Salaires en agriculture: un équilibre fragile

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(Coaticook) La majoration du salaire minimum est revenue dernièrement dans l'actualité, alors que certains intervenants réclament une hausse à 15 $ l'heure. Quel impact cela aurait-il en agriculture, où la main d'oeuvre est parfois difficile à recruter?

Alors que de nombreux producteurs agricoles doivent faire appel à la main-d'oeuvre étrangère pour combler leurs besoins, on pourrait croire que la hausse des salaires offerts dans ce secteur d'activités pourrait attirer davantage de travailleurs. Selon les intervenants interrogés, la situation est toutefois beaucoup plus nuancée et repose sur un équilibre fragile.

« Dans les productions de petits fruits, la main-d'oeuvre représente la majeure partie des coûts de production. Avec une telle hausse du salaire minimum, on ne serait plus capables d'arriver », estime Donald Pouliot, propriétaire de la fraisière Donabelle à Compton. « À moins que le consommateur soit prêt à payer la différence, mais ça nous mettrait en situation précaire. »

Stéphane Lanctôt, propriétaire de la bleuetière L'Or bleu à Stanstead-Est, tire 70 % de ses revenus de l'autocueillette, le reste de la production étant écoulée en magasins après avoir été cueillie par des travailleurs payés au rendement. En cas d'une hausse subite des salaires, il se concentrerait probablement sur l'autocueillette. « Il ne faut pas oublier qu'on compétitionne avec des pays où les gens sont très peu payés. Ce ne serait plus rentable pour nous à ce tarif. »

Selon le président du Syndicat de la relève agricole de l'Estrie (SYRAE), David Beauvais, si la hausse de la rémunération est toujours souhaitable du côté des salariés, on doit aussi tenir compte des capacités financières des entreprises, surtout en agriculture. « À court terme, une telle hausse pourrait mettre en péril les petites entreprises. Il y a tellement de facteurs et d'imprévus au niveau des revenus des agriculteurs, avec les changements climatiques et les impératifs de marché. »

Il ajoute que la plupart des entreprises agricoles comptent aussi des employés payés au-delà du salaire minimum, dont on devrait aussi augmenter la rémunération, ce qui peut représente des sommes considérables au final.

Attirer plus de jeunes en agriculture

L'hypothèse de la hausse du salaire minimum à 15 $ l'heure a soulevé un débat parmi les enseignants du Centre régional d'initiatives et de formation en agriculture (CRIFA) de Coaticook, dont Nathaly Lanoix, du programme de production horticole, s'est fait la porte-parole.

« On pense qu'effectivement, une hausse du salaire pourrait attirer davantage de jeunes en agriculture. Mais on s'interroge aussi sur l'impact d'une telle hausse sur la viabilité des entreprises. »

« Il pourrait aussi y avoir un certain déséquilibre entre les jeunes employés qui en sont à leur première expérience de travail, et les plus expérimentés. Pour les employés payés au rendement, on craint qu'avec une hausse subite, certains soient tentés de travailler plus vite en négligeant la qualité » ajoute Nathaly Lanoix. « Bref, on n'est ni pour ni contre, mais ça demande réflexion et il y a beaucoup de facteurs à envisager. »

Les conditions salariales auraient peu d'influence sur le désir de démarrer sa propre entreprise agricole, selon David Beauvais. « De toute façon, un entrepreneur en démarrage va souvent faire moins d'argent que s'il était salarié sur une entreprise déjà établie. Un salarié n'a pas l'opportunité de développer et d'innover, c'est davantage pour ça que les jeunes se lancent en affaires. En agriculture, quand t'es ton propre patron, si tu comptes tes heures ça donne beaucoup moins que le salaire minimum. »

Il n'existe pas de statistiques précises sur le taux d'employés agricoles recevant le salaire minimum au Québec, l'Institut de la statistique du Québec regroupant généralement ces données dans le grand secteur des activités primaires qui comprend également les pêcheries, la foresterie et les mines.

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