Bâtir sur plusieurs générations

Jean Le Prohon... (Imacom, Jessica Garneau)

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Jean Le Prohon

Imacom, Jessica Garneau

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(SHERBROOKE) Quand Jean Le Prohon prend les commandes de l'entreprise familiale dans les années 1970, son chiffre d'affaires était de 268 000 $ et une quinzaine d'employés y travaillaient.

« On a baissé à sept employés avant de repartir en croissance. À l'époque, la productivité n'était pas à la mode. Il y avait deux fois trop de monde partout et tout le monde faisait de l'argent. Mais quand l'Asie a commencé à être plus performante, les entreprises canadiennes et américaines ont dû revoir leur façon de faire pour être concurrentielles », raconte le président de LeProhon. Il souligne que sa formation universitaire en administration lui avait donné un avantage dans ce secteur où de nombreuses entreprises étaient gérées par d'anciens frigoristes.

Au fil des ans, LeProhon a fusionné avec un concurrent et en a acheté de nombreux autres. Aujourd'hui, l'entreprise spécialisée en climatisation, réfrigération et traitement de l'air emploie 230 travailleurs et génère des revenus variant entre 40 M$ et 50 M$, dépendamment de la vitalité du secteur de la construction.

« L'argent n'a jamais été la motivation. Être les meilleurs l'était et les résultats ont suivi », explique celui qui s'est entouré, il y a plusieurs années, d'un comité consultatif formé d'experts qui le challengent sur une base régulière et le poussent au dépassement.

La clientèle est issue des secteurs résidentiel, industriel, alimentaire et agroalimentaire. « L'entreprise a aussi souvent eu des contrats dans le Grand Nord pour la construction d'installations minières et d'arénas », révèle M. Le Prohon.

L'entreprise, qui conçoit, assemble et installe ses produits, investit aussi dans la R et D, surtout dans le domaine de la déshumidification. « On a développé une expertise principalement dans le traitement d'air des porcheries et des abattoirs de porcs. »

À l'heure de passer les rênes de l'entreprise à la troisième génération, Jean Le Prohon est parfois appelé à donner des conférences sur le transfert d'une compagnie familiale. « La première chose que je demande est : est-ce que c'est le rêve des parents ou celui des enfants de reprendre l'entreprise? Parce que tu ne peux pas être bon dans quelque chose que tu n'aimes pas. Certains se rendent malades. Alors qu'à l'inverse, quand tu as la passion, tu ne vois pas les heures passer », explique-t-il, en soulignant sa chance de voir ses deux enfants embarquer dans l'aventure sans avoir été poussés.

« La deuxième question est : ont-ils la compétence? Car s'ils ne l'ont pas, ils n'auront pas le respect des employés. L'autorité, j'y crois pas. Mais si les gens te respectent, ils iront à la guerre avec toi », soutient Jean Le Prohon. Il ajoute qu'occuper plusieurs postes au sein de l'entreprise avant d'aboutir dans le bureau peut être un élément de succès pour la relève. Tout comme avoir un bon mentor facilitant l'accès aux diverses ressources.

« Si la relève aime ce qu'elle fait et est compétente, elle fera son chemin, mais peut-être pas à la manière des cédants. L'important est qu'elle garde la vision et que les résultats soient là. »

Jeune, Jean Le Prohon n'était pas un premier de classe (il apprendra sur le tard qu'il était dyslexique), mais il était dégourdi.

À 13 ans, il crée un commerce de glace. « Mon père m'avait parlé de clients qui avaient besoin de glace mais n'avaient pas les moyens de s'acheter les machines. Je lui ai demandé si je pouvais avoir un coin dans le congélateur du sous-sol pour faire de la glace. Je faisais trois sacs par semaine à 1,50 $ et je les revendais 4,50 $. Après ça, je me suis acheté un congélateur. À la fin, ma glace était vendue dans 70 points de vente », se souvient celui qui, avec les profits de la vente de glace, a ouvert une discothèque, l'Opus 31, pendant son baccalauréat.

Malgré quelques mauvais bulletins dans sa jeunesse, Jean Le Prohon peut dormir sur ses deux oreilles quelques décennies plus tard. Les résultats sont là.

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