Ce qui échappait à Edgar Fruitier, le texte de Chaurette le lui aura finalement révélé. «Je me connais très mal, avoue l'octogénaire à la voix familière. Je n'ai jamais été très intéressé à m'analyser, vous savez. Je préfère analyser les personnages que je joue. Mais cette fois-ci, il se trouve que c'est moi-même. Alors ça a été un peu cahoteux pour moi. C'est quand on se joue soi-même qu'on comprend qu'on ne se connaît pas.»
Rassurez-vous, M. Fruitier n'a pas la prétention de se croire l'égal des compositeurs qu'il invite, sur scène, dans le décor représentant son salon. Reste qu'ici au Québec, depuis aussi loin que l'époque du Pirate Maboule, il demeure une figure emblématique de la musique classique. Une sorte d'ambassadeur, disons. «J'y faisais le personnage de Loup-Garou aux côtés de Jacques Létourneau qui, lui, écrivait les textes. Il avait un peu calqué le personnage sur moi-même. Loup-Garou, déjà, aimait beaucoup la musique et en parlait beaucoup.»
Les musiques intégrées au spectacle sont interprétées en direct par un véritable orchestre. Il s'agit pour la plupart de classiques parmi les classiques. La 5e de Beethoven, la 40e et le rondo alla turca de Mozart, la Cantate 140 de Bach, la Gymnopédie de Satie, pour en nommer quelques-uns. On a toutefois osé intégrer des oeuvres moins faciles d'accès, dont un court extrait de la Symphonie de chambre de Schoenberg. «Vaut mieux être sourd que d'entendre ça!» s'écrie Beethoven.
Pour les enfants qui assistent au spectacle, comme pour certains spectateurs plus âgés qui n'ont jamais eu l'occasion de s'y frotter, il s'agit d'une façon de s'initier. Edgar Fruitier s'est donné pour mission de démontrer au public que cette musique vaut la peine d'être écoutée. «Il n'y a pas un mélomane qui n'est pas un peu proxénète de la musique», fait-il valoir.
L'équipe de comédiens chevronnés qui campent le quatuor de compositeurs joue, paraît-il, pour beaucoup dans la réussite du spectacle. Vincent Bilodeau fait un Bach de bonne compagnie, alors que le Beethoven de Sylvain Massé est juste sur le bord d'être insupportable. André Robitaille incarne un Mozart désinvolte et le pianiste Jean Marchand, un Satie qui nargue ses collègues.
La rencontre de génies aussi disparates entraîne nécessairement le choc des idées. «À certains moments, ils en viennent presque aux poings, mais ça s'arrête là, nous assure Edgar Fruitier. C'est moi qui suis un peu l'arbitre.»
Normand Chouinard signe la mise en scène. Le chef d'orchestre Jean-Pascal Hamelin dirige l'orchestre.
La musique d'Edgar et ses fantômes a récemment fait l'objet d'un album. On y retrouve toutes les musiques du spectacle et même davantage, puisque celles-ci sont jouées dans leur intégralité.
Edgar et ses fantômes
Vendredi et samedi prochains, à 20 h
À la salle Maurice-O'Bready
Entrée: 81,25 $