Aide médicale à mourir: la Maison Aube-Lumière interpellée

La Sherbrookoise Suzanne Nadeau-Whissell interpelle la Maison Aube-Lumière... (Archives La Tribune, René Marquis)

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La Sherbrookoise Suzanne Nadeau-Whissell interpelle la Maison Aube-Lumière afin que les patients puissent bénéficier de l'aide médicale à mourir.

Archives La Tribune, René Marquis

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(SHERBROOKE) Alors que la Maison Aube-Lumière doit se prononcer sur l'aide médicale à mourir mardi, l'infirmière retraitée Suzanne Nadeau-Whissell, atteinte de la SLA, interpelle l'établissement afin qu'il respecte la décision de ses résidents qui souhaitent obtenir l'aide médicale à mourir.

Mme Nadeau-Whissell plaide que les personnes en fin de vie ont le droit fondamental de finir leur vie où elles le veulent et surtout, comme elles le veulent.

La loi 2 sur les soins de fin de vie a été adoptée en juin 2014 et entrera en vigueur en décembre prochain. La loi prévoit que les maisons de soins palliatifs de la province pourront décider si elles veulent offrir ou non l'aide médicale à mourir à leur clientèle.

À l'instar d'autres centres en soins palliatifs, la Maison Aube-Lumière avait fait savoir qu'elle ne modifierait pas ses services avec la nouvelle législation. Récemment, l'organisation a indiqué aux médias que sa position n'était pas définitive. Elle n'écartait pas la possibilité d'intégrer l'aide médicale à mourir.

La Maison Aube-Lumière, qui accueille les personnes atteintes de cancer en fin de vie, a convoqué une rencontre mardi avec les membres du personnel et ses bénévoles, au cours de laquelle « l'annonce de la décision du conseil d'administration figure à l'ordre du jour ».

La direction présentera également les résultats d'un sondage effectué à l'interne. Mme Nadeau-Whissell est bénévole pour Aube-Lumière avec son conjoint. Comme elle a perdu l'usage de la parole, elle communique par écrit.

«Je considère que l'assistance à la mort, si c'est le choix du patient évidemment, est un soin de fin de vie.»


C'est ainsi qu'elle a fait connaître sa position à la direction de l'établissement et a demandé que celle-ci soit présentée lors de la rencontre, comme elle ne peut plus s'exprimer verbalement. Elle traite également de cette question sur son blogue, « Le vent se lève ».

La Tribune a raconté récemment l'histoire de Mme Nadeau-Whissell, une infirmière retraitée qui a reçu l'an passé un diagnostic sans appel : celui de la SLA. La SLA (sclérose latérale amyotrophique), aussi connue comme la maladie de Lou Gehrig, entraîne progressivement la paralysie. Les gens atteints perdent peu à peu leur mobilité et l'usage de la parole. 

L'espérance de vie est de moins de cinq ans après le diagnostic. La Sherbrookoise tient un blogue intitulé « Le vent se lève » aux côtés de la photographe Annick Sauvé, réalisatrice à Radio-Canada Estrie, qui illustre ses propos avec ses photos.

L'autre côté de la médaille

Au cours de sa carrière, Mme Nadeau-Whissell a côtoyé la mort de ses patients aux soins palliatifs et aux soins intensifs. Elle dit maintenant vivre l'autre côté de la médaille. « Pour moi, il est primordial que le patient et ses besoins passent avant tout, absolument tout. [...] Comme infirmière, comme patiente bien informée, je suis bien au courant de ce qui m'attend. Je veux prendre le reste de ma vie en main. Je ne veux surtout pas de l'acharnement. Pour moi, lorsque je déciderai que ma qualité de vie n'y est plus, que mes souffrances physiques et psychologiques me rendent la vie intolérable, je veux avoir la possibilité de mettre fin à mes jours, où, quand et comment je veux. Ma vie, mon choix! Ma mort, mon choix! Pour moi, le non-respect de mon choix est de l'acharnement pur et simple. »

À ses yeux, la nouvelle loi comblera les besoins de certains patients malgré l'opposition de gens qui ne sont pas dans la peau du mourant et qui « ne vivent pas ce que le mourant vit ». Il ne faut surtout pas imposer nos valeurs et nos principes à qui que ce soit, plaide-t-elle.

« Je m'interroge sur l'intégrité d'un centre palliatif qui choisit d'imposer le point de vue de ses dirigeants sur les soins, sur le choix des patients et même sur les membres de son équipe traitante. »

À ses yeux, le mandat de la Maison Aube-Lumière est de prodiguer « tous les soins de fin de vie au meilleur des connaissances des intervenants concernés tout en respectant les volontés du mourant pour qu'il puisse décéder dignement. »

« Je considère que l'assistance à la mort, si c'est le choix du patient évidemment, est un soin de fin de vie. Ne pas respecter ce choix dans tous les centres de soins palliatifs est tout simplement de l'acharnement. Il faudra que des centres de soins palliatifs comme Aube-Lumière démontrent de l'ouverture. Ces centres ne doivent pas dicter qui ils veulent accueillir, qui profiteront de leur support, quels chanceux auront droit aux soins. C'est de la discrimination. »

Récemment, le CIUSSS de l'Estrie-CHUS avait précisé que l'établissement agirait pour sa part en fonction des règles qui lui seront dictées par le ministère de la Santé. « On est en quelque sorte un satellite du Ministère, on doit appliquer les règles. Comment ce sera fait, c'est ce qui reste à confirmer », avait-on alors indiqué.

La loi prévoit une série de critères afin d'obtenir l'aide médicale à mourir, comme être majeur, apte à décider, être atteint d'une maladie incurable, connaître un déclin avancé et irréversible. Une demande doit aussi être faite au Ministère.

La Maison Aube-Lumière n'a pas voulu commenter. Elle tiendra un point de presse cette semaine.

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