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Lire à volonté, avec l'écrivain Yves Beauchemin

Yves Beauchemin... (Archives La Presse)

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Yves Beauchemin

Archives La Presse

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Karine Tremblay
Karine Tremblay
La Tribune

(Sherbrooke) Jusqu'à dimanche, les livres sont à l'honneur au Centre de foires de Sherbrooke, où, sous le thème Lire à volonté, se déroule le 34e Salon du livre de l'Estrie. Pour marquer le coup, on s'est entretenu avec l'écrivain Yves Beauchemin, parrain de l'événement, ainsi qu'avec trois auteurs estriens qui lancent un nouvel ouvrage.

En s'inspirant des tables rondes du Salon, on a aussi demandé à chacun d'eux quels sont les livres qui les ont marqués. En résulte un beau bouquet de suggestions. À conserver pour les froides soirées d'automne où l'on prend plaisir à lire, au coin du feu.

Yves Beauchemin se raconte comme il écrit : avec un pouvoir d'évocation rare. De souvenirs en anecdotes, il campe un contexte, ajoute des détails, fait naître des images. Avec la précision et la finesse de celui qui sait manier les mots et qui en mesure toute leur portée.Un conteur vrai.

" Ça me vient sans doute de ma mère. C'est une formidable conteuse. Et une grande lectrice. À 97 ans, elle lit encore. C'est d'elle, aussi, que j'ai hérité mon amour des livres et de la musique classique. "

L'écrivain se rappelle la maison d'enfance abitibienne aux bibliothèques remplies de livres. Et il se souvient avec précision de son tout premier coup de foudre musical. Sur le tourne-disque format éléphant acheté par son père, il a entendu la Cinquième de Beethoven. Révélation.

" Ça fait longtemps, c'était une autre époque. Ça se passait dans mon petit village d'Abitibi, juste avant l'ère de la télévision, avant la fin des locomotives. J'avais sept ou huit ans, je jouais dehors et j'avais soif. Je me suis rendu à la maison et là, sur la galerie, je l'ai entendue. La Symphonie no 5. Je me suis assis sur une chaise et j'ai écouté en attendant que ça recommence. Encore. Et encore. "

Le jeune Beauchemin venait d'expérimenter ce qu'il a plus tard appelé " l'effet hélicoptère ".

" Ça te prend et te transporte dans une sorte de ciel. Soudain, tu es au-dessus de la Terre, tu vis une espèce d'illumination. C'est l'expérience esthétique de la beauté. C'est ça que les gens recherchent en art et c'est ce qu'on essaie bien humblement de créer lorsqu'on écrit. "

C'est aussi ce qui fait que l'écrivain écoute la musique comme s'il était au concert. Concentré, en phase avec l'instant, il s'assoit et ne fait rien d'autre que se laisser porter par les notes. Chez lui, pas de disque en sourdine.

" La vraie musique se fait avec sérieux, elle mérite d'être écoutée avec attention. "

De ces moments de recueillement musical naissent parfois des idées. Les notes pavent la voie aux mots.

" Ça m'est arrivé il y a un mois, justement. Je ramassais des trucs dans un calepin depuis un bout de temps, mais ça ne venait pas. Je tournais en rond. Et puis voilà, la première phrase m'est arrivée en écoutant un disque. À partir de là, tout s'est enchaîné. C'est toujours comme ça : il me faut trouver la phrase de départ. Après, c'est facile de se mettre au travail. Chopin parlait de sa note bleue, la première de toute, celle qui lance le bal. C'est pareil pour moi. Les premiers mots donnent le ton. "

L'élan suit. Instinctif. Et néanmoins pétri de règles et de codes.

" Il est certain qu'une technique est absolument nécessaire. Écrire, c'est comme jouer de la musique. Il faut faire ses gammes, maîtriser sa langue le plus parfaitement possible. Et savoir éliminer le superflu. Moins il y a de mots, plus c'est fort. Je suis un relecteur impitoyable. Lorsque je remets un manuscrit à un éditeur, je l'ai lu et corrigé cinq fois. "

Perfectionniste assumé, travailleur vaillant, Yves Beauchemin considère quand même avoir eu de la chance. Le succès phénoménal de son roman Le Matou, traduit dans une quinzaine de langues, vendu à plus d'un million d'exemplaires et porté à l'écran par Jean Beaudin, lui a ouvert toutes grandes les portes du métier d'écrivain.

" Ça m'a donné une certaine indépendance. D'autres travaillent aussi fort et produisent des romans superbes sans jamais obtenir reconnaissance ni succès. Il existe des oeuvres formidables qui n'ont pas reçu l'accueil qu'elles méritaient. C'est très circonstanciel, tout ça. "

Dans son plus récent roman, La serveuse du Café Cherrier, le romancier a choisi d'entrer dans l'univers de Mélanie, jeune serveuse à la beauté renversante.

" Il n'y a pas grand lien entre elle et moi. Je ne sais pas d'où elle me vient, mais un écrivain doit être empathique, il doit être capable de se mettre dans la peau de personnages qui lui ressemblent très peu. Sinon, il est toujours en train d'écrire à propos de lui-même. "

Comme en musique, quoi. Il faut parfois savoir se détacher des airs connus pour être dans la note et avoir de la portée.

Parrain d'honneur du Salon du livre, Yves Beauchemin participe à une table ronde samedi, à 13 h 30. Il sera en entrevue dimanche, à 13 h 30, et en séance de dédicaces vendredi, samedi et dimanche.

Toute la programmation: www.salondulivredelestrie.com

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