Le Dr Fortin lance un cri du coeur pour du financement

David Fortin... (Archives La Tribune, René Marquis)

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David Fortin

Archives La Tribune, René Marquis

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(SHERBROOKE) Il y a maintenant trois ans qu'une des recherches les plus importantes du Dr David Fortin est au point mort, faute de financement public. Pour tenter de régler ce problème, il lance maintenant une campagne de financement privé pour réussir à mettre la main sur les 100 000 $ approximativement dont il aurait besoin chaque année pour assurer un fonctionnement adéquat de son laboratoire. S'agit-il d'une campagne de la dernière chance pour sauver ses projets en terre sherbrookoise?

« J'espère que ce n'est pas une dernière chance, mais je vous avoue que si ça ne fonctionne pas, la situation va devenir de plus en plus critique », explique le neurochirurgien et neuro-oncologue de réputation mondiale.

Le neurochirurgien travaille au Centre hospitalier universitaire de Sherbrooke (CHUS) depuis 15 ans. À son arrivée, les patients qui recevaient un diagnostic de glioblastome, une forme agressive de cancer du cerveau, mourraient en moins de neuf mois. Grâce aux avancées médicales du Dr Fortin et son équipe, la centaine de patients traités chaque année au CHUS ont maintenant une espérance de vie médiane de 25 mois.

Le cancer du cerveau, ou cancer cérébral est un ennemi redoutable. Il est parmi les cancers les plus agressifs et demeure à ce jour incurable. Son traitement est compliqué par plusieurs facteurs : il infiltre le cerveau, il est constitué de plusieurs sous-types et il est difficile à traiter, car la diffusion des médicaments au cerveau est limitée par la barrière hémato-encéphalique. Le laboratoire de recherche du Dr Fortin s'intéresse de près à ces trois problèmes pour lesquels on tente de trouver des solutions. Son projet de recherche qui patiente sur le banc de touche représente une tentative en ce sens.

« Les patients répondent de manière très différente aux traitements de chimiothérapie intra-artérielle utilisés. Il est possible d'administrer différents médicaments avec cette technique, mais il est primordial de savoir avant le traitement à quel médicament de chimiothérapie chaque patient risque de mieux répondre et d'offrir individuellement à chaque patient la meilleure option. Mon laboratoire a maintenant la capacité de procéder à ce test après que l'ont ait retiré la plus grosse partie de la tumeur lors d'une opération. Il ne manque plus que les moyens financiers pour débuter ce projet de recherche clinique, écrit et accepté par le comité d'éthique du CHUS et par santé Canada », explique d'entrée de jeu le chercheur sherbrookois.

Le seul centre canadien

Plusieurs travaux ont démontré un avantage de survie pour les patients qui ont reçu ce type de traitement. Le CHUS est d'ailleurs le seul centre canadien à pratiquer ces procédures. Il est aussi le seul centre francophone au monde à le faire.

Le laboratoire du CHUS est à mettre au point plusieurs protocoles de recherche cliniques basés sur cette technique afin d'en améliorer les résultats. Des médecins de tous les hôpitaux du Québec réfèrent leurs patients à l'équipe du Dr Fortin pour leur offrir une meilleure chance de survivre à la maladie.

Plusieurs facteurs en cause

Pourquoi ce projet de recherche doit-il rester sur les tablettes depuis trois ans? Qu'est-ce qui fait que le médecin, chercheur et professeur reçoive systématiquement des refus à ses demandes de financement?

« Il y a différents facteurs qui entrent en ligne de compte. Premièrement, le cancer du cerveau n'est pas un cancer très fréquent. On me dit aussi que Sherbrooke n'étant pas un grand centre de recherche comme ceux de Montréal, ce serait difficile d'aller recruter le nombre adéquat de patients pour le projet de recherche. Mais ça, c'est complètement faux. Actuellement, deux patients sur trois que je traite au CHUS proviennent de l'extérieur de la région. Justement tantôt, on a reçu un appel de Trois-Rivières », cite-t-il en exemple.

«Je ne veux pas quitter. C'est mon bébé, c'est ma passion.»


Autre facteur possible, le fait que le chercheur ne publie peut-être pas suffisamment dans des revues médicales. Il s'agit d'un facteur fort important dans l'univers de la recherche. « Mais vous savez, je ne suis pas chercheur à temps plein : je suis aussi professeur et médecin. Alors c'est plus difficile d'écrire », ajoute-t-il.

Partir dans une autre province

Le Dr Fortin ne cache pas qu'il aurait pu partir de la province depuis fort longtemps. Dans d'autres provinces, on lui a offert bien plus d'argent qu'il n'en demande ici.

« Je ne veux pas quitter. C'est mon bébé, c'est ma passion, j'ai travaillé toute ma vie dans ce projet. En 15 ans, on a fait plusieurs avancées, on a encore de beaux projets, dont deux qui pourraient faire du bruit s'ils fonctionnent. Ce serait dommage que tout ça tombe faute de financement. Je vais me battre », lance-t-il.

Il ne fait aucun reproche au CHUS qui l'a toujours supporté autant que possible. « L'hôpital est aussi à bout de souffle dans un contexte de compressions budgétaires. Je ne veux pas leur lancer la pierre, pas du tout », nuance le Dr Fortin.

Coeur en tête pour soutenir la recherche sur le cancer cérébral

La campagne de financement qui s'organise pour soutenir le Dr David Fortin dans son projet de recherche est rendue possible grâce à la défunte danseuse Nathalie Buisson qui a créé Coeur en tête, une fondation pour soutenir la recherche sur le cancer cérébral.

Cette ancienne danseuse des Grands ballets canadiens a appris qu'elle souffrait d'une tumeur cérébrale incurable en 2004. Elle a pu compter sur les traitements précurseurs du neurochirurgien David Fortin pour gagner plusieurs années de vie - elle s'est finalement éteinte en 2013.

Elle avait eu l'occasion d'organiser deux spectacles-bénéfice en 2006 et 2009 pour venir en aide à la recherche sur le cancer cérébral. C'est ainsi qu'est né la Fondation Coeur en tête.

« Nous poursuivons sa mission afin de permettre à plus d'adultes d'entrevoir l'espoir après un diagnostic de cancer cérébral. Le financement de la recherche sur le cancer demeure en effet ardu et ce type de cancer est considéré comme une maladie orpheline. Au Québec, il y a très peu de projets de recherche universitaire portant sur cette maladie, faute de financement », explique Michelle Dionne, présidente d'honneur de cette campagne de financement de Coeur en tête.

« Le laboratoire de neuro-oncologie du CHUS est un des seuls à continuer d'introduire des projets de recherche en clinique et à offrir de nouvelles approches de traitements aux patients atteints de cette maladie; voilà pourquoi son importance est capitale. Cette équipe a acquis une telle notoriété qu'elle traite des patients de partout au Canada et même en provenance d'autres pays! », ajoute Mme Dionne.

Il est possible de soutenir la mission de David Fortin en donnant en ligne à jedonneenligne.org/fondationCHUS/Coeurentête.




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