« Pour refuser ce rôle-là, soit on a trop de travail et ce n'est pas possible d'accepter, soit on est folle. »
Elle a donc plongé. Sans hésitation. Même si ses enfants n'étaient pas encore assez grands à son goût, même si elle n'avait pas encore vu la pièce.» Dieu sait que j'en avais entendu parler, par exemple! Mais au moment de la tournée, je travaillais à la radio tellement tôt le matin, je n'avais plus de vie. Je me couchais à 19 h le soir, je me levais à 2 h 30 le matin.»
Lorsqu'elle a finalement assisté à l'adaptation de l'oeuvre de Michel Tremblay, Sonia a été subjuguée. Littéralement. « J'étais renversée. En sortant de là, je savais qu'on m'offrait le plus beau des cadeaux.»
C'est d'ailleurs ainsi qu'elle a présenté ce nouveau contrat à sa cadette, Joséphine, qui trouvait l'éloignement maternel un peu difficile.
« Gédéon a douze ans et Joséphine, neuf. Pour elle, les jours de tournée au loin, c'était plus pénible. Je la comprends parce que lorsque j'étais enfant, j'étais pareille. Je lui ai expliqué que ce rôle-là, pour moi, c'était comme le plus fantastique des cadeaux de Noël, celui dont on se souvient toute sa vie. Elle a compris que ça me rendait heureuse. »
Le rôle de Rose, pourtant, Sonia Vachon n'aurait jamais envisagé de le décrocher un jour. « J'ai joué Germaine dans Les belles-soeurs au secondaire. Plus tard, en 1993, chez Duceppe, j'ai incarné Linda Lauzon. Je m'étais alors dit que je rejouerais dans cette pièce-là. Mais de tous les personnages, Rose était celle dans la peau de laquelle je me voyais le moins.»
Après avoir vu la superbe performance de Guylaine Tremblay, la comédienne native de Magog doutait encore plus. Jusqu'à ce que René-Richard Cyr lui dise ces paroles pleines de bon sens : « Guylaine a joué sa Rose, toi, tu vas jouer la tienne. »
« À partir de là, j'ai cessé de douter. Ma Rose à moi, c'est une femme blessée, mais elle ne pleure plus. Ça fait 20 ans qu'elle vit le même drame, elle a fini de brailler. Mais elle n'est pas dans la résilience non plus. Ce qui l'habite, c'est la colère. Elle est frustrée. En même temps, c'est la comique du groupe. On rit avec elle, en dépit de son drame personnel. Même si l'histoire est campée dans les années 1960, il y a des éléments troublants. On réalise que les femmes ont fait du chemin, mais il y a des choses sur lesquelles on n'a pas avancé tant que ça. La condition féminine, dans le monde, elle n'est pas si rose. Le drame de celles pour qui la vie est moins facile, c'est ce qui nourrit mon personnage.»