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La Ville sommée de réagir contre l'hébergement illégal

Les exploitants de gîtes touristiques Sylvain Beauséjour et... (Spectre média, Maxime Picard)

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Les exploitants de gîtes touristiques Sylvain Beauséjour et Ronald Gougeon en ont marre de devoir lutter contre l'hébergement illégal offert sur Airbnb et Kijiji, plaidant qu'il s'agit d'un combat inégal. Au nom de plusieurs autres exploitants, ils somment Sherbrooke de mettre en application la loi qui interdit ce type de pratique sur le territoire de la municipalité.

Spectre média, Maxime Picard

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(Sherbrooke) Des exploitants de gîtes touristiques de Sherbrooke en ont ras le bol d'être seuls à lutter contre l'hébergement illégal et somment la municipalité d'agir pour l'enrayer.

« Il faut que la Ville mette ses culottes. La Ville de Paris a mis ses culottes, la Ville de San Francisco a mis ses culottes et le Plateau à Montréal s'apprête à le faire. Il faut qu'il y ait une intervention politique », plaide Ronald Gougeon, qui exploite le Bed & breakfast Les Matins d'Antoine.

« Il doit y avoir des gestes concrets posés pour régler la situation. On veut faire pression auprès de la municipalité pour qu'elle avise les gens », soutient à son tour le gérant de l'Auberge Marquis de Montcalm, Sylvain Beauséjour.

Les deux hommes sont les porte-parole d'un regroupement comportant actuellement six autres exploitants, soit l'Hôtel Times de Sherbrooke, les gîtes Charmes de Provence, Ile-de-Garde et Au Coeur de l'émeraude, la Villa Marco Polo ainsi que le Motel des Cèdres.

Selon des données compilées mensuellement par Ronald Gougeon au fil des quatre dernières années, l'offre d'hébergement a augmenté drastiquement à Sherbrooke en raison des sites internet comme Airbnb, faisant fondre les revenus des gîtes légalement constitués. En un an seulement, le nombre de sites illégaux aurait bondi de plus de 100 %, passant de 53 en février 2015 à environ 140 actuellement sur le territoire sherbrookois. L'achalandage à l'établissement Les Matins d'Antoine a baissé de moitié en 2015 comparativement à la moyenne des 11 dernières années. À son établissement, M. Beauséjour dit avoir perdu 20 % de bénéfices nets depuis 2010 « et ce serait sûrement le double si je n'étais pas avec des sites de référencement. »

« On ne peut pas se battre contre ça, renchérit M. Gougeon. Si la Ville ne fait rien, on sera plusieurs contraints à fermer d'ici quatre ou cinq ans, moi le premier. Ce n'est plus possible de fonctionner ainsi. On est 12 gîtes à Sherbrooke, il y en a dix fois plus d'illégaux. Avec les taxes, la taxe à l'hébergement et les coûts afférents qu'on doit payer, il me reste 35 à 40 $ pour une nuitée à 100 $; c'est une lutte inégale. Comment voulez-vous que je loue une chambre 55 $? »

«On veut seulement jouer tous ensemble sur la même patinoire, avec les mêmes règlements pour tous les joueurs.»


Ces derniers ont dénoncé à plusieurs reprises des exploitants depuis les trois dernières années (lire autre texte) auprès de la municipalité. Celle-ci semble néanmoins peu s'en préoccuper.

« On veut seulement jouer tous ensemble sur la même patinoire, avec les mêmes règlements pour tous les joueurs. Ou bien, enlevez-nous nos taxes commerciales », signale M. Beauséjour, qui songe à réclamer un remboursement des taxes commerciales qu'il a versées au cours des cinq dernières années à la Ville de Sherbrooke.

« On est sensible à ça parce que tout le monde est dans le même bateau, partage la directrice générale de l'Hôtel Times, Sylvie Pomerleau. On cotise tous pour attirer des touristes dans la région, mais c'est eux qui en profitent. Il faut qu'on travaille tout le monde dans le même sens. »

Les exploitants plaident qu'ils ne sont pas les seuls à y perdre au change et que ce sont tous les citoyens qui finiront par écoper.

« C'est 1000 $ de taxes supplémentaires que ça me coûte annuellement pour exploiter mon gîte. Si on dit qu'il y en a 120 d'illégaux sur le territoire de Sherbrooke, c'est 120 000 $ de taxes que la Ville perd. Et si on veut être conservateur et qu'on dit qu'ils louent chacun une chambre par semaine, ça fait 6240 nuitées, soit 18 700 $ simplement en taxes d'hébergement qui n'est pas ramassé, sans compter les impôts et autres. Là, c'est seulement Sherbrooke, imaginez pour l'ensemble du Québec. On a déjà de la misère à se payer nos services publics, ça va être quoi après Uber et Airbnb? »

M.Gougeon croit qu'il ne serait pourtant pas si difficile de régler le problème si les autorités se donnaient la peine d'appliquer les pénalités prévues par la loi.

« On a beau dire ce qu'on veut, au Québec, la loi est claire, nette et précise. Tu peux faire de la location 31 jours. Tout ce qui est en bas, c'est illégal si tu n'es pas accrédité. Si on s'inscrivait sur les sites (comme Airbnb), qu'on louait des chambres et qu'on se présentait ensuite avec un avis ou une amende, ça en ferait réfléchir plusieurs.

Du laxisme?

Si la Ville de Sherbrooke assure qu'elle garde l'oeil ouvert sur l'hébergement illégal, on peut excuser les tenanciers d'établissements d'hébergements touristiques de s'impatienter.

Pendant trois ans, Sylvain Beauséjour et Ronald Gougeon ont dénoncé, entre autres auprès de la municipalité, les activités auxquelles se prêtait l'établissement Au Saute Grenouille, situé sur la rue Wright, à Sherbrooke, qui loue deux chambres à la nuit, à la semaine ou au mois.

Les propriétaires de l'établissement présumé fautif en font l'annonce sur Airbnb, mais également sur Kijiji.

« On a d'abord rapporté Au Saute Grenouille, parce qu'il était identifié comme un établissement touristique sur Commerce Sherbrooke et qu'il n'était pas certifié par la CITQ (Corporation de l'industrie touristique du Québec) », explique Ronald Gougeon.

Après plusieurs plaintes, les exploitants d'Au Saute Grenouille ont reçu un avis de la municipalité en 2014 comme quoi ils devaient se conformer, ce qu'ils auraient finalement fait en 2015 auprès de Tourisme Québec, qui leur a conféré deux étoiles. Or, le zonage de la rue Wright établi par... Sherbrooke, ne permet pas l'hébergement commercial. Sur le compte de taxe de 2016 d'Au Saute Grenouille, aucun montant n'est d'ailleurs prélevé pour une portion du logement qui serait réservée à un usage commercial.

« C'est notre erreur, a admis Jeanne Bégin, la Chef de division des permis et inspection. Depuis quelques mois, la CITQ demande aux futurs exploitants de faire signer une attestation de conformité par la ville et dans ce cas-ci, on n'aurait pas dû la signer. »

« Ça demeure un cas particulier et isolé », a-t-elle pris soin de noter.

Lorsque contactée par La Tribune le 8 avril, Mme Bégin signalait que les exploitants d'Au Saute Grenouille auraient finalement reçu un avis verbal ainsi qu'une lettre « quelque part cette semaine » leur donnant 15 jours pour stopper la location de chambres et qu'aucune amende n'était envisagée. Dimanche, il était toujours possible d'y faire des réservations dans le futur.

L'an dernier, le conseiller Marc Denault avait pourtant indiqué que le comité d'urbanisme avait confié à Commerce Sherbrooke la tâche de faire l'analyse de la situation pour déterminer s'il valait la peine de faire une intervention. Chez Commerce Sherbrooke, personne n'avait souvenir qu'une pareille analyse ait été commandée.

Lorsque questionnée sur les démarches menées par la Ville pour contrer l'hébergement illégal, Mme Bégin a mentionné que la situation était en observation, mais qu'on procédait davantage en réaction aux plaintes, ce qui n'est pas assez aux yeux du Regroupement des hébergements.

« On perd de la business. D'année en année, il y a moins d'occupation, mais les prix fixes demeurent les mêmes. On ne baisse pas mes taxes parce que mon revenu baisse », mentionne M. Beauséjour.

« Ce n'est qu'un exemple parmi tant d'autres, Au Saute Grenouille, fait valoir Ronald Gougeon. Il y a du laxime à la Ville et la situation est urgente. Il faut qu'on trouve une façon de se mettre tous ensemble pour éliminer l'hébergement illégal. »

Les exploitants du gîte Au Saute Grenouille n'ont pu être joints par La Tribune.

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