Seuls Pierre Gauthier (Michel Côté), Gilbert Tanguay (Michel Dumont) et Tony Potenza (Paolo Noël) ont repris du service pour le film, qui prendra l'affiche mercredi. «Oui, cela pince un peu. Dans une série télé, tu peux t'étendre sur huit personnages de front, mais c'est impossible au cinéma. On suit un héros, et il ne faut pas s'éloigner de l'intrigue principale trop longtemps, car tu n'as que deux heures pour raconter ton histoire. Mon but n'était pas d'amener les personnages d'Omertà au cinéma, mais de raconter une histoire et d'utiliser les personnages d'Omertà pour y arriver.»
Cette histoire, comme plusieurs des synopsis qui sous-tendent ses films et séries télé, s'appuie sur une longue recherche documentaire. Après les motards du Dernier chapitre, Monica la mitraille, la petite Aurore et le pianiste André Mathieu, Luc Dionne s'est renseigné sur la fabrication de faux lingots d'or en tungstène. Non seulement a-t-il trouvé des cas historiques où certaines réserves d'or nationales se sont révélées fausses, mais il est allé jusqu'à visiter des mines d'or en Afrique pour en apprendre davantage.
« J'ai cette chance d'avoir l'économie comme gros dada. Je veux savoir à quoi sert l'argent et comment on le fabrique. L'histoire de l'or remonte à la nuit des temps. Longtemps il a servi à établir la masse monétaire des États, avec le gold standard [étalon-or], jusqu'à ce Nixon mette fin à ça en 1971. »
Luc Dionne s'est aussi inspiré d'une enquête de l'analyste financier Rob Kirby, selon laquelle il y aurait plusieurs stocks de faux lingots d'or dans le monde, même à Fort Knox, la réserve américaine (ce qui n'a jamais pu être prouvé).
« Mais quand on compare les réserves aurifères mondiales et ce que sont censées détenir les banques, ça ne s'équilibre pas. C'est cette histoire que j'ai voulu raconter», ajoute le réalisateur, qui donne cette mise en contexte à l'écran, juste avant le générique de fin.
Écrire ses propres surprises
Le film Omertà aura aussi permis à Luc Dionne de diriger ses mafiosos pour la première fois, lui qui n'était encore que scénariste à l'époque des trois premières séries.
« La principale différence, ce sont les surprises, dans le bon comme dans le mauvais sens, parce que l'écriture d'un film continue sur le plateau. Tu peux parfois être déçu, mais j'ai bien plus souvent trouvé que le réalisateur avait réussi à amener mon histoire à un niveau auquel je n'aurais jamais pensé. Pour Omertà, je suis vraiment bien tombé, avec Pierre Houle pour les deux premières séries télé et Georges Mihalka pour la troisième. Mais quand j'écris, j'ai toujours un ton, une couleur. En réalisant moi-même cette fois-ci, j'ai pu garder ce ton et cette couleur, et poursuivre ma propre écriture sur le plateau. »
Lors des avant-premières du film, Luc Dionne s'est fait demander plus d'une fois s'il y aura une suite. Tout dépendra du succès de son dernier bébé, répond-il.
« Inconsciemment, les spectateurs semblent ne pas accepter que le mal puisse gagner à l'occasion. Le film leur laisse un sentiment d'histoire inachevée, alors qu'il peut très bien se terminer comme ça. Mais j'avoue avoir du mal à quitter Pierre Gauthier. Ce gars-là m'habite depuis des années et de le laisser dans l'état où il est, à la dernière scène, ça m'est difficile», confesse-t-il.
Sa prochaine bobine pourrait toutefois ne pas être une fiction. « C'est très agréable de parler de son film une fois qu'il est terminé, de rencontrer le public, mais faire un film, c'est aussi toute la préparation qui nous mène au tournage. Pendant que je préparais Omertà, j'ai découvert d'autres histoires. En ce moment, j'aimerais bien tourner en Afrique...», dit-il, sans en révéler davantage.