Le trois fait le poids

Valérie Blais... (Imacom, René Marquis)

Agrandir

Valérie Blais

Imacom, René Marquis

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
<p>Steve Bergeron</p>
Steve Bergeron
La Tribune

(Sherbrooke) Après les humoristes qui «volent des jobs» aux comédiens, au tour des comédiens qui deviennent humoristes. Valérie Blais suit ainsi les traces d'Emmanuel Bilodeau et termine en ce moment le rodage de son premier spectacle solo. Après deux occasions manquées de faire le saut, la troisième a finalement été la bonne pour l'ancienne actrice de Tout sur moi.

Jouer son propre rôle peut provoquer des réactions très différentes chez un acteur. Parlez-en à Macha Limonchik et Valérie Blais, les deux filles de Tout sur moi. La première, lors du lancement du téléroman Nouvelle adresse (dans lequel elle incarne Danielle), se réjouissait d'enfin jouer un autre personnage qu'elle-même. Pour Valérie Blais, l'effet a été contraire : la voici qui lance son premier spectacle solo. Parce qu'elle a des choses à dire en tant que Valérie.

En fait, elle a failli faire le saut deux fois. Certains se souviendront qu'en 2004-2005, elle a promené le spectacle Le démon de midi, présenté au Festival Juste pour rire et mis en scène par Dominique Michel. Elle avait même fait une tournée qui s'était arrêtée à Sherbrooke. C'était juste avant le début de Tout sur moi. En 2010, la comédienne a tenté à nouveau le coup, en montant un numéro original pour le FJPR. Ovation. Cette fois semblait la bonne, sauf que...

«Sauf que j'ai eu un bébé!» dit celle qui est devenue maman sur le tard, à 43 ans, et qui a fait de sa maternité tardive un des sujets de son spectacle.

«La première fois, je crois que je n'étais pas prête à quitter le théâtre. Le démon de midi était l'adaptation d'un spectacle français, une formule quasi théâtrale, dans laquelle je jouais 22 personnages différents. Ce genre fonctionne bien en Europe. Ici, le public s'attend davantage à du stand up comic.»

La deuxième fois, Valérie Blais avait déjà commencé à travailler avec la renommée metteuse en scène Josée Fortier, qui avait été très franche avec elle. «Je lui ai dit que j'aimerais faire le saut de comédienne à humoriste. Elle m'a répondu que j'étais loin d'être la seule... mais qu'elle me trouvait très courageuse. Nous avons donc convenu de travailler un premier numéro, puis de voir. Nous sommes parties d'un texte de Claude Meunier. Il a dû y avoir 15 versions au moins. Mais j'ai eu une ovation debout au Saint-Denis. En humour, une ovation debout, c'est bien important!»

Décision a donc été prise de s'atteler sérieusement à la tâche quand le passage de la cigogne daterait de quelques mois... «De toute façon, on n'a pas grand-chose à dire ni à raconter quand on allaite! Déjà que j'avais cessé de travailler à huit mois de grossesse et recommencé trois semaines après l'accouchement! L'arrivée d'Evenko comme producteur a rendu les choses concrètes. Quand tu as une date butoir, le matériel s'accumule assez rapidement», observe-t-elle.

Apprendre l'humiliation

Valérie Blais considère qu'avec son rôle dans Tout sur moi, une partie du chemin était faite quant à l'idée de se présenter en tant qu'elle-même devant le public. «Mais même si Stéphane Bourguignon utilisait ce que nous étions, son écriture était tellement bien faite que nous n'avions pratiquement rien à changer. Nous étions en position d'interprètes. J'avais maintenant envie que Valérie décide de son propre propos, qu'elle le dise comme elle le voulait et qu'elle occupe la scène longtemps. Quand tu es actrice, ça peut être long avant de trouver le rôle qui va te faire dire ce que tu veux vraiment dire...»

Et de quoi avait-elle envie de parler? Du fait d'être gros, ce que la porte-parole de Weight Watchers en elle assume complètement. De la grâce, qu'elle n'a pas, mais qui est pour elle la véritable beauté. «J'arrive sur scène habillée en ballerine. Mon rêve!» précise-t-elle. «Tout sur moi m'a au moins appris que l'humiliation, rire de soi, c'est très payant en humour.»

«J'aborde aussi la pudeur, ou plutôt de celle qu'on n'a plus aujourd'hui. Je suis de celles qui croient que l'évocation d'une chose peut être encore plus forte. Je parle également des générations. J'essaie de réconcilier les boomers, les X et les Y.»

Elle jouera aussi quelques personnages, car c'est quand même sa force, dit-elle. Mais pas trop. Le but de l'exercice est justement de s'adresser directement au public, ne l'oublions pas.

«Faire tomber le quatrième mur est la chose qui m'effrayait et me stimulait le plus. J'ai quand même dû apprendre à mettre de côté l'humilité de l'acteur, celle qui te pousse à t'effacer derrière ton personnage. En humour, les gens ne viennent pas entendre un texte : ils viennent te voir, toi!»

Improbable trio

Hormis Josée Fortier à la mise en scène, Valérie Blais a recruté une jeune auteure, Marie-Andrée Labbé, une «petite brillante en train de se mettre au monde».

«Nous formons trio de filles improbable, multigénérationnel, qui me ravit. Mon ami Éric Bernier est venu me sauver pour les rodages. Josée était à l'étranger quand j'ai commencé, mais il faut absolument un oeil extérieur quand tu commences. Éric est le meilleur pour ça.»

Il lui a notamment permis de surmonter la catastrophique première soirée. La nouvelle humoriste a en effet décidé de passer par la bonne vieille école des humoristes : les bars.

«Le gars avant moi n'avait parlé que de ses hémorroïdes. Moi, je jasais de bénévolat... Ça n'a pas ri très fort. J'ai cru que ça s'arrêterait là. Jusqu'à ce que je joue à Saint-Romuald. J'ignore pourquoi, les gens de là-bas ont une histoire d'amour avec moi. Ce fut simple et grandiose. C'est là que j'ai compris qu'en salle, les gens viennent vraiment te voir. C'est de ça que je rêvais le plus! Et c'est le fun de faire ça à 46 ans!»

Valérie Blais

Vendredi 10 octobre, 20 h 30

Vieux Clocher de Magog

Entrée : 30 $

Mercredi 1er avril 2015, 20 h

Salle Maurice-O'Bready

Entrée : 36,50 $

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer