Un budget électoraliste qui manque de stratégie

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(SHERBROOKE) Un budget électoraliste qui manque de stratégie économique à long terme. Voilà comment les représentants socioéconomiques invités, mardi, à La Tribune ont résumé, en une phrase, le budget fédéral. Le 11e budget conservateur en 10 ans. Le dernier avant les élections d'octobre.

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« Un budget électoraliste dans lequel les conservateurs ont saupoudré de petits cadeaux partout pour que tout le monde trouve un peu son compte », affirme Josée Fortin, directrice générale de Sherbrooke Innopole.

« Un budget rempli de mesures qui ciblent les groupes vulnérables à la séduction du Parti conservateur » renchérit Luc Savard, professeur à l'Université de Sherbrooke.

« Les conservateurs ont opté pour une stratégie à court terme, mais l'absence de vision à long terme est marquante », résume Réal Létourneau, fiscaliste chez Raymond Chabot Grant Thornton.

Les bien nantis semblent être parmi les groupes cibles des conservateurs.

« Ce budget favorise les plus riches de la société. Pour pouvoir mettre 10 000 $ dans un CÉLI, il faut avoir un maudit bon revenu, car avant d'épargner cette somme, il faut payer les dépenses courantes, l'hypothèque. Les familles de la classe moyenne ne sont pas touchées par cette mesure », estime Jean Lacharité, vice-président de la CSN.

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Réal Létourneau

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Même constat pour ce qui est de l'assouplissement des règles de retrait minimal des Fonds enregistrés de revenu de retraite. « Ce sont les personnes aînées les plus aisées qui en profiteront, car si tu as de l'argent d'amassé, c'est que tu as été plutôt aisé dans la vie », ajoute M. Lacharité.

« Oui, et les gens de la classe moyenne retireront plus que le taux minimum, car sinon, ils n'auront pas assez d'argent pour vivre », ajoute M. Létourneau.

« C'est un budget qui contribuera à accroître les inégalités au Canada », conclut le vice-président de la CSN.

UN BÉMOL

« L'augmentation majeure de la Prestation universelle pour la garde d'enfants annoncée cet automne contribuera, par contre, à augmenter la richesse de l'ensemble de la population. C'est une prestation imposable, donc les plus riches seront imposés et les plus pauvres l'auront net d'impôt. En juillet, quand les familles recevront 160 $ par mois au lieu de 100 $, elles verront la différence », souligne M. Létourneau.

Par ailleurs, la Chambre de commerce et Sherbrooke Innopole se réjouissent des mesures touchant les entreprises.

« Ce sont de bonnes nouvelles. Une baisse d'imposition pour les PME et une déduction pour amortissement accéléré qui favorise les acquisitions et l'investissement en recherche et développement », commente Annie Lessard, présidente de la CCS.

« Il y a aussi de l'argent pour le soutien aux chercheurs, soit 1,3 milliard sur 6 ans. Ce qui est excellent pour les entreprises. Mais c'est uniquement pour la recherche appliquée. Il ne faut pas oublier la recherche fondamentale », spécifie Mme Fortin.

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Luc Savard

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Les baisses du taux d'imposition pour les PME suscitent certaines craintes. « Des études démontrent qu'il n'est pas bénéfique d'augmenter l'écart entre les taux d'imposition des PME et ceux des autres entreprises. Des effets néfastes peuvent en découler, car certains, pour demeurer dans la catégorie des PME, auront des comportements contre-productifs », explique M. Savard.

Du côté municipal, pas de grands chamboulements. « Un budget beige et tiède pour les villes » a déclaré le maire de Sherbrooke, Bernard Sévigny, qui est par ailleurs satisfait du maintien des investissements dans le logement social et dans les infrastructures. Mais sans plus.

« Il n'y a rien pour s'exciter. De l'argent pour le transport en commun à partir de 2017, mais conditionnel à tellement de normes. Quand on parle de PPP, on parle de mégaprojets et pour des petites sociétés de transport comme celle de Sherbrooke, on est loin du compte », ajoute le maire.

Les groupes sociocommunautaires ne sont pas dupes

Les groupes sociocommunautaires ne sont pas dupes des mesures annoncées mardi dans le budget du ministre des Finances Joe Oliver.

« On voit qu'on approche des élections à grands pas. On continue dans la même veine de faire des cadeaux, beaucoup de cadeaux, qui vont surtout profiter aux mieux nantis », lance d'emblée la coordonnatrice de Solidarité populaire Estrie Mylène Boisvert.

Comme c'est la tradition, les organisations syndicales, populaires, communautaires, féministes et étudiantes notamment, qui constituent la coalition SPE, procédaient hier à une écoute collective du discours du budget fédéral.

Parmi ces mesures qui profiteront davantage aux mieux nantis, Mme Boisvert pointe l'augmentation du plafond des cotisations à un Compte d'épargne libre d'impôt (CELI) et le fractionnement du revenu. La première sert principalement les 55 ans et plus et surtout pas les jeunes familles, dénonce-t-elle, tandis que la seconde risque de faire du tort aux femmes, qui « paieront plus d'impôts pour en faire sauver à leur conjoint et qui perdront ainsi encore un peu de leur autonomie ».

« Le gouvernement, se désole Mme Boisvert, n'investit pas dans les programmes sociaux même si c'est ça qui stimule l'économie. L'OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques) a pourtant démontré que pour chaque dollar investi dans les programmes sociaux et les services publics, c'est 1,60 $ qui revient dans l'économie. Au contraire, le gouvernement favorise la marchandisation et même la privatisation des services publics. » Un choix qui revient, du point de vue des groupes sociocommunautaires, à encourager l'effritement de la classe moyenne.

Il n'y avait pourtant pas d'urgence à atteindre l'équilibre budgétaire, fait valoir Mylène Boisvert, en insistant sur le fait que les États n'ont pas de date limite pour rembourser leur dette. « Le gouvernement n'a prévu aucune mesure contre l'évasion fiscale, où on perd pourtant des milliards, s'insurge-t-elle. C'est plus facile de faire croire à la population que c'est important de diminuer la dette alors que les grandes entreprises ne contribuent pas davantage. »

Bref ce budget n'amène que des arguments supplémentaires aux groupes sociocommunautaires qui luttent contre l'austérité et qui préparent leur pancarte en vue de la journée de grève sociale du 1er mai. Déjà 36 groupes en Estrie ont promis d'en être, révèle Mme Boisvert, qui ajoute que leurs principales actions seront annoncées dans quelques jours. « Nous en avons pour 36 heures. »

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