Fin du lait dans les dépanneurs chinois : peu d'enthousiasme à Sherbrooke

Alors que l'Association des dépanneurs chinois du Québec laissait planer... (Archives La Tribune, Frédéric Côté)

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(Sherbrooke) Alors que l'Association des dépanneurs chinois du Québec laissait planer récemment, devant la Régie des marchés agricoles et alimentaires du Québec, une menace de ne plus vendre de lait dans ses établissements, les propriétaires chinois de dépanneurs à Sherbrooke, eux, ne sont pas convaincus que cette solution soit la bonne.

C'est qu'en mai dernier, les grandes laiteries ont pris la décision de ne plus reprendre les litres de lait invendus, en arguant que certains détaillants géraient mal leur inventaire. Alors que les marges de profit que les propriétaires de dépanneur parvenaient à faire sur ce produit étaient déjà minces auparavant, celles-ci seraient carrément inexistantes aujourd'hui.

« Usuellement, pendant des décennies, tout produit laitier était une vente garantie : les laiteries remboursaient le prix du produit aux détaillants s'ils n'arrivaient pas à le vendre parce qu'il était périmé. Maintenant, les laiteries ont décidé qu'ils voulaient arrêter de payer ces frais-là », explique le président-directeur général de l'Association des détaillants en alimentation du Québec, Florent Gravel.

Ainsi, pour éviter de se retrouver avec trop de stocks invendus et de perdre des sommes importantes, Justin Ren, le propriétaire du dépanneur Orléans, sur la rue Galt Ouest, explique qu'il n'achète plus que la quantité minimum de lait qu'il estime être en mesure de vendre chaque semaine.

« Ça fait que des fois, j'en manque à la fin de la semaine pour mes clients, mais je n'ai pas le choix de fonctionner comme ça », déplore-t-il.

Par contre, M. Ren croit que d'arrêter complètement la vente de lait ne ferait que nuire davantage aux dépanneurs.

« Si on n'offre plus de lait aux clients, ils vont tout simplement aller ailleurs », commente-t-il.

Pour sa part, le propriétaire du dépanneur Au Pee Wee, Jim Jia, dénonce également les pertes qu'il enregistre en raison de la vente de lait dans son établissement, et affirme qu'il réfléchirait à retirer le lait de ses comptoirs comme moyen de pression si « tous les propriétaires de dépanneurs se mettaient ensemble ». Il ne pense cependant pas qu'il s'agisse de la solution idéale.

« Je n'ai pas l'intention d'arrêter de vendre du lait, mais si j'entendais dire que tous les propriétaires le faisaient, je serais ouvert à l'idée, parce qu'il y a vraiment un problème », dit M. Jia.

« Mais pour l'instant, je n'en entends pas parler à Sherbrooke, précise-t-il. J'ai juste vu la nouvelle à la télévision. »

Dans les quatre autres dépanneurs chinois visités par La Tribune, les propriétaires ont dit ne pas être au courant de la situation ou ont refusé de parler.

Avantages pour les clients et les détaillants

Florent Gravel, le président-directeur général de l'Association des détaillants en alimentation du Québec, croit que les dépanneurs chinois ne mettront pas leur menace à exécution. « S'ils font ça, ils vont tuer leur commerce, parce que les clients vont simplement aller ailleurs », déclare-t-il.

Selon M. Gravel, la décision des laiteries de ne plus reprendre les invendus engendre en réalité plusieurs avantages, non seulement pour les consommateurs, mais aussi pour les détaillants eux-mêmes.

« Au début, on était choqués de la décision des laiteries, avoue-t-il. Mais ensuite, on s'est rendu compte que ça obligeait les propriétaires des magasins à mieux contrôler leurs achats, et à s'assurer qu'ils n'achètent que ce dont ils ont besoin. Ça, ça fait qu'ils accumulent un moins grand inventaire, ce qui fait moins de travail de rotation quand une autre commande entre. Ça met dans le comptoir un produit qui a une date beaucoup plus longue, parce que les propriétaires n'essaient plus d'écouler constamment le stock qu'ils ont en trop. »

« Puisque les laiteries économisent de l'argent, ça empêche aussi probablement des hausses substantielles du prix du lait au consommateur, ajoute-t-il. Et ça réduit le gaspillage alimentaire, ce qui est important. »

Notons que dans une entrevue accordée à La Terre de chez nous, le président de l'Association des dépanneurs chinois du Québec, Shoaqiang Huang, a nié avoir menacé d'arrêter la vente de lait. Il soutient plutôt que son association est à la recherche d'une autre solution, en collaboration avec les compagnies laitières des distributeurs de lait.

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