Révolution zen

Sylvain Bouthillette vient brasser la cage pour la... (IMACOM, René Marquis)

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Sylvain Bouthillette vient brasser la cage pour la première fois en solo à Sherbrooke au Musée des beaux-arts.

IMACOM, René Marquis

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Laura Martin
La Tribune

(Sherbrooke) En entrant dans la salle principale du Musée des beaux-arts, dont les hautes fenêtres ont été bouchées par de faux murs, on se sent d'abord agressé : insulté par ces Fuck hurlants écrits en capitales, intimidé par ces grotesques têtes à claques et sinistres têtes de mort, étouffé dans cet espace clos où des dizaines d'encadrés vocifèrent des ordres en rouge et noir.

Une fois l'effet claustrophobique passé, on retrouve son air. On apprivoise la soixantaine de dessins et les trois installations mécaniques, un par un, et on découvre l'humour noir en filigrane dans cette exposition de Sylvain Bouthillette, qui vient brasser la cage pour la première fois en solo à Sherbrooke.

«Il y a un côté engagé et un côté burlesque. Je veux que les gens se sentent à la fois épuisés et stimulés en sortant, comme d'un film de slapstick juif des Marx Brothers, espère l'homme, aux manières zen et posées, loin de l'énergie anarcho-punk de sa proposition. L'exposition veut nous shaker pour nous donner du pouvoir.»

Ce pouvoir de s'affranchir, d'une part, de son ego social, trop dépendant de systèmes politiques défaillants, et de son ego personnel, d'autre part. «Ces deux systèmes, à la base, viennent avec des promesses de bonheur. Mais on s'aperçoit qu'ils ne fonctionnent que pour eux-mêmes et nous aliènent», prétend le Montréalais, qui a créé L'espace capital à l'avant-gardiste galerie L'Oeil de poisson à Québec il y a un an. Le «capital» du titre réfère à la fois à la «Vieille Capitale» et au Das Kapital de Marx.

Des slogans dans la gueule

Converti au bouddhisme depuis une quinzaine d'années, Sylvain Bouthillette utilise les préceptes modernes de sa religion, qu'il intègre à la grille graphique des affiches de la Révolution russe de 1917, pour encourager la progression intérieure et spirituelle de l'individu.

«Engagez-vous», «Sans peur», «Toujours prêt», lit-on, entre autres slogans, pendant qu'on entend des moines tibétains réciter un yamantaka, «une des plus complexes pratiques bouddhistes de visualisation».

«Cette imagerie carrée, très structurée, est magnifique, formellement, mais elle fesse, elle t'envoie des messages directement dans la gueule. Elle convient à une transformation complète de la structure de ton esprit. Parce que quand tu t'en vas dans cette voie-là, ce n'est pas reposant.»

À 51 ans, ce diplômé de l'Université Concordia, qui faisait partie de la délégation Québec Gold exposée en France en 2008, ne fait pas de l'art pour se reposer. Ni pour se faire dire qu'il est bon. Sa démarche artistique est avant tout altruiste. «Je n'ai pas ce besoin de juste m'exprimer. Tout le monde peut s'exprimer. A-t-on besoin de l'oeuvre d'art d'un autre artiste? Oui et non, en même temps. À l'atelier, tu fais ton travail, pendant que des gens se font chier à la manufacture. Ils servent directement à quelque chose. Il faut se trouver une fonction.»

Bousculer les vacanciers sera la sienne, cet été.

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