Du Malawi à Sherbrooke grâce à son excellent dossier scolaire

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Grâce à ses bons résultats scolaires, Fabrice a pu quitter le camp de réfugiés du Malawi pour venir poursuivre ses études postsecondaires au Canada.

IMACOM, Julien Chamberland

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(SHERBROOKE) Pour inciter leurs enfants à travailler fort à l'école afin d'avoir de bonnes notes, certains parents promettent des surprises. Une crème glacée, un jouet, un billet. Pour le Congolais Fabrice, la récompense pour ses bons bulletins a été un passeport pour un pays de paix, une résidence canadienne permanente et la promesse d'une vie meilleure.

«Mes parents et mes frères aînés m'ont répété si souvent que les études étaient la seule manière pour nous d'avoir un futur», raconte le jeune homme de 19 ans qui préfère conserver son anonymat.

Grâce à ses excellents résultats scolaires, Fabrice a été sélectionné par Entraide Universitaire Mondiale du Canada (EUMC) dans le camp des réfugiés de Dzaleka au Malawi et il a été jumelé au Séminaire de Sherbrooke où il poursuit ses études depuis la fin août. Il souhaite ultimement devenir avocat. «Mon but est de devenir quelqu'un qui peut aider et soutenir les gens en difficulté, ceux qui ont souffert de la violence et d'injustices.»

En 2008, Fabrice a 12 ans lorsqu'il quitte son Congo natal et ses parents pour s'enfuir avec ses trois grands frères vers le Malawi. «On a fui la guerre et sa violence.» En bateau, en bus et à pied, ils mettront trois mois pour se rendre au camp de Dzaleka de leur ville natale de Bukavu, un trajet interrompu par des séjours dans quelques villes traversées. Depuis, il n'a jamais eu de nouvelles de ses parents ni de ses soeurs laissés derrière.

En République démocratique du Congo, il avait terminé son école primaire. Au camp de réfugiés au Malawi, il a complété son secondaire. «Mais comme réfugié au Malawi, nous ne pouvons pas quitter le camp ni aller à l'université ou même travailler», explique-t-il ajoutant que le programme d'EUMC lui a donné l'espoir de poursuivre ses études.

Au camp de réfugiés, Fabrice vit avec ses frères et ses cousins. Ils sont sept à se partager une maisonnette. Ils ont l'eau potable et l'électricité et reçoivent une fois par mois de la nourriture. Du riz, du maïs et des haricots principalement. Mais souvent les rations alimentaires ne suffisaient pas, une des raisons qui pouvaient créer un climat de violence entre les réfugiés issus de pays meurtris comme le Rwanda, le Burundi, la Somalie, l'Éthiopie.

«Je ne peux pas dire que la vie au camp a été une expérience malheureuse, car la souffrance nous apprend beaucoup de choses. Elle nous apprend notamment qu'on peut se sortir de toutes les situations. De toute façon, on n'avait pas le choix. C'est la vie qui s'est présentée ainsi. Il fallait la prendre comme elle est», raconte le Congolais.

À Sherbrooke, il vit en chambre. «Les gens à l'école et dans mon entourage sont très gentils. Mais c'est certain que je souffre de solitude. Je manque mes frères. Et mes parents, ils sont impossibles à oublier. Leur encadrement et leur amour. Ils travaillaient vraiment fort pour qu'on puisse être quelqu'un dans le futur», raconte Fabrice dont le père était cultivateur.

Fabrice parle quatre langues, le mashi, le swahili, l'anglais et le français. Avant son arrivée au Canada, il a suivi un programme préparatoire de 12 mois d'EUMC.

«Si j'étais pas intelligent, je ne serais pas ici au Canada. La compétition était grande au camp. Et ils sélectionnent seulement les têtes bien faites qui seront capables de se rétablir et de s'intégrer», résume le Sherbrookois d'adoption.

Fabrice espère un jour revoir ses frères, ses soeurs et ses parents. En attendant, il tente d'honorer ces derniers en poursuivant ses études pour ensuite se trouver un bon emploi.

Quand l'éducation change la vie des réfugiés

Entraide Universitaire Mondiale du Canada (EUMC) est un organisme de bienfaisance qui croit que l'éducation peut changer le monde. C'est pourquoi l'EUMC identifie dans des camps de réfugiés d'Afrique, d'Asie ou d'Amérique latine les élèves les plus prometteurs qu'elle jumelle avec un établissement collégial ou universitaire canadien où ces derniers pourront poursuivre leur parcours scolaire dans un environnement exempt de violence et de peur.

Cette année, grâce à cet organisme, le Canada a accueilli 84 réfugiés, dont trois fréquentent des établissements sherbrookois.

Le Séminaire de Sherbrooke, l'Université Bichop's et le Collège Champlain parrainent chacun un étudiant, tous les trois arrivés du camp de réfugiés de Dzaleka. Ce camp au Malawi compte 20 000 réfugiés originaires du Rwanda, Burundi, Congo, Somalie et Éthiopie.

Les établissements qui parrainent un étudiant s'engagent à payer ses frais d'hébergement, sa nourriture, ses vêtements et ses frais scolaires pour la première année passée en sol canadien. L'étudiant sera préparé à devenir autonome financièrement pour les années à suivre.

«Aussi l'étudiant devient automatiquement résident permanent du Canada dont devient admissible aux prêts et bourses trois mois après son arrivée», précise Claire Beaudoin, directrice générale par intérim du Séminaire de Sherbrooke, un établissement qui participe au programme depuis trois ans et qui accueille cette année son 4e étudiant.

L'EUMC est présent sur plus de 70 campus d'un bout à l'autre du pays. Depuis 1978, 1300 étudiants postsecondaires ont été parrainés par le programme destiné aux réfugiés, avec 92 % de diplômés et 85 % d'emplois obtenus dans leur domaine.

L'Université Bishop's et le Collège Champlain participent au programme depuis 1992 et ont accueilli en tout 37 réfugiés. «Certains étaient d'Afghanistan, d'Irak, de la Birmanie et de plusieurs pays africains. En fait, leur provenance dépend de la géographie des guerres», résume Heather Thomson, responsable du programme humanitaire au sein des établissements de l'arrondissement de Lennoxville, qui croit fermement à l'efficacité du programme.

«Ce sont de belles histoires. La grande majorité des réfugiés que nous avons accueillis sont aujourd'hui citoyens canadiens et ont un emploi dans leur domaine», conclut Mme Thomson.

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