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Ces petits oubliés de la grande histoire

Josée Mongeau... (Imacom, Jessica Garneau)

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Josée Mongeau

Imacom, Jessica Garneau

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(SHERBROOKE) Tout a commencé par la devinette d'une copine sur les liens entre Marie Tudor et Marie Stuart. À 16 ans, Josée Mongeau ne comprenait pas comment les reines de deux pays différents avaient pu être cousines. « Moi, mes cousines habitaient proche, dans la même ville. »

Cette blague - bien savante pour des adolescentes - l'a piquée suffisamment pour qu'elle entreprenne de gratter la généalogie des deux Marie. Et après celle de la famille royale d'Angleterre. Et celle de la couronne française, un coup son dictionnaire ouvert.

Jusqu'à 25 ans, Josée Mongeau a nourri une véritable passion pour la généalogie monarchique, accumulant de pleins cartables d'arbres exposant les racines des plus grandes dynasties de notre monde. Imaginez la forêt dans un placard de sa maison! « J'ai tout fait, de la chute de Rome à aujourd'hui! J'ai arrêté quand est arrivé internet. C'était rendu trop facile. »

Quelques années après avoir mis le passé de côté, la comptable de métier l'a remis dans son actualité et a entrepris de débroussailler sa propre lignée, « même si personne n'était célèbre ».

Alors qu'elle croyait que les laboureurs avaient bien peu d'histoires intéressantes qui méritaient d'être rappelées, la Sherbrookoise d'adoption s'est laissé prendre au jeu.

« J'ai remonté jusqu'à mon ancêtre Charbonneau, qui était arrivé au Canada avec sa femme et une trentaine d'autres paysans, dans la deuxième recrue de la deuxième vague d'arrivants appelés ici par Marguerite Bourgeoys et Jeanne Mance. En fouillant, je suis tombée sur des choses croustillantes. Non pas sur mes ancêtres directement, mais sur des gens proches d'eux. L'un a été enlevé par des Iroquois, une famille a été décimée par la maladie pendant la traversée... Quand tu recoupes un paquet d'affaires, tu finis par trouver que le filon est riche. »

Elle pensait offrir un résumé de ses trouvailles en cadeau de retraite à sa mère. Un genre d'arbre généalogique sous forme de récit. Quand elle s'est mise à intercaler des dialogues et des hypothèses dans les faits réels, elle s'est elle-même surprise. Elle était clairement en train d'écrire un roman sur la colonisation de Montréal.

Racontant la traversée de ce groupe de colons français, de leur départ de La Rochelle à leur arrivée en Nouvelle-France, le premier tome des Chroniques de Ville-Marie a été publié en 2002 chez Septentrion. Les 750 exemplaires d'Et vogue la galère ont trouvé preneur, mais l'éditeur n'a pas cru bon de faire tourner les presses à nouveau, malgré de bonnes critiques.

Sous le régiment de Carignan

Josée Mongeau n'avait d'ailleurs jamais eu de nouvelles de son éditeur jusqu'à l'an dernier. Pour son 25e anniversaire, Septentrion souhaitait finalement rééditer le roman. Elle a du coup annoncé que la suite de ses Chroniques était en chantier.

« L'intérêt de l'éditeur a été immédiat, et ça m'a donné l'adrénaline pour avancer ce deuxième tome, que j'avais commencé immédiatement après la sortie du premier. Certains des personnages reviennent, d'autres pas, plusieurs sont fictifs. À mon humble avis, il est meilleur que le premier. Il est plus achevé », affirme l'employée de l'entreprise magogoise G-Spek, qui gagne toujours sa vie avec les chiffres plutôt qu'avec les mots.

Dans ce deuxième roman à l'imparfait, dont l'écriture a été retardée par un baccalauréat et une maîtrise en histoire à l'Université de Sherbrooke, la native de Montréal creuse dans la terre du régiment de Carignan-Salières, qui a chamboulé la vie en Nouvelle-France. « En 1665, le roi a envoyé 1200 soldats pour établir des forts. Montréal était alors une bourgade de 450 personnes, qui se sont retrouvées à devoir héberger les 250 soldats. Disons que la cohabitation n'était pas harmonieuse. Quand Maisonneuve a quitté Ville-Marie, ça a éclaté. Le régiment a multiplié les abus de pouvoir, les viols de femmes, la torture. »

Alors qu'on célébrera en 2015 les 350 ans du régiment, Josée Mongeau souhaitait démontrer que les faits ne sont pas aussi reluisants que certains voudraient le faire croire. « On se cherche des héros, on met vite des gens sur un piédestal. Pourtant, ce ne sont pas toujours ceux que l'on croit qui méritent notre mémoire. Comment le petit monde a vécu la grande histoire : c'est ce que j'aime raconter. J'aime donner vie aux oubliés. Ils font partie de nous, chaque génération a façonné qui on est. Malheureusement, nos connaissances s'arrêtent souvent à nos grands-parents », déplore l'auteure.

Josée Mongeau a déjà une idée pour l'écriture d'un troisième tome, soit l'arrivée du deuxième gouverneur de Montréal, qui fut, selon elle, « le pire magouilleur de l'histoire ».

Elle trouvera sûrement là assez d'engrais pour faire pousser de nouveaux arbres dans sa forêt de cartables...

VOUS VOULEZ LIRE?

Josée Mongeau

Chroniques de Ville-Marie

ROMANS

HISTORIQUES

Septentrion

T1: Et vogue la

galère (1659-1663)

T2: À la guerre

comme à la guerre

(1665-1667)

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