Une manif contre «la culture du viol», car c'est «urgent d'en parler»

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(Sherbrooke) Une manifestation « dénonçant la culture du viol et le patriarcat » aura lieu à Sherbrooke, mercredi, dans la foulée des agressions sexuelles survenues à l'Université Laval et des témoignages de victimes d'agressions qui ont émergé au cours des dernières semaines.

« On trouvait que c'était urgent d'en parler », lance Amira Bensahli, une étudiante de l'Université Bishop's impliquée dans la manifestation.

La jeune femme explique que l'événement est né d'une initiative citoyenne, en collaboration avec le collectif Hamamélis. Ce collectif de femmes a pour but de mettre de l'avant des idées féministes. Il publie des fanzines sur différents thèmes, comme le sort des femmes autochtones.

Plusieurs histoires ont mis la table à ce rassemblement : l'affaire de l'Université Laval, la prise de parole publique de la Sherbrookoise Mélanie Lemay, qui a dénoncé la difficulté de porter plainte pour les femmes victimes d'agressions sexuelles, une poursuite de 41 policiers de la Sûreté du Québec visant Radio-Canada à la suite d'une enquête diffusée en 2015 sur des allégations d'abus sexuels à l'égard de femmes autochtones...

« Il y a une espèce d'indignation qui s'est soulevée, commente l'étudiante, en estimant qu'il s'agit d'une « accumulation ». « C'était une urgence, avec ce qui se passe dans les médias. » Des tels rassemblements auront aussi lieu à Montréal, Québec et Chicoutimi.

Le départ aura lieu au Marché de la Gare à 18 h. Les manifestants s'arrêteront au palais de justice et la marche culminera à l'hôtel de ville de Sherbrooke, où les participants et participantes seront invités à prendre le micro.

Des intervenants du Centre d'aide et de lutte aux agressions à caractère sexuel (CALACS) Agression Estrie seront présents afin d'offrir leur soutien.

« En moyenne, on a 100 nouvelles personnes par année (qui n'avaient jamais utilisé nos services) au CALACS », indique Maggie Fredette, coordonnatrice à l'intervention au CALACS.

Cette dernière espère que les différentes dénonciations dans les médias inciteront des victimes à briser le silence. « Souvent, ce n'est pas nécessairement quand ça sort (qu'on voit une augmentation des demandes d'aide), c'est dans les semaines qui vont suivre... »

Elle espère également que le traitement réservé à Alice Paquet, cette jeune femme qui a dévoilé publiquement des allégations d'agressions sexuelles à l'endroit du député libéral Gerry Sklavounos, ne découragera pas les femmes de dévoiler leur histoire.

Environ 10 % des victimes portent plainte à la police, mais elles n'aboutissent pas toutes à un procès: les victimes peuvent retirer leur plainte, le procureur aux poursuites criminelles et pénales peut décider de ne pas porter d'accusation parce qu'il n'y a pas suffisamment de preuves.

« Pour nous, ce qui est important, c'est de briser le silence; ce ne sont pas toutes les victimes qui sont prêtes à passer à travers le processus judiciaire (...) On ne mettra jamais de pression, c'est vraiment leur choix... » indique Mme Fredette en soulignant que 80 % des victimes connaissent leur agresseur.

« À Sherbrooke, c'est important de souligner qu'on a un bon partenariat avec le Service de police de Sherbrooke (SPS)... »

La Sherbrookoise Mélanie Lemay, l'une des instigatrices du mouvement social Québec contre les agressions sexuelles, souhaite pour sa part porter plainte au comité de déontologie policière et au Collège des médecins en lien avec une présumée agression sexuelle survenue en 2015; elle juge que des policiers et un médecin rencontrés n'ont pas accordé d'importance à son histoire, la dissuadant ainsi d'aller plus loin dans cette affaire.

« Il y a des gens qui, malgré leur formation, demeurent avec un biais personnel, qui briment inconsciemment les enquêtes, et font en sorte que lorsque des femmes comme moi se retrouvent devant des gens remplis de préjugés, décident de ne pas aller au bout de la plainte », commente-t-elle à ce sujet.

L'étudiante de l'Université de Sherbrooke affirme avoir été victime d'un viol en 2011, alors qu'elle étudiait au cégep. Elle songe à porter plainte contre l'agresseur allégué, mais pas maintenant. « Je suis en construction de vie, je suis dans la jeune vingtaine, je ne peux pas mettre ma vie sur pause pendant ces années-là qui sont si riches... » souligne-t-elle à propos de toute l'énergie requise pour se lancer dans un tel processus.

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