L'appel du naturisme

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Nora T. Lamontagne

Un certain secret entoure encore aujourd'hui la pratique du naturisme au Québec. Ironique, quand l'activité consiste - justement - à se mettre à nu.

Les pires ragots existent sur le naturisme : on parle d'orgies, de voyeurisme, d'exhibitionnisme, d'échangisme... Pourtant, le camping Loisirs Air Soleil, près de L'Avenir, n'a rien de si pervers ou affriolant. On y tient des tournois de pétanque, on y célèbre le Noël du campeur et les familles y sont plus que les bienvenues.

Le décalage entre la perception du naturisme et la réalité s'explique par la connotation aujourd'hui attribuée aux corps nus. « Les gens voient le naturisme comme uniquement sexuel, parce qu'ils associent la nudité au sexe », déplore Rachel Thivierge, gestionnaire dudit camping.

La première fois

Une fois les préjugés écartés, Rachel Thivierge recommande aux novices d'essayer le naturisme dans leur plus simple appareil et tout simplement dans un endroit où ils ne connaissent de préférence personne.

L'hésitation est tout à fait normale dans les premiers temps, comme en témoigne Marina, qui pratique le naturisme en famille depuis peu. « Au début, je ne voulais rien savoir. Je fais du psoriasis, je suis extrêmement pudique et le regard des autres m'a toujours intimidée. J'ai eu un certain malaise au début, mais on oublie qu'on est nu. Le naturisme est devenu une sorte de thérapie pour moi. Au bout de trois jours, même ma peau me semblait être de trop. »

Au final, le corps retrouve des sensations dont il s'est coupé depuis des années, voire des millénaires. « Se baigner nu, sentir le vent qui passe sur son corps... C'est tellement agréable. C'est très ressourçant de prendre du soleil nu pendant plusieurs jours. C'est un vrai bain de vitamine D », témoigne Marina.

Rachel Thivierge rappelle quant à elle que les vêtements contraignent le corps : le naturisme rend la chair en quelque sorte plus naturelle. La ceinture ne met plus en valeur les bourrelets, les seins retrouvent leur liberté hors du carcan du soutien-gorge.

La nudité fait le naturiste

Les deux femmes sont d'accord sur un point : en retirant les vêtements que l'on porte habituellement dans le monde « textile », on se débarrasse par la même occasion d'une couche de signification omniprésente en société. « Quand les gens sont nus au camping, ils ont tous la même identité », affirme Mme Thivierge. La nudité perd de sa sexualité, et on peut se demander ce qui est le plus provocateur entre un bikini qui suggère la nudité et une nudité assumée.

Qui dit naturisme ne dit pas nécessairement nudisme à tout prix et chair de poule dès que le mercure passe sous la barre des vingt degrés : il est tout à fait normal de se revêtir quand il fait plus frisquet. « Le naturisme, c'est une question de soleil. Quand il fait beau, tout le monde est nu », comme l'explique la naturiste. Le paradigme change du tout au tout. « Être habillé dans un camping naturiste, c'est comme être déshabillé dans un centre d'achat », illustre-t-elle.

Un code d'éthique entoure tout de même la pratique : les maillots de bain ne sont pas permis, pas plus que les lunettes fumées ou la prise de photos.

La nudité est un état très intime, source de bien des complexes. De l'assumer, de l'afficher constitue une activité de plein air qui pourrait se révéler extrême dans ce qu'elle comporte de subversif, mais ô combien bénéfique.

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