Elle dénonce les «conditions inhumaines» dans lesquelles son compagnon est décédé

Sylvie Croteau... (Spectre Média, André Vuillemin)

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Sylvie Croteau

Spectre Média, André Vuillemin

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(SHERBROOKE) Deux ans après la mort de son conjoint, Sylvie Croteau se dit toujours hantée par les «conditions inhumaines» dans lesquelles son compagnon de vie, Jean-Marie Poulin, est décédé, le 5 octobre 2014 à l'Hôtel-Dieu de Sherbrooke.

Malgré ses demandes répétées pour qu'on soulage son conjoint des douleurs atroces qu'il éprouvait lors de son hospitalisation, M. Poulin est mort sans avoir eu accès à des soins appropriés, y compris les soins palliatifs, déplore sa conjointe. 

Même si elle continue de faire des cauchemars liés à ces événements, Sylvie Croteau a décidé qu'elle allait maintenant se battre «pour que plus personne n'ait à vivre ce que (elle vit) présentement».

«Il n'y a pas un être humain qui mérite de mourir dans les conditions dans lesquelles mon mari est mort, dit-elle la gorge nouée par les sanglots. On ne laisse même pas un animal mourir dans ces conditions-là», insiste Mme Croteau en relatant péniblement les événements qui ont mené au décès de M. Poulin.

Atteint de démence vasculaire, M. Poulin a été hospitalisé une première fois en avril 2014 après avoir fait une chute dans sa résidence de Sherbrooke. Selon la plainte déposée par Mme Croteau au CIUSSS de l'Estrie - CHUS, M. Poulin a alors été examiné par la docteure Julie Desgagnés et un autre médecin, dont elle a oublié le nom.

Déjà affectée par le fait que l'état de santé de son mari dépérissait à vue d'oeil, Mme Croteau dit n'avoir reçu aucun diagnostic ni pronostique de la part de Dre Desgagnés. «Tout ce qu'elle m'a dit, c'est qu'il n'y avait plus rien à faire pour mon mari et que je devais le ramener à la maison. Ça m'a complètement bouleversée. Mon mari me demandait ce qui se passait, mais je ne savais pas quoi lui dire...»

Six mois plus tard, le 1er octobre 2014, voyant l'état de santé de son mari dépérir à vue d'oeil, Mme Croteau appelle l'ambulance afin que son mari soit transporté d'urgence à l'Hôtel-Dieu.

«Après avoir examiné mon mari, le médecin m'a demandé ce que je souhaitais pour lui. Je lui ai dit : "Je veux qu'il cesse de souffrir." Il m'a dit : "Dans ce cas, on va lui donner des soins de confort"«, relate Mme Croteau.

Sachant que son mari était en fin de vie, Mme Croteau était alors convaincue que celui-ci allait être admis à l'unité de soins palliatifs. À sa grande surprise, M. Poulin a plutôt été placé dans une unité de soins située au 5e étage de l'Hôtel-Dieu.

«J'ai essayé de savoir pourquoi on l'avait placé au 5e plutôt qu'au 4e (soins palliatifs), mais personne ne me répondait. J'étais épuisée et mon mari continuait de dépérir. Un moment donné, je suis sortie de la chambre pour décompresser. Lorsque je suis revenue, mon mari était par terre, incapable de se relever. Comme il était corpulent, j'étais incapable de le relever. J'ai sonné plusieurs fois avant qu'on vienne m'aider. Lorsque je leur ai dit que mon mari n'était pas à la bonne place, qu'il devrait être aux soins palliatifs, on m'a répondu sèchement qu'on n'était à court de personnel et qu'on n'avait pas le temps de prendre des plaintes. J'étais complètement découragée...».

«Extrême souffrance»

Cinq jours plus tard, M. Poulin décédait «dans une extrême souffrance», selon Mme Croteau.

Celle-ci n'était toutefois pas au bout de ses peines.

Dans les mois qui ont suivi, Mme Croteau a tenté d'avoir accès au dossier médical de son mari, afin de comprendre ce qui s'était passé. «Je ne savais toujours pas de quoi mon mari était mort», souligne-t-elle.

À la suite de sa demande déposée en mai dernier, le médecin examinateur du CIUSSS de l'Estrie - CHUS lui répond qu'il ne peut traiter sa plainte compte tenu du fait que Dre Julie Desgagnés a quitté le CHUS en janvier 2016.

Mme Croteau entend maintenant se tourner vers le Collège des médecins afin d'obtenir des réponses à ses nombreuses questions.

«Pourquoi je n'ai pas pu avoir accès au dossier de mon mari?»

«Pourquoi Dre Desgagnés ne m'a pas informée de toute la situation que vivait mon mari au moment de sa première hospitalisation en me disant qu'il n'y avait plus rien à faire et que nous devions retourner à la maison?»

«Pourquoi mon mari n'a pas été transféré à un département de soins palliatifs pour qu'il puisse avoir les soins appropriés à son état de fin de vie?»

Mais au-delà des réponses que lui fournira le Collège des médecins, Sylvie Croteau veut faire en sorte que ses démarches aboutissent à un meilleur accès aux soins palliatifs pour les personnes en fin de vie qui souffrent d'autres maladies que le cancer.

«Il ne faut plus que ça arrive. Je ne veux plus que personne au Québec vive ce que moi et mon mari avons vécu, dit-elle. S'il y a des gens qui ont vécu ce que j'ai vécu, et je suis convaincue qu'il y en a, j'aimerais qu'on se regroupe pour faire changer les choses», exprime Mme Croteau.

Illustration(s) :

Photo Spectre Média, André Vuillemin

Toujours affectée par les circonstances ayant entouré la mort de son mari, Sylvie Croteau entend livrer bataille pour que l'accès aux soins palliatifs soit élargi au-delà des personnes atteintes de cancer.

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