Un rayon de soleil sur le papier

Même si les économies ne sont pas aussi... (La Tribune, Yanick Poisson)

Agrandir

Même si les économies ne sont pas aussi importantes que prévu à court terme en raison du faible coût des combustibles, Fabien Demougeot, directeur du Groupe intervention énergie de Cascades, Mario Plourde, président et chef de la direction de Cascades, et Mathieu Chagnon, président de Rackam, estiment que l'efficacité du procédé de séchage du papier introduit chez Cascades l'an dernier dépasse les attentes.

La Tribune, Yanick Poisson

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Yanick Poisson
La Tribune

(Kinsey Falls) Ça fait maintenant un an que Cascades a inauguré son gigantesque parc solaire à Kingsey Falls. Après avoir apporté les ajustements nécessaires, il semble que les résultats obtenus sont maintenant supérieurs à ce qui était escompté au départ.

« C'est une nouvelle technologie, alors il y a nécessairement une période de rodage. Aujourd'hui, nous sommes super contents. Le site est pleinement fonctionnel et les résultats un peu au-dessus de nos objectifs », affirme le président et chef de la direction de la multinationale, Mario Plourde.

On s'attendait à ce que le système de concentration solaire parabolique, développé par l'entreprise sherbrookoise Rackam au coût de 1 073 830 $, produise 4440 gigajoules de chaleur par année afin d'élever 87 500 mètres cubes d'eau de 106 à 118 degrés Celcius et ainsi d'économiser 139 700 mètres cubes de gaz naturel. L'eau ainsi chauffée produit la vapeur nécessaire au séchage du papier pour l'ensemble des usines de Cascades situées à Kingsey Falls.

C'est la première fois qu'un tel système sera conçu au Canada. Il s'agit aussi d'une première mondiale pour l'industrie des pâtes et papiers. Cette diminution de consommation de carburant fossile engendrera, selon les prévisions, une diminution de 265 tonnes d'émissions de gaz à effet de serre annuellement, soit l'équivalent de 80 automobiles.

Faire toujours mieux

M. Plourde se rappelle des premières discussions avec les jeunes propriétaires de Rackam. Toujours à l'affût de nouvelles façons de diminuer son empreinte écologique, Cascades avait décidé de soutenir le projet et ainsi, de donner un important coup de main à une entreprise de la région.

« Nos objectifs étaient de contribuer au développement d'une nouvelle technologie, d'aider une entreprise de la région et de faire des gains en énergie. Nous pouvons dire mission accomplie », estime le président.

Les économies ne seront toutefois pas aussi importantes que prévu à court terme vu le faible coût des combustibles. On mise toutefois sur le long terme pour rentabiliser l'investissement. « C'est toujours comme ça, au départ on a l'impression que ce n'est pas rentable, mais lorsqu'on analyse avec du recul, quelques années plus tard, on s'aperçoit que ça a valu la peine », ajoute M. Plourde.

Même si elle consomme déjà plus de deux fois moins d'énergie en moyenne que les autres entreprises du domaine des pâtes et papiers, Cascades poursuit sa lutte aux combustibles fossiles. Le joyau de l'économie de Kingsey Falls a un autre projet solaire (des panneaux cette fois) en Ontario et publiera, d'ici la fin de l'année, un nouveau plan d'amélioration de l'efficacité énergétique.

Un potentiel gigantesque

Si le projet de concentration solaire parabolique de Rackam est rentable au Québec, on peut s'attendre à ce qu'il le soit d'autant plus dans des pays où la facture énergétique est beaucoup plus salée. L'entente avec Cascades a donné à l'entreprise sherbrookoise

les ressources et la crédibilité nécessaires pour développer de nouveaux partenariats.

Rackam est effectivement à installer ses capteurs solaires à l'Université de Thrace en Grèce afin d'alimenter une turbine qui générera de l'électricité et d'autres chez Copag au Maroc, une importante coopérative de transformation alimentaire.

« Le projet de Cascades était six fois plus important que tout ce que nous avions fait au cours de nos premières années. Il nous a amenés à l'international. Nous sommes en négociations avec plusieurs entreprises, le cycle de vente est assez long, mais nous avons déjà des projets outremer et c'est super encourageant », affirme le président de Rackam, Mathieu Chagnon.

En plus des coûts d'énergie plus importants, l'entreprise mise sur le fait que plusieurs pays sont davantage exposés au soleil que le Québec et ont, par le fait même, un bien meilleur potentiel de création d'énergie solaire.

Un potentiel solaire énorme

Selon le président d'Énergie solaire Québec, Benoît Perron, la province fait partie des endroits dans le monde qui possède le plus de potentiel de transformation d'énergie solaire.

Le Québec n'a peut-être pas autant d'heures d'ensoleillement que d'autres pays, mais son climat tempéré lui permet de bien tirer son épingle du jeu.

« Le Québec a environ 2200 heures d'ensoleillement par année, ce qui est plus que la France, par exemple. Et l'un des principaux ennemis des cellules photovoltaïques est la chaleur. Contrairement à ce que l'on pourrait croire, ces systèmes obtiennent leurs meilleurs rendements en hiver », explique-t-il.

M. Perron qualifie « d'incroyable » le potentiel solaire de la province. Ses utilisations et ses perspectives de rendement sont toutefois encore méconnues. Selon lui, tous les ménages québécois devraient, à tout le moins, posséder un système de chauffage à l'énergie solaire.

« L'investissement pour un tel système de chauffage est payé en environ cinq ans grâce à son rendement énergétique. Par la suite, ce n'est qu'économie. L'une des principales raisons pourquoi ce n'est pas plus populaire, c'est que c'est méconnu, personne n'en parle et il ne semble pas y avoir de volonté politique d'aller en ce sens pour l'instant », analyse le président.

Benoît Perron fait également état des avantages à installer un chauffe-eau à énergie solaire pour sa piscine, un dispositif fort efficace dont l'investissement se rentabilise en seulement deux ans. Le rendement est toutefois moins évident en ce qui a trait aux panneaux photovoltaïques vu le faible coût de l'hydro-électricité.

« On a beau se plaindre qu'Hydro-Québec ne cesse de faire grimper la facture d'électricité, elle coûte environ 9 cents du kilowatt/heure, alors que l'équipement photovoltaïque permet de produire à environ 31 cents du kilowatt/heure actuellement. Les prix sont toutefois à la baisse et on s'attend à la parité d'ici une dizaine d'années », prévoit-il.

Depuis la création d'Énergie solaire Québec, en 1983, le nombre de projets solaires n'a cessé de croître. La technologie s'est beaucoup développée, l'équipement est mieux adapté et il y a de plus en plus de fournisseurs. Au cours des dernières années, on a noté une nette augmentation du nombre de projets d'envergure, notamment dans le secteur manufacturier.

On n'a qu'à penser à l'immense mur solaire de Valmetal à Saint-Germain-de-Grantham, ou à la mini-centrale installée à proximité des usines de Cascades à Kingsey Falls.

« Ce n'est pas encore évident vu le faible coût de l'hydro-électricité, mais ça se développe. Plus il y a de projets et plus les gens se disent : on est rendu-là. Nous sommes convaincus qu'il y aura de plus en plus de projets dans le futur », conclut M. Perron.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer