Prix Nobel de la Paix 2015 : quel impact pour Raif Badawi?

Tous ceux qui réclament la libération de Raif... (Archives, La Tribune)

Agrandir

Tous ceux qui réclament la libération de Raif Badawi sauront vendredi si le blogueur saoudien sera récompensé du prix Nobel de la paix 2015.

Archives, La Tribune

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

(SHERBROOKE) Le blogueur saoudien Raif Badawi recevra-t-il le prix Nobel de la paix 2015? C'est vendredi que le nom du lauréat sera dévoilé à Oslo, en Norvège. Le nom du prisonnier d'opinion se retrouve en lice aux côtés d'autres comme la chancelière allemande Angela Merkel, le pape François et Edward Snowden, ancien agent de renseignement américain. Aux yeux d'Anne Sainte-Marie, d'Amnistie internationale, l'attribution d'un tel prix pourrait avoir des impacts positifs, mais ne signifie pas « un passeport pour la liberté » pour autant.

L'opposante birmane Aug San Suu Kyi en est un exemple : même si elle a reçu le prix Nobel de la paix en 1991, elle n'a été libérée qu'en 2010. Le dissident chinois Liu Xiaobo purge toujours une peine d'une dizaine d'années de prison, malgré l'attribution du prix en 2010.

« C'est certain que le prix Nobel est une importante reconnaissance. Ce qui fait qu'en soit, indépendamment de la réaction de l'Arabie saoudite, ce serait un grand honneur, qui reconnaîtrait que Raif Badawi n'est pas un dangereux opposant au régime, mais un blogueur qui n'a prôné que le dialogue, qu'il ne faisait qu'exercer sa liberté d'expression. »

L'attribution de ce prix permettrait également de remettre le dossier de Raif Badawi sous les projecteurs, souligne Mme Sainte-Marie. « Il ne faut pas se le cacher : il ne va être libéré que si les pressions internationales se poursuivent. »

On peut aussi s'interroger sur la réaction de l'Arabie saoudite si le Nobel de la paix était décerné au blogueur emprisonné.

« Quand le prix avait été décerné à Liu Xiabo, la réaction de la Chine avait été de boycotter la cérémonie de remise de prix. » L'invitation a aussi été lancée aux autres pays... ce qu'a fait l'Arabie saoudite. « On peut hélas craindre qu'elle ne réagisse mal si Raif Badawi le reçoit. » La répression par la Chine s'était aussi accentuée auprès des proches de Liu Xiabo.

« Prix Nobel ou pas, on va continuer à faire pression sur le gouvernement, on va continuer de demander la libération de Raif et de son avocat. »

Difficile d'établir clairement quels impacts aurait ce prix sur sa libération, selon David Morin, professeur à l'École de politique appliquée de l'Université de Sherbrooke. « Ce serait une gifle à la diplomatie canadienne dans ce dossier, car elle s'est traîné les pieds », lance-t-il d'entrée de jeu.

« Je ne suis pas sûr que ça va changer la situation des droits de l'homme en Arabie saoudite; peut-être que ça va aider la cause de Raif Badawi. Il deviendrait le symbole opprimé d'une lutte... Ça mettrait plus de pression dans ce dossier. »

La tournure des événements dépendra de la réaction de l'Arabie saoudite. « Il y a une instrumentalisation de ce dossier à des fins de politique intérieure. Le régime saoudien a voulu montrer comment on peut être traité si on s'en prend au régime. On s'en sert pour faire peur aux autres », précise-t-il. Le régime est contesté par des démocrates, mais aussi des « conservateurs plus réactionnaires ».

Raif Badawi a été condamné à 10 ans de prison et 1000 coups de fouet pour insulte à l'islam. Il avait été victime d'une première série de coups de fouet en janvier dernier. Sa femme et ses trois enfants sont réfugiés à Sherbrooke. Sa conjointe, Ensaf Haidar, se trouve en Europe pour encore quelques jours afin de défendre sa cause.

Partager

À lire aussi

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer