Interdire les pitbulls n'enchante pas les élus

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Il n'existe pour le moment pas de classification pour qualifier une race de dangereuse à Sherbrooke. La règlementation municipale définit plutôt un chien dangereux lorsqu'il a mordu une personne ou un animal et qu'il en a causé la mort. Un animal peut aussi être déclaré dangereux à la suite d'une évaluation comportementale.

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(Sherbrooke) Interdire certaines races de chiens, comme pourrait le proposer le gouvernement du Québec, ne semble pas être la voie que privilégieraient certains élus sherbrookois. La Société protectrice des animaux de l'Estrie, elle, réserve ses commentaires en attendant le dépôt d'un projet de loi.

Rappelons que selon des informations publiées par le Journal de Québec, « Québec veut non seulement interdire les pitbulls, mais aussi l'ensemble des races de chiens dangereux ». Il deviendrait aussi obligatoire d'enregistrer son chien, quelle que soit la race.

« La SPA de l'Estrie a fait le choix d'attendre la documentation officielle avant d'émettre tout commentaire. Il y a beaucoup de spéculation pour le moment », fait valoir Geneviève Cloutier, porte-parole à la SPA de l'Estrie.

Il n'existe pour le moment pas de classification pour qualifier une race de dangereuse à Sherbrooke. La règlementation municipale définit plutôt un chien dangereux lorsqu'il a mordu une personne ou un animal et qu'il en a causé la mort. Un animal peut aussi être déclaré dangereux à la suite d'une évaluation comportementale.

Mme Cloutier ne pouvait pas dire non plus si son organisation disposait du personnel nécessaire pour faire appliquer la loi, advenant qu'elle soit adoptée.

Rencontrés lors de l'inauguration du parc à chiens au parc Victoria, les conseillers Vincent Boutin et Hélène Dauphinais ne prônent pas l'interdiction d'une race plutôt qu'une autre.

« La première question que je pose, c'est qu'est-ce qu'un chien dangereux? C'est un sujet que je trouve très délicat. Il ne faut pas se laisser emporter par l'émotivité. Il faut réfléchir à ce dossier. Je ne suis pas convaincu qu'interdire une race de chien règlera le problème. L'éducation et la prévention sont deux possibilités. S'il y a une loi, nous serons obligés de nous y conformer, mais il y aura une commission parlementaire et nous pourrons faire bouger les choses », dit Vincent Boutin.

« Interdire une ou des races de chien ne règlera pas le problème. Même que c'est un peu naïf, reprend M. Boutin. L'approche que nous avons avec la SPA est la bonne approche. Je n'irais pas siéger à un tribunal canin. Laissons les gens capables de faire des expertises faire

ces évaluations. Nous avons les instances qui sont capables de faire ce travail. »

Hélène Dauphinais abonde dans le même sens. « Il y a des villes où c'est déjà interdit les pitbulls et quand ils font les dénombrements, ils se rendent compte qu'il en reste

beaucoup. Si c'est dans la loi du gouvernement, nous n'aurons pas le choix de la faire appliquer et de mettre en place ce qu'il faut pour qu'elle soit respectée. Mais ce ne sera pas facile. Ce n'est pas pour rien qu'à Sherbrooke on est partis d'une règlementation qui dit qu'on ne peut pas avoir de pitbull et qu'on est revenus à contrôler les chiens une fois qu'ils ont mordu. Nous avions suivi la recommandation de la Société protectrice des animaux et nous avons modifié notre règlement. »

Mme Dauphinais croit elle aussi qu'il est encore possible de faire bouger le gouvernement pour modifier le projet de loi.

Les citoyens présents au parc à chiens ne semblaient pas pencher du même côté que le gouvernement provincial. « Nous avons un pitbull à la maison. C'est pas mal dommage parce que mon chien est un vrai bébé. Mon chien est déjà enregistré et opéré. C'est décevant », réagit Myriam Desharnais.

Si Valérie Roy se disait neutre, Jacob Chamberland se prononçait ouvertement contre. « Je suis contre le fait d'interdire des races. Je pense que ce sont plutôt les propriétaires qui doivent être conscients des chiens qu'ils achètent. »

De plus en plus difficile d'assurer Pitou

Avec le débat entourant la réglementation des « chiens dangereux » qui fait présentement rage au Québec, il risque de devenir difficile pour les propriétaires de trouver un assureur prêt à couvrir les dommages que pourrait causer leur fidèle compagnon canin.

Généralement, les polices d'assurance habitation couvrent la responsabilité civile découlant de la propriété d'un animal de compagnie, indique le Bureau d'assurance du Canada (BAC).

Cependant, il est de plus en plus courant pour les assureurs de refuser de fournir une police d'assurance aux personnes possédant certaines races de chiens considérées comme ayant un haut potentiel de dangerosité. D'autres compagnies acceptent de le faire, mais excluent les potentiels dégâts entraînés par le chien, ou exigent carrément une surprime pour obtenir cette protection.

Par exemple, chez Promutuel Assurance, les dobermans, les pitbulls, les rottweilers, les mastiffs et les tosas sont refusés, tout comme

les « chiens dressés pour l'attaque », ceux qui « ont déjà causé des blessures à des personnes ou à des animaux » et ceux « interdits par un règlement municipal ou provincial ».

La situation est assez semblable chez Intact Assurance, où ne sont pas couverts les dobermans, les pitbulls, les rottweilers ainsi que tout chien issu d'un croisement avec l'une de ces races, selon ce qu'a mentionné à La Tribune le cabinet de courtiers AMR Assurances Multi-Risques.

Chez Desjardins Assurances, les pitbulls entraînent automatiquement un refus d'assurer l'habitation du propriétaire. Pour ce qui est des autres races de chien, on fonctionne plutôt au « cas par cas ».

« Quand il y a quelque chose qui modifie l'utilisation qu'on fait d'un domicile, comme l'achat d'un animal domestique par exemple, c'est sûr qu'il y a une conversation à avoir avec son assureur pour éviter les mauvaises surprises », explique Valérie Lamarre, porte-parole du Mouvement Desjardins.

« Si la personne a un chihuahua ou un poméranien, il ne risque pas d'y avoir beaucoup d'impacts, mais si elle adopte un gros chien, on risque de lui poser quelques questions comme : quelle est sa race? A-t-il suivi des cours d'obéissance? Est-il dressé pour attaquer? Quel est son historique? On prend ensuite une décision en fonction des réponses obtenues. »

Mme Lamarre mentionne qu'une protection additionnelle (avenant) pourrait devoir être ajoutée pour « exclure la responsabilité civile s'il y a un incident avec le chien ».  Avec Catherine Montambeault

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