Soulagement unanime dans le milieu de la restauration

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«Cette nouvelle est bonne à la fois pour les gens de la restauration et pour les clients allergiques», affirme Valérie Fayolle, serveuse chez Auguste, que l'on aperçoit en compagnie du propriétaire du restaurant Pizzicato, Alexandre Côté.

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(SHERBROOKE) Restaurateurs et personnel de service ont poussé bien davantage qu'un soupir de soulagement mardi après-midi en apprenant qu'aucune accusation criminelle ne serait portée contre l'employé du Tapageur qui avait servi un tartare de saumon à un client allergique.

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Caroline Pfeuti

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C'est plutôt un cri de joie unanime qui s'est élevé de la communauté de la restauration.

«Je pense que tout le monde est unanime, c'est une super nouvelle, explique la propriétaire du Pierre, Jean, Jase, Caroline Pfeuti. Ça n'aurait pas eu d'allure s'il y avait eu des accusations criminelles. Ça aurait lancé un message de malade et ça faisait peur à tout le monde, les jeunes qui se cherchent une job de serveurs comme les patrons. Personne n'est à l'abri d'une erreur.»

La copropriétaire du Café Aragon, Keren Richard, abonde dans le même sens. «On est de tout coeur avec l'équipe du Tapageur. Je crois que c'est la phobie de tout serveur que de donner un allergène à un client. Il y a de plus en plus de régimes, de contraintes alimentaires et d'allergies. C'est presque la mode! Dans un resto, y a plusieurs façons et moyens pour gérer cela. On peut en parler avec la cuisine, on l'écrit sur notre pad, on l'écrit sur les papiers de commandes de cuisine. Mais l'erreur est toujours possible et notre job est de donner du plaisir et du loisir, pas d'empoisonner les gens», fait-elle valoir.

«Pour rester dans le plaisir, il faut trouver des solutions ensemble en parlant, pas se braquer, souligne à son tour Valérie Fayolle, serveuse chez Auguste. Cette nouvelle est bonne à la fois pour les gens de la restauration et pour les clients allergiques qui auraient sans doute aussi subi les conséquences de la judiciarisation d'un tel événement. C'est un soulagement pour tout le monde, ça aurait créé un précédent à la fois inquiétant et stressant.»

«Ça a fait comprendre la nécessité d'une certaine rigueur, mais ça a aussi sensibilisé les clients à la réalité du milieu de la restauration.»


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Keren Richard

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Propriétaire du service de traiteur La Fine Bouche, David St-Amour avait témoigné son appui aux gens du Tapageur dès la révélation publique des événements au début du mois d'août. Il s'est empressé mardi encore d'appeler les propriétaires pour exprimer sa satisfaction. «Je suis enchanté que les accusations criminelles ne soient pas portées et je pense que la suite des choses va se placer aussi», confie David St-Amour, qui avance du même souffle que ces événements auront toutefois remis des choses en place.

«Ça a fait comprendre la nécessité d'une certaine rigueur, mais ça a aussi sensibilisé les clients à la réalité du milieu de la restauration, note-t-il. Ça aura sensibilisé les irresponsables qui tirent sur la sonnette des allergies quand ce n'est pas vrai. Les vrais allergiques, eux, savent se manifester intelligemment en partageant l'info nécessaire au moment opportun.»

Au même titre que David St-Amour, le propriétaire du Pizzicato Alexandre Côté se réjouissait pour tout le milieu de cette nouvelle, mais aussi de la solidarité sherbrookoise que ces événements ont alimentée.

Des contrecoups à la saga

L'épisode ultramédiatisé du tartare au Tapageur de Sherbrooke a laissé des marques dans la façon d'être servi au restaurant, constatent des personnes allergiques ou dont les proches souffrent d'allergies.

De son côté, l'Association des restaurateurs du Québec (ARQ) a poussé un soupir de soulagement, mardi, en apprenant qu'aucune accusation criminelle ne serait portée contre le serveur sherbrookois qui a servi par mégarde un tartare de saumon à un client allergique.

Sur son blogue Jesuisunemaman.com, Jaime Damak, dont la fille est allergique aux noix et aux arachides, raconte que les choses ont changé après toute cette affaire; elle avait rarement eu de problèmes auparavant.

«Depuis le 3 août (après la saga du client qui a mangé du saumon et fait une réaction allergique), on s'est fait refuser le service à deux endroits, un autre n'a pas fait grand effort pour nous accommoder et deux autres endroits (des places où nous étions déjà allés) nous ont fait sentir très coupables, au point où nous avons quitté les lieux (...) Tout cela depuis le 3 août», raconte la blogueuse et chroniqueuse sur son blogue.

Jointe par courriel, elle dit espérer que cette nouvelle fera baisser la tension dans le domaine de la restauration. Sur sa page Facebook, une serveuse a réagi en mentionnant qu'effectivement, les choses ont changé après toute cette affaire.

Auteure de Déjouer les allergies alimentaires, mère d'un garçon allergique, Marie-Josée Bettez présente le même son de cloche. Elle a vu passer des histoires semblables notamment sur le groupe de soutien virtuel de Déjouer les allergies sur Facebook.

«Ce n'est pas vraiment étonnant. On s'attendait à ce qu'il y ait cette espèce de conséquence. À partir du moment où les traiteurs et les restaurateurs ont l'impression qu'une poursuite criminelle leur pend au bout du nez si des erreurs - même de bonne foi - sont faites, c'est clair que ça a un effet de ressac.» On peut espérer que la nouvelle calmera maintenant le jeu.

«À tout le moins, s'il y a un effet positif de toute cette saga-là, c'est peut-être que les gens ont réalisé que les allergies alimentaires, c'est sérieux. Il y a des conséquences qui sont potentiellement graves quand on mange ne serait-ce qu'un petit peu de l'aliment auquel on est allergique. Il y a comme une prise de conscience qui a été faite de la gravité potentielle des allergies alimentaires...»

Soulagement

«On est soulagé et content!» a lancé le vice-président aux affaires publiques et gouvernementales de l'Association des restaurateurs du Québec, François Meunier. L'association représente près de 5200 membres à travers la province. L'affaire a suscité beaucoup d'intérêt, mais aussi beaucoup d'inquiétude auprès des restaurateurs.

«Les conséquences d'une accusation et éventuellement d'une condamnation auraient été quelque chose de très pénible dans notre industrie. On est très content de voir que ce n'est pas l'orientation qui a été prise.»

Au sujet des mauvaises expériences rapportées dans certains restaurants après toute cette affaire, M. Meunier estime que la poussière va maintenant retomber. «Quand on a réagi en août, c'est ce qu'on prévoyait. Ce n'était pas une recommandation ou une solution, mais la réaction naturelle et normale... S'il y avait eu des accusations criminelles, ça aurait été encore pire.»

«L'industrie a toujours composé avec des situations où la responsabilité civile est engagée, mais une responsabilité criminelle pour un geste de cette nature-là, ça aurait été sans précédent (...) On n'hésite pas à dire que ça aurait changé de manière importante la relation avec les clients qui ont des besoins particuliers et le personnel de la restauration.»

- Avec Isabelle Pion

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