Le dialogue pour contrer le racisme

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L'agent du Service de police de Sherbrooke Philippe Dubois était invité par l'organisme Touche noire samedi à donner une conférence expliquant les droits des immigrants, dans le cadre du Village des artistes tenu au Centre culturel de l'Université de Sherbrooke et visant à souligner le Mois de l'histoire des Noirs.

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(Sherbrooke) Le 1er septembre dernier, aux environs de 8 h 30, Zaïnabou Ouedraogo s'apprêtait à rentrer chez elle après une autre nuit de travail. À 8 h 33, après être sortie de l'autobus, elle s'est fait cracher au visage par des passagers qui avaient abaissé leur fenêtre pour commettre leur méfait.

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Zaïnabou Ouedraogo

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« Ça n'arrive que très rarement ce genre de geste, ce sont des cas isolés, nuance de manière étonnante la native du Burkina Faso. Mais ça montre que les gestes racistes existent, même à Sherbrooke. Je vais me rappeler toute ma vie de la journée et de l'heure à laquelle c'est arrivé. Je me suis empressée de prendre des feuilles pour m'essuyer. Je me sentais humiliée. Je me sentais souillée. »

« C'est frustrant, parce que tu te demandes : pourquoi? Parce que je suis différente? Je ne connaissais personne dans l'autobus. Il n'y avait aucune autre motivation », déplore-t-elle.

Mme Ouedraogo admet ne pas avoir su comment réagir. Des policiers lui auraient indiqué au moment des faits que quelques cas semblables avaient été rapportés, mais elle n'a pas cru bon porter plainte, prétextant qu'elle n'avait pas assez de détails à fournir sur les agresseurs. Elle espérait donc obtenir des réponses de la part de l'agent du Service de police de Sherbrooke Philippe Dubois, qui était invité par l'organisme Touche noire samedi à donner une conférence expliquant les droits des immigrants, dans le cadre du Village des artistes tenu au Centre culturel de l'Université de Sherbrooke et visant à souligner le Mois de l'histoire des Noirs.

« ''Vous les Noirs, vous êtes mal éduqués, mal élevés'', ''christie de Noir'' ou ''sale négresse'''; on entend parfois des phrases blessantes, mais on fait avec, parce que quand on prend tout au pied de la lettre, on finit par avoir peur de tout, mentionne la femme de 27 ans, arrivée à Sherbrooke il y a deux ans et demi. Pendant un temps quand je prenais le bus, j'avisais le conducteur seulement à la dernière minute que je devais descendre pour éviter d'être agressée à nouveau. Comment on doit réagir face à des propos ou des gestes racistes et qu'est-ce qu'on doit faire après? »

Pendant sa conférence, Phillipe Dubois a invité Zaïnabou Ouedraogo, et toute autre personne à qui un tel geste pourrait arriver, à porter plainte immédiatement.

« Il s'agit d'une voie de fait, d'un geste criminel et c'est intolérable », a mentionné l'agent du SPS. « Il vous faut porter plainte et nous nous chargerons d'enquêter. C'est notre devoir. »

« C'est important de faire des rapprochements avec les communautés, leur dire qu'on est là, qu'ils seront traités de la même façon que tout le monde et qu'ils n'ont pas à avoir peur de la police, parce que certains viennent de pays où les policiers sont corrompus et usent de violence. C'est important de passer un message positif », a souligné l'agent Dubois en entrevue à La Tribune, tout en confirmant que certains gestes racistes surviennent parfois sur le territoire du SPS.

« Ce sont des gestes qui arrivent à l'occasion, mais ce sont des gestes isolés. Ce n'est pas des choses qu'on voit régulièrement, mais malheureusement il en arrive encore. C'est exceptionnel, comme on l'a vu aussi lorsque des plombs avaient fracassé la vitre d'une boucherie halal en 2014. »

Partager sa culture

En plus de l'agent du SPS, le Village des artistes rassemblait plusieurs artistes, artisans, stylistes et designers venus présenter et vendre leurs créations tout en partageant un peu de leur culture. Parce que la meilleure façon de faire la lutte aux gestes et propos racistes passe par l'ouverture à l'autre, selon la directrice de Touche noire, Gwladys Sebogo.

« C'est la diversité qui fait la beauté d'un peuple, donc on a besoin de se comprendre et nous on veut partager ça. On veut qu'on apprenne à se comprendre et à s'expliquer. Au Québec, on prône beaucoup le dialogue et c'est ce qu'on veut apprendre aux immigrants. »

C'est d'ailleurs cette ouverture générale qui fait que Zaïnabou Ouedraogo demeure à Sherbrooke.

« C'est une ville où les gens sont ouverts, nous parlent plus et où tu sens que tu t'intègres. C'est ce que j'aime ici. J'ai beaucoup d'amis québécois et ça ne m'aurait jamais traversé l'esprit de me faire cracher dessus jusqu'en septembre. Il faut cependant en parler, parce que d'autres pourraient préférer s'isoler dans leur communauté et se fermer aux autres. On ne souhaite pas ça. »

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