les hommes meurent jeunes dans ma famille», note l'artiste qui trafique les aiguilles d'une horloge sur sa pochette.

Le titre, qui est aussi celui d'une pièce écrite par René-Richard Cyr, invite l'auditeur à faire pareil : à mettre ses gants de caoutchouc et à l'attraper, ce temps coulant, avant que le glas sonne. «Chaque jour, il est plus tard. Mais il n'est pas encore trop tard. Donc, go, fais-le. Ne pas prendre une décision, c'est décider de ne pas décider. On dort sur la switch, alors qu'on devrait se pousser dans le derrière.»

Pour que le Québec s'affranchisse, pour que le français survive, pour que l'amour dure, selon les thèmes mis de l'avant par l'interprète.

Un grand nid

Sur cet album où il renoue avec la facture minimaliste de Silence, Fred Pellerin réclame la paternité du quart des textes, dont une charge contre l'argent extraite de sa préface d'un essai dirigé par Gabriel Nadeau-Dubois (C'est combien?) et Le musée du jamais vu, un exercice ludique commandé (mais rejeté) par le Cirque du Soleil pour l'ouverture du spectacle Kurios.

Trois reprises se glissent dans le lot : Le grand cerf-volant de Gilles Vigneault, Les Cajuns de l'an 2000 de Stephen Faulkner et une frissonnante version traduite de Hope That I Don't Fall in Love With You, de Tom Waits.

Le solde est composé de textes tendus par des paroliers fidèles (David Portelance, René-Richard Cyr, Manu Trudel) ainsi que de nouveaux collaborateurs pêchés dans sa boîte de courriels, dont l'un de la journaliste de La Tribune Mélanie Noël (sur une musique du Sherbrookois Antoine Chevrette).

Autant il est autosuffisant dans le domaine conté, autant il se branche sur le robinet des autres en chanson. «Je reçois deux ou trois chansons par semaine. Celles qui m'accrochent sont des coups de coeur, ça n'a pas le choix. Je les taponne, je les barouette à la guitare. Ça peut me prendre des années à les couver. Mais le nid est grand. À un moment donné, je fais une omelette.»

Une tournée?

Sa fraîche frittata, il n'ira pas la servir sur scène. Pas tout de suite. Le chouchou de Céline Dion laisse toutefois la porte entrouverte pour une première tournée de spectacles de chansons, en 2016. Une fois qu'il aura brossé 400 fois De peigne et de misère et réalisé un deuxième conte de Noël avec Kent Nagano et l'OSM. Après avoir porté ses histoires d'Ésimésac et Babine au grand écran, il scénarise aussi l'adaptation du roman Pieds nus dans l'aube de Félix Leclerc, qui sera réalisée par son fils Francis.

«Je suis occupé. Je ne partirais donc pas quatre ans. Six mois, peut-être. Le conte continue toujours d'être en création, pendant la tournée. La chanson, elle, une fois qu'elle est créée, elle est figée. Tu t'agites moins dans le délire. La création d'un album se fait avant que le montres.»

Et le doute, lui, disparaît une fois que tu le sors.

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