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Location par Airbnb : «Une zone grise», dit Roy Patterson

Devant des règlements qui demeurent à être éclaircis,... (Spectre média, Julien Chamberland)

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Devant des règlements qui demeurent à être éclaircis, Roy Patterson a décidé d'aller de l'avant et de louer quatre logements du 221 rue Dufferin sur Airbnb et Kijiji.

Spectre média, Julien Chamberland

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(Sherbrooke) Admettant d'emblée oeuvrer dans «une zone grise », Roy Patterson loue quatre appartements par le biais de la plateforme Airbnb.

Situés sur la rue Dufferin, dans l'édifice jadis occupé par La Tribune, les appartements loués environ 50 $ la nuit sont notamment vantés pour se trouver à moins de dix minutes de marche de six cafés, d'une vingtaine de restaurants et bars, de la station d'autobus et de plusieurs musées. Certaines chambres offrent également le plaisir de s'endormir au son du doux torrent des chutes s'écoulant ensuite sous le pont Gilbert-Hyatt.

L'ancien candidat à la mairie de Sherbrooke a d'abord signé un premier bail en novembre 2015 avant d'en ajouter deux autres par la suite. Il loue le quatrième appartement pour une autre personne, mais n'exclut pas d'augmenter son nombre de logements à lui.

« J'étais tellement emballé de l'appartement. Moi je demeurais alors à Lennoxville et je l'ai pris au départ afin d'être au centre-ville. Je l'ai ensuite affiché sur Airbnb juste pour voir qui aimerait l'utiliser en me disant que je retournerais dormir chez ma famille si jamais il était loué. C'était tellement occupé que j'étais toujours à Lennoxville! Donc j'en ai ajouté et il y avait d'autres personnes qui ont aimé l'idée », explique M. Patterson, qui estime son taux d'occupation à 40 % depuis décembre, mois au cours duquel il a commencé la location de logements sur Airbnb et Kijiji.

S'il est conscient que ses activités demeurent suspectes aux yeux de plusieurs, ce n'est pas faute d'avoir tenté de se conformer, dit-il.

« J'en ai parlé aux personnes de la Ville quand j'ai eu mon deuxième logement; on m'a dit qu'on ne pouvait pas me donner un permis pour faire ça, mais qu'on n'avait pas de façon de me donner une amende... Ça tombe dans une zone grise et comme il y avait un lousse, j'ai décidé d'aller de l'avant. Lorsque j'ai offert de payer 3 $ de cotisation pour le tourisme, on m'a dit que ce n'était pas à eux de prendre l'argent. Même le zonage n'est pas toujours clair. Sur un côté de rue, tu peux avoir un bâtiment au sein duquel ce serait o.k. de faire de l'hébergement, et en face, non. »

Une meilleure clientèle

Propriété d'Édifice Rainville, le bâtiment du 221 Dufferin comporte environ 60 logements. Roy Patterson assure que le propriétaire est avisé de ses activités.

« Le propriétaire est au courant. Dans un sens, ça lui donne une meilleure clientèle. Les personnes qui viennent sont des professionnels. Ils viennent pour travailler au CHUS un certain temps, pour offrir une charge de cours à l'Université de Sherbrooke ou simplement pour visiter la ville.

«Les invités de Airbnb sont silencieux et ne sont pas ici pour faire le party. Je n'ai eu aucun problème. Le propriétaire est intéressé par ce que je fais. Il regarde comment ça va. Il voit qu'il y a un modèle qui lui permettrait d'améliorer sa clientèle et son bâtiment. Mais s'il y a des problèmes, ce sera à moi de les régler. »

« Une expérience »

Lorsque questionné sur l'influence qu'aurait pu avoir Dany Papineau, cet hôte Airbnb qui disait faire plus de 200 000 $ annuellement et qui proposait des cours à 300 $ par le biais du site airbnbsecrets.com pour profiter de la manne qu'offrait la plateforme de partage, sur ses activités, Roy Patterson souligne ne pas savoir de qui il s'agit, tout en spécifiant que les bénéfices qu'il en retire demeurent marginaux.

« Ce n'est pas vraiment profitable. Il y a des mois que ça l'est, mais pas tout le temps. Avec Airbnb, on peut voir tous les revenus qu'on a faits pour l'année et faire un compte afin de les déclarer. Avec tout ce que ça m'a coûté pour le ménage, etc., je serai sûrement even. Pour moi c'est plus une expérience », mentionne-t-il.

Celui qui caresse le rêve de redonner ses lettres de noblesse à l'Hôtel Wellington dit se faire la main pour être un meilleur gestionnaire.

« C'est lié dans un sens. Je n'avais pas d'expérience hôtelière avant de faire ça. Je vois comment donner une belle expérience et faire plaisir aux visiteurs. Ça me donne plus de confiance avec le projet de l'Hôtel Wellington. »

Il ne manquerait plus que 600 000 $ pour permettre à son groupe d'acheteurs de mettre la main sur l'hôtel, estimé la semaine dernière à 2 M$. Advenant qu'il y arrive, il jure que son projet ne repose pas sur l'intention de louer les chambres sur Airbnb.

« Si on a un taux d'occupation de 35 à 40 % comme j'ai chez moi actuellement, ça nous donnerait 1 M$ par an, note-t-il toutefois. Mais on regarde les différentes options. Le premier concept d'immeuble coopératif n'est pas exclu. Ce n'est pas décidé à 100 %, mais nos chiffres montrent qu'on peut faire jusqu'à 4 M$ de ventes. »

Il n'a pas été possible de joindre un représentant d'Édifice Rainville, dimanche.

Des problématiques à l'horizon

Tous les locataires ne sont pas comme Roy Patterson et ne préviennent pas nécessairement leur propriétaire de l'usage commercial qu'ils font de leur logement, ce qui peut exposer tout le monde impliqué à de graves conséquences soutiennent le Bureau d'assurance du Canada (BAC) et le Regroupement des propriétaires d'habitations locatives (RPHL).

« On comprend qu'il y a possiblement de l'argent à faire là-dedans, car les propriétaires ne peuvent pas augmenter le coût des logements comme bon leur semble tandis que ceux qui les louent sur ces plateformes peuvent le faire, opine la directrice adjointe du RPHL, Annie Lapointe. Mais c'est une problématique, parce qu'on vient changer la destination du logement en destination commerciale. Le proprio peut avoir des recours par rapport à ça s'il peut le prouver, ce qui est plutôt simple à faire. Mais il y a plusieurs éléments qui font en sorte que le propriétaire peut être dans l'eau chaude alors qu'il n'a jamais consenti à cette activité-là, car dans 95 % des cas à la municipalité, le lien qu'elle a avec l'immeuble, c'est avec le propriétaire et c'est lui qui peut être appelé à payer le prix s'il survient un incident. Le propriétaire a aussi la responsabilité d'assurer la jouissance des lieux. Les gens qui viennent à titre de touriste ne viennent pas dans le même état d'esprit que quelqu'un qui habite là à l'année. »

Et même si les gens sont théoriquement assurés, ça ne veut pas dire que leur assureur les couvrira s'il apprend que c'est dû à une activité qui n'était pas inscrite au contrat, prévient Caroline Phémius, conseillère en affaires publiques au BAC.

« Il faut savoir que le contrat d'assurance, c'est un contrat de confiance entre assureur et assuré, indique-t-elle. Au regard de la loi, l'assuré doit informer l'assureur de tout ce qui pourrait augmenter le niveau de risque dans le logement. S'il le loue de manière régulière, l'assureur s'attend à être informé. Autrement, les assurés s'exposent à ce que l'assureur dise qu'ils ne peuvent pas être dédommagés. »

L'engouement créé par Airbnb a néanmoins incité le BAC, qui dicte la base de tous contrats d'assurance, à clarifier la notion de « location occasionnelle », souligne Mme Phémius. À compter de la fin de l'année, ou au début de 2017, les assurances offriront une protection d'emblée pour une location de son logement de 30 jours, consécutifs ou non.

« C'est un sujet d'actualité et ça nous a permis de revoir les contrats, d'apporter cette précision relative au 30 jours. Mais encore une fois, c'est essentiel d'appeler son assureur. »

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