Émilie Lévesque : chansons-cocons

Émilie Lévesque... (IMACOM, René Marquis)

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Émilie Lévesque

IMACOM, René Marquis

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(SHERBROOKE) À douze ans, elle construisait une villa en contreplaqué pour les Barbie de sa soeur cadette. Avant d'entrer dans le manoir de Star Académie, en 2009, elle travaillait dans une quincaillerie, suggérant la bonne nuance de blanc et le luminaire parfait pour votre boudoir. Il y a deux ans, quand elle est revenue s'installer en Estrie avec son copain pharmacien et a acheté une maison de 1950 perchée sur le bord de la rivière Magog, elle a évidemment dessiné tous les plans des rénovations et choisi chaque bibelot en exposition.

«J'aime créer un cocon où l'on est bien. J'aime créer du confort, rendre ça beau. C'était un ancien chalet, ici. Il y avait du travail à faire», explique Émilie Lévesque, qui nous reçoit, un bébé dans les bras et un chien aux pieds, dans ce lumineux chez-elle.

La décoration intérieure est une de ses passions. La chanson en est une autre. Et la native de Saint-Malo construit ses disques avec la même intention qu'elle refait son salon. Sans toit ni bois, mais avec des mots-réconfort et des mélodies-cocons. Qu'elle parle de home staging ou de couplets, elle utilise les mêmes expressions. L'interprète de 30 ans n'enregistre pas des disques. Elle se bâtit des cocons de chansons intérieures dans lesquels elle aura envie de se blottir pendant des mois, des années...

Son deuxième album, Ça tourne, elle l'a construit voisin du premier. Dans le même quartier tranquille qui sent le bonheur à plein nez.

«Je chante ce qui me représente. Les gens me voient comme une fille simple, gentille. C'est une partie de qui je suis. Les valeurs traditionnelles, c'est ce que je connais le mieux, probablement parce que je viens d'un petit village et d'une famille unie. On m'a proposé déjà des textes sur des triangles amoureux ou des relations déchirantes, mais je ne me trouvais pas crédible. Je n'ai pas ce qu'il faut pour chanter des émotions torturées», estime celle dont l'aura de douceur l'a aussi amenée à devenir porte-parole des Petits Frères de Sherbrooke et fée des étoiles du dernier défilé du père Noël au centre-ville.

Le bonheur (la suite)

Chaque pièce de son domicile est agrémentée de coussins dodus et de poufs moelleux. Ses chansons rembourrées de duvet donnent tout aussi envie de s'y déposer la tête.

De sa voix au fini satiné, elle chante le plaisir de vieillir à deux (My Love), la tendresse (Souffle fragile), le confort d'un chez-soi (Maison de laine et Notre maison), dans les mots tapissés par François Welgryn, Frédérick Baron, Richard Turcotte, Christian Sbrocca et Andréanne A. Malette.

La proposition de la compagnie Vega Musique, qui a pris le relais de Musicor, est arrivée si vite qu'il coulait de source que cette construction neuve respecterait les mêmes plans que Le goût du bonheur, sorti il y a à peine deux ans. Le même entrepreneur général, Guy Tourville, a réalisé le projet. Les mêmes ouvriers-musiciens ont élevé les murs de son.

«C'est vraiment un Goût du bonheur 2. Je n'ai pas eu le temps de changer en deux ans. J'avais les mêmes choses à dire. Oui, j'ai vécu beaucoup de chambardements pendant cette période, dont le déménagement à Sherbrooke, mais ce sont toujours les choses fondamentales qui m'ont permis de garder l'équilibre. Finalement, les auteurs ont bien saisi le besoin de cette stabilité dans ma vie.»

Bébé aux choeurs

Un de ces grands chambardements est que, dans sa demeure retapée, il y a maintenant un nouveau petit habitant : Édouard, quatre mois et un sourire permanent. Émilie Lévesque est entrée en studio alors que le fiston n'était encore qu'une idée et en est sortie après qu'il soit né. Bébé a donc suivi toutes les étapes du chantier.

«Il fait même un back vocal sur La vie tournera. Il était dans le porte-bébé pendant que j'enregistrais, et il a fait un tout petit son. Je voulais qu'on reprenne la prise, mais Guy a trouvé ça tellement mignon qu'on l'a gardée! Et ça collait à l'esprit du disque», admet la chanteuse, qui s'est tenue derrière le micro presque jusqu'à son accouchement.

«Les premiers mois, je trouvais ça facile, je sentais mes cordes vocales plus souples. Au huitième mois, je n'avais plus de souffle. On a donc tout arrêté et finalisé le travail pendant l'été.»

30 ans, le bilan

Émilie Lévesque ne sait pas si elle chantera jusqu'à sa retraite. Ou si elle enjolivera des logis. Elle se laisse bercer par la vie, comme elle berce Édouard, emmailloté auprès d'elle. «Il n'y a rien de plus grave que mon bébé. Je relativise beaucoup plus depuis qu'il est là. J'ai toujours avancé dans ma carrière en chanson avec une certaine nonchalance. Je ne me projette pas très loin. Depuis Star Académie, que j'ai fait à 25 ans, je m'étais toujours dit qu'à 30 ans, ce serait l'heure du bilan. Que je verrais si je suis contente de ma carrière et si je continuais. Le deuxième album s'est construit dans cette optique. Je ne me mets pas de pression. Je surfe sur la vague, je verrai où elle me portera.»

Si la vague l'y pousse, la chanteuse aimerait bien faire une tournée de spectacles l'automne prochain, une tournée plus longue que celle du Goût du bonheur, qui s'est éteinte après une dizaine de représentations. «C'est difficile quand tu es une nouvelle interprète. Mais j'aime les petites salles. J'aime aller chercher les gens un à un.»

Pour l'instant, elle est bien dans sa maison - celle de chansons comme celle de béton - et elle ne déménagerait pour rien au monde.

La dernière chanson de l'album s'intitule Je suis née ce matin, et elle est une reprise d'un succès... de Fabienne Thibeault. C'est Joël Legendre, metteur en scène de son premier spectacle, qui a suggéré à Émilie de lui prêter une oreille. «Je l'ai tout de suite aimée. Les paroles me parlent beaucoup. Je suis une personne discrète. Je ne suis pas extravertie comme mon amie Brigitte (Boisjoli), qui est game de tout faire. J'aimerais être capable de m'imposer un peu plus, de donner mon opinion plus souvent.»

Dans ce cas-ci, la sage Émilie a réussi à s'imposer. Elle est parvenue à convaincre sa maison de disques, réticente à l'idée de glisser une reprise sur l'album, de la garder. «Je l'ai interprétée en formule piano-voix pour leur faire entendre. On a fait quatre prises, et on a gardé la deuxième. Les gens de Vega l'ont aimée. C'est mon bonbon sur l'album», avoue la brunette, qui n'a pas fermé la porte à l'idée d'écrire elle-même ses chansons. «Mon copain, qui aime beaucoup la musique, aimerait qu'on coécrive. On essaiera, un jour.» Ce ne sera alors qu'une autre naissance...

VOUS VOULEZ ÉCOUTER?

Émilie Lévesque

Ça tourne

POP

Vega Musique

En magasin mardi

VOUS VOULEZ Y ALLER?

Lancement-spectacle de Ça tourne

Cabaret Eastman

Mercredi, 20 h

Billets : 35 $ (incluant l'album)

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