Un parc canin pourrait réduire le flânage au parc Victoria

Le problème de flânage au parc Victoria, qui... (Spectre, Jessica Garneau)

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Le problème de flânage au parc Victoria, qui consiste parfois en des relations sexuelles entre hommes consentants, survient dans le secteur situé près de la rue Desaulniers.

Spectre, Jessica Garneau

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(SHERBROOKE) La construction d'un parc canin et l'ajout d'un circuit de disc golf au parc Victoria pourraient contribuer à réduire les problèmes de flânage dans le secteur de la rue Desaulniers. Le flânage désigne à mots couverts les rencontres menant à des actes sexuels entre hommes consentants, une situation observée depuis une vingtaine d'années dans ce secteur de la ville. Le sujet a été effleuré lors de la réunion pour la création de l'Association des amis du parc Victoria.

« Je n'ai jamais eu d'appels de citoyens qui déploraient cette situation, mais c'est une des choses qui ont été mentionnées la semaine dernière lors de notre réunion. C'est surtout une question de sentiment de sécurité parce que c'est un secteur plus éloigné. Je sais qu'un homme a déjà été victime d'attouchements non désirés, mais sinon, je n'ai jamais rien vu de déplacé, mais je constate qu'il y a du flânage », commente la conseillère Hélène Dauphinais.

Au Service de police de Sherbrooke (SPS), le porte-parole Martin Carrier confirme que des agents interviennent à l'occasion, l'été, dans le parc Victoria. « Oui il y a une problématique depuis une vingtaine d'années. C'est pourquoi nous menons des activités de surveillance. Des étudiants en techniques policières y font de la patrouille. Les hommes en question ne se trouvent pas à proximité des modules de jeux. Ils sont à l'abri des regards. Ça se produit entre adultes consentants. Nous n'avons pas relevé d'attaques ou d'agressions. »

Le parc Victoria n'est pas le seul endroit public où des relations sexuelles entre hommes surviennent. Le parc du Barrage, dans le secteur des rues Galt Ouest et Frédéric-Paré, et une halte routière le long de l'autoroute 10, près de la sortie Saint-Élie, avaient déjà fait les manchettes pour les mêmes raisons. Un parc canin a depuis été construit au parc du Barrage. « Le problème n'a pas nécessairement diminué », laisse savoir M. Carrier.

Le porte-parole du SPS rapporte que la majorité des cas concernent des couples homosexuels. Dans la plupart des cas où les policiers interviennent, une contravention d'environ 50 $ pourra être attribuée. Les forces de l'ordre imposeront une amende en vertu des règlements qui interdisent de se trouver nu dans un endroit public, de causer du tumulte ou de se trouver à l'extérieur des sentiers aménagés. « Si les actes sexuels étaient visibles du parc, ça pourrait devenir de la grossière indécence. » Dans ce cas précis, des arrestations peuvent survenir.

Selon Martin Carrier, un document comportant des pistes de solution a été acheminé aux élus de l'arrondissement de Fleurimont. « Nous ne voulons pas dévoiler les pistes pour ne pas nuire aux interventions. Nous sommes prêts à mettre les recommandations en place dès le printemps. Nous sommes aussi prêts à rencontrer les membres de l'Association des amis du parc Victoria. »

Pour Hélène Dauphinais, le parc canin permettrait de faire une pierre deux coups. « Il y aurait un plus grand achalandage et c'est une des seules parties du parc qui est à découvert. Parce que c'est un terrain vague, nous n'aurions pas à couper des arbres. »

Mme Dauphinais ne pense pas que le problème se déplacerait dans un endroit plus achalandé du parc. « De ce que je comprends, les fréquentations commencent dans le stationnement. Déjà, s'il y a des activités à cet endroit, ça en découragerait certains. »

Le projet de parc canin n'est pas confirmé, mais il fait partie des projets envisagés parce que des fonds sont disponibles. « Nous prendrons le temps de vérifier ce que ça amènerait comme bruit pour éviter les nuisances », précise la conseillère municipale.

Des rapports sexuels refoulés dans le secret

Les individus fréquentant le parc Victoria pour s'y adonner à des activités sexuelles ne sont pas des pédophiles et ne représentent aucun danger pour les enfants. C'est ce que fait valoir Yannick Dallaire, directeur général d'IRIS Estrie, un organisme voué à l'intervention régionale et à l'information sur le sida. M. Dallaire souhaitait contextualiser la situation observée au parc Victoria après avoir pris connaissance de commentaires sur les médias sociaux.

« Les gens croient qu'il y a des pédophiles dans le parc. Au contraire, ce sont souvent des hommes de 50 ans ou plus, parfois même de 80 ans, qui sont en couple avec une femme et qui ne sont jamais sortis du placard. Ils ont refoulé leur orientation sexuelle parce que ce n'était pas permis ou moins accepté dans le temps. Ils ont trouvé cette façon d'avoir des relations sexuelles avec d'autres hommes sans passer par les réseaux sociaux, qui sont plus compliqués pour eux. Ils ne courent pas après les enfants », explique M. Dallaire.

En ayant une conjointe ou des enfants à la maison, ces hommes ne peuvent pas accueillir leur partenaire chez eux et se tournent vers les parcs municipaux.

Dans les autres villes, selon M. Dallaire, ce genre d'activités sexuelles surviennent dans des forêts ou en périphérie des agglomérations, alors qu'à Sherbrooke, ces relations ont cours dans les parcs municipaux. « Il y avait un sauna à Sherbrooke, mais il est fermé. Il n'y a pas d'endroit pour avoir des relations sexuelles quand tu ne veux pas louer une chambre de motel. La clientèle qui va dans les parcs ne sait pas où aller sinon. »

Selon le directeur général d'IRIS Estrie, la situation est la même partout au Québec. « C'est un problème qui a toujours existé. Nous avons des intervenants qui se rendent dans les parcs pour distribuer des condoms et pour expliquer aux hommes que ce qu'ils font est interdit. Nous ne sommes pas là pour faire de la répression. C'est certain qu'ils pourraient se louer une chambre de motel. Quand on fait des interventions, on réalise que ce sont souvent les mêmes qui se retrouvent là. Par contre, je n'ai jamais surpris personne à poser des gestes indécents dans les trois années que j'ai passées à IRIS Estrie jusqu'à maintenant. »

Il est possible que les interventions déplacent le problème. « S'ils n'ont plus d'endroit, ils seront plus nerveux, iront plus vite et se protégeront moins contre les infections transmissibles sexuellement ou par le sang. Il y a aussi des hommes mariés qui ont reçu des contraventions à la maison. Ç'a brisé des couples... »

Dans ses activités de prévention, M. Dallaire invite les hommes concernés à des groupes de discussion chez IRIS Estrie. « Ça leur permet de discuter, de se libérer et certains vont jusqu'à sortir du placard. S'ils avaient le choix, je suis certain que la plupart d'entre eux n'iraient pas dans les parcs. » Les groupes de discussion se tiennent une fois toutes les deux semaines.

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