CHUS: « On m'a jeté dehors »

Âgé de 78 ans, Roger Rhéaume a été... (Spectre média, Julien Chamberland)

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Âgé de 78 ans, Roger Rhéaume a été évincé du CHUS-Hôtel-Dieu samedi matin, malgré qu'il soit toujours dans d'atroces souffrances.

Spectre média, Julien Chamberland

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(Sherbrooke) En souffrance et pratiquement incapable de marcher, un Sherbrookois de 78 ans affligé d'arthrose a été évincé du CHUS-Hôtel-Dieu au petit matin samedi « par mesure préventive » et sous prétexte de « libérer un lit ».

« On me disait que je devais retourner chez moi, qu'on ne voulait pas que je me ramasse avec une grippe ou une autre bébitte et qu'on devait faire la gestion des lits. On voulait m'appeler un taxi. Voyons donc! Je n'arrivais même pas à marcher et il y avait plusieurs lits de libres! » s'exclame Roger Rhéaume, qui était toujours incapable de demeurer debout plus que quelques minutes dimanche.

Le septuagénaire peinait toujours à contenir ses larmes lorsqu'il tentait de diminuer sa douleur en changeant de position sur son lit.

« C'est une inflammation de la jambe jusqu'au bas de mon dos. Ça brûle assez, c'est comme du feu. Ça fait tellement mal. Ça bloque tout le bas de mon corps. »

Conduit en ambulance vers 20 h vendredi après être demeuré alité pendant trois jours, sans pouvoir dormir, dans l'attente que le problème se résorbe de lui-même, Roger Rhéaume s'est fait administrer une injection de cortisone avant de passer une radiographie. Quelques heures plus tard, après avoir reçu « une pilule pour dormir » et avoir été installé dans un lit avec une couverture chaude, il était loin de se douter du sort qu'on lui réservait lorsque le médecin a ouvert la lumière à 1 h samedi.

« J'étais surpris et découragé. J'étais en train de canter, je me sentais bien avec la chaleur de la couverte. J'allais enfin pouvoir dormir et sûrement aller mieux dans quelques heures. J'avais besoin d'aide tout simplement, qu'on me traite pour m'aider à sortir de la crise. On aurait pu me donner la nuit pour me permettre de récupérer, mais on s'est plutôt débarrassé de moi. On m'a jeté dehors sans aucune compassion, avec une froideur totale. Là, j'ai compris comment beaucoup de personnes âgées pouvaient se sentir en arrivant à l'urgence, qui sont souffrantes et qui ont peur », ajoute M. Rhéaume.

La froideur bureaucratique affichée par les médecins a soulevé l'ire de Pascal Cyr, qui entend notamment porter plainte auprès du Protecteur du citoyen et de l'Ordre des médecins au cours de la semaine.

« On n'en revenait pas lorsque Roger nous a appelés pour aller le chercher à 1 h du matin. On parle d'un homme de 78 ans, diabétique, corpulent, qui va rentrer en hémodialyse bientôt parce que seulement 25 pour cent de ses reins fonctionnent et qui ne peut pas marcher. On l'a ramené chez lui, il se tordait de douleur dans le fauteuil roulant, c'était épouvantable. Si ça avait été le père de l'un des administrateurs de cet hôpital ou le père de Gaétan Barette, pensez-vous qu'il aurait eu son congé à 1 h du matin? » s'interroge celui qui admet avoir encore de la difficulté à décolérer.

Rappelons que vendredi, 75 lits de débordement avaient été ouverts et répartis dans 12 CHSLD et deux ressources non institutionnelles du territoire du CIUSSS de l'Estrie-CHUS.

Des lits qui s'ajoutaient à 63 lits de débordement de courte durée ouverts préalablement dans les hôpitaux du territoire dans le but de permettre des hospitalisations urgentes à l'Hôpital Fleurimont et l'Hôtel-Dieu. Pascal Cyr assure que plusieurs places étaient disponibles pour accommoder les patients éventuels.

« Il y avait trois personnes à l'urgence et plusieurs lits inoccupés autour de nous, mentionne-t-il. Il y a beaucoup de personnes âgées qui sont seules, qui n'ont pas les moyens de se défendre, et par conséquent, je suis forcé de penser que des fois, les responsables des institutions en profitent pour se servir d'eux pour arriver dans leurs objectifs de gestion. Quand la bureaucratie remplace l'humanité et la compassion, c'est un problème. »




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