Briser le carcan de la colonisation

Heather Igloliorte... (Imacom, Jessica Garneau)

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Heather Igloliorte

Imacom, Jessica Garneau

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Steve Bergeron
Steve Bergeron
La Tribune

(SHERBROOKE) Lorsqu'elle a joint la Confédération en 1949, la province de Terre-Neuve a déclaré qu'elle n'avait pas d'Indiens. Entre 1930 et 1960, les Inuits du Canada ont dû porter un numéro, imprimé sur une médaille de cuir. Et en Colombie-Britannique, une terre ancestrale amérindienne peut être « louée» à un constructeur de maisons en bois rond.Avec tout ce qui se passe en ce moment avec les autochtones canadiens, l'exposition Décolonisez-moi ne pouvait tomber plus à pic. La commissaire Heather Igloliorte, elle-même Inuite du Labrador, souligne le caractère rassembleur et non dénonciateur de l'exposition.

« Mais il y a une espèce d'amnésie par rapport à la colonisation. C'est pourtant une responsabilité des Canadiens de connaître cette longue et complexe histoire si nous voulons continuer d'avancer ensemble. Pas dans une optique de bourreau ni de victime, mais de participant. »

Heather Igloliorte a ainsi réuni les oeuvres de six artistes, provenant de six nations différentes et de six provinces et territoires. Certaines oeuvres qu'elle a retenues sont plus sociales, d'autres plus politiques, tel cet encadrement d'une citation de Stephen Harper, échappée lors du sommet du G20 à Pittsburgh en 2009 : « Nous n'avons aucun passé de colonialisme. Nous avons tout ce que les gens admirent des grandes puissances, sans les aspects qu'ils pourraient voir comme dérangeants ou menaçants.»

Cette oeuvre signée Sonny Assu n'est pourtant pas sa plus frappante. Dans Longing/soif, l'artiste de Colombie-Britannique a osé utiliser des « retailles « de cèdres trouvées sur une terre ancestrale de l'île de Vancouver. Cette terre avait été louée à un fabricant de maisons en bois rond.

« Le cèdre est un arbre sacré pour les autochtones de la côte Ouest, rapporte Heather Igloliorte. Sonny a trouvé que ces bouts de bois avaient la même forme que les masques traditionnels de cette région. Il est allé jusqu'à les photographier avec d'autres véritables masques dans un musée, et même dans une boutique de souvenirs! », dit-elle à propos de cette oeuvre ironique, transformant des déchets de construction en artefacts de notre société de consommation.

Micmacs oubliés

Le point de départ de cette exposition, que Heather Igloliorte a préparée en 2011 pour la Galerie d'art d'Ottawa, est une série de photos de Barry Pottle, artiste originaire du Labrador, qui a photographié des Inuits de partout au pays. Tous sont identifiés par le numéro que le gouvernement canadien leur a donné jusque dans les années 1960 plutôt que de s'embarrasser de leur nom véritable.

« Certains ont assimilé ce numéro et le portent fièrement. D'autres le détestent. Certains l'ont complètement oublié», rapporte la commissaire.

Jordan Bennett, lui, présente des photos prises lorsque Terre-Neuve a enfin reconnu qu'il y avait des autochtones sur son territoire, au début des années 1980. Bennett a même transcrit le texte de la Loi sur les Indiens sur un tipi de papier. « On sait que les Béothuks ont complètement disparu de Terre-Neuve, mais le gouvernement deSt. John's a oublié les Micmacs, qui vivaient de l'autre côté de l'île.»

Nigit'Stil Norbert, artiste de Yellowknife établie à Toronto, a créé deux films image par image, l'un montrant une femme de dos dont la tresse se défait, l'autre, un stéréotype de poupée amérindienne graduellement momifiée.

« Les tresses ont une symbolique importante chez certains autochtones... mais la première chose qu'on faisait aux enfants emmenés dans les pensionnats était de leur raser la tête, à cause des poux.»

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